26 septembre 2011 (Nouvelle Solidarité) – « FAUT-IL SCINDER LES BANQUES ? Oui, pour les sauver ! Comment ? En séparant épargne et spéculation », peut-on lire à la une de l’hebdomadaire financier belge Trends-Tendances du 22 septembre 2011, accompagné d’une hache coupant en deux une banque avec sur une partie de celle-ci l’image d’une tirelire et sur l’autre la façade de la bourse.
Si l’hebdomadaire ne mentionne pas explicitement Agora Erasmus, le mouvement larouchiste en Belgique, personne n’ignore que depuis longtemps, AE a diffusé des milliers de tracts soulignant l’urgence de ce type de solution.
Le dossier de quatre pages démarre par un état des lieux du monde bancaire. Devant la faillite de plus en plus évidente des banques et des Etats et eux-mêmes, l’article, après avoir examiné les options disponibles, affirme que le retour à une séparation totale entre banques de dépôts et banques d’affaires (Glass-Steagall Act) est la seule solution viable.
« Pour arrêter le psychodrame : faut-il nationaliser les banques ou les scinder ? » s’interroge l’article d’emblée. « La solution pour sauver les banques ? Que les Etats en prennent rapidement le contrôle. Ou qu’on arrête alors de mêler les dépôts des épargnants à la spéculation pure : c’est aussi simple que cela ! L’idée est largement dans l’air. Mais jusqu’à présent, on n’a rien vu venir de très concret sur ce terrain-là. Sauf à Londres… »
« C’est un banquier belge qui le dit : ‘La situation est grave, très grave. Il faut obliger les banques à revenir à leur métier de base : collecter des dépôts pour promouvoir l’économie réelle. Et pas pour nourrir des schémas spéculatifs dont les produits financiers ne sont pas quantifiables. C’est la seule façon de s’en sortir. Mais cela implique un changement de culture des banques et de leurs équipes dirigeantes. (…) Si rien ne change et les mauvaises nouvelles continuent de s’accumuler on pourrait voir se poursuivre la chute dramatique des valeurs financières en Bourse, au point d’attendre nerveusement la faillite de la prochaine banque. Alors, il faudra peut-être envisager la mesure ultime qui est la nationalisation. »
Cette vision gagne chaque jour du terrain parmi ceux qui se rendent à l’évidence que « le second plan d’aide à la Grèce est caduc, avant même d’être en application. Il apparaît que le pari européen est perdu, qui visait à gérer la crise des dettes souveraines en gagnant du temps pour permettre à la nation hellène de retrouver l’accès au marché, et ceci tout en préservant les banques de la zone euro. Avec une dette qui équivaut à 160% du PIB, un déficit budgétaire supérieur à 10%, une croissance négative de 5% et un taux de chômage de 15%, le pays est définitivement insolvable. Voire in gouvernable ! »
La démission de Jürgen Stark, chief economist de la Banque centrale européenne (BCE), et la cacophonie des dirigeants européens ont aujourd’hui pour conséquence « un bain de sang en Bourse » .
Comment y remédier ? « Défaut de 50% de la Grèce, défauts partiels des autres pays, mise en place d’eurobonds, suspension temporaire des nouvelles normes Bâle III, nouveaux stress tests, recapitalisation par les actionnaires, par l’Etat, nationalisation partielle, voire majoritaire… Tous les scénarios de soutien aux banques circulent aujourd’hui. Y compris les plus radicaux, comme celui envisageant le passage du privé au public des maillons les plus faibles de la finance européenne. »
« L’idée d’une nationalisation des banques vulnérables à la faillite de la nation hellène est surtout dans l’air en France, où l’Etat a une grande tradition en la matière. » Selon un sondage publié par Les Echos, 66% des ménages français pensent que leurs économies sont en danger dans le contexte actuel de déstabilisation du secteur bancaire. Si bien que 39% des Français trouveraient justifiée une nationalisation, précise le sondage.
Les nationalisations comportent d’autres risques et une énième intervention publique au profit des banques « risque d’être bien difficile à faire accepter à l’opinion publique », précise Etienne de Catalaÿ, économiste en chef à la Banque Degroof.
Aussi, comme le précise l’économiste Paul de Grauwe, professeur de la Katholieke universiteit Leuven (KUL) : « les banques publiques n’ont pas mieux résisté à la crise des subprimes que les banques privées », surtout lorsqu’elles se livraient aux mêmes pratiques spéculatives que les banques d’affaires, comme en témoigne l’état piteux des banques régionales allemandes (Landesbanken) ou les Caisses d’épargne en Espagne.
Devant l’insuffisance de ces options, l’article conclut avec un bon chapitre sur le Glass-Steagall : « Il est toutefois une autre piste, d’une nature totalement différente : séparer les activités fort risquées de celles qui ne le sont guère. Au-delà du fait que c’est aujourd’hui la dette d’un Etat souverain, la Grèce en l’occurrence, qui représente un risque important pour nombre de banques européennes, les racines de la crise de 2008 plongeaient dans les positions spéculatives prises par des établissements financiers à la recherche de rendements très élevés. Les activités de trading (lisez : spéculation) sont aujourd’hui considérées comme faisant partie intégrante du métier de banquier. Avec des conséquences parfois désastreuses, comme vient encore de le démontrer la perte de 2,3 milliards de dollars occasionnée au groupe suisse UBS par un trader indélicat. »
« Ce mélange de genres n’a pas toujours été de mise, au contraire : aux Etats-Unis comme dans bien d’autres pays, la crise du début des années 1930 fut l’occasion d’y mettre fin. Parmi les milliers de banques américaines ayant fait la culbute lors de la débâcle de 1929-1932, bon nombre durent leur perte aux positions spéculatives prises – ou financées – à la veille du krach. Washington réagit alors par le fameux Glass-Steagall Act de 1933, qui sépare drastiquement les activités de banque commerciale, c’est-à-dire de banque de dépôts, et de banque d’investissement, dite aussi banque d’affaires. Dilué à partir des années 1950, ce Banking Act (c’est son nom officiel) sera officiellement évacué en 1999… pour permettre la naissance de Citigroup. Peut-on revenir en arrière ? Bien sûr ! Telle est du reste la tendance dans les pays anglo-saxons. Aux Etats-Unis, le Dodd-Franck Act voté en été 2010 limite ainsi les appétits spéculatifs des banques, encore qu’assez timidement. C’est à Londres que le développement le plus spectaculaire a été initié, avec la publication, le 11 septembre dernier, du rapport concocté par l’Independant Banking Commission (IBC), dirigée par sir John Vickers [1] Une de ses recommandations principales concerne en effet la séparation des activités de banque de détail d’une part, et de banque d’investissement de l’autre. Séparation véritable, avec conseil d’administration propre pour la première. »
« Eric De Keuleneer [2] applaudit : ‘Il faut une séparation pure et simple (type Glass-Steagall) ou du moins, comme les autorités anglaises viennent de le décider, le ’clôturage’ (ringfencing) de la banque de dépôts en une filiale spécifique qui ne peut pas financer les entités spéculatives, afin de ne pas être contaminée par une éventuelle déconfiture de ces dernières. Seule cette séparation peut mettre fin à l’énorme subside que représente la situation actuelle pour le banques ‘universelles’ qui bénéficient d’une assurance publique quasi-gratuite (Ndlr : y compris pour leurs activités spéculatives) et qui, lors de chaque catastrophe bancaire, agitent des menaces sur l’emploi et la croissance, et annoncent le chaos pour les épargnants si on ne les sauve pas’. Paul De Grauwe renchérit : ‘Il est scandaleux que l’on n’aille pas dans cette direction chez nous [en Belgique]’ »
« En fait, il en a été beaucoup question au lendemain de la crise financière [de 2008], mais cette éventualité fut vite écartée. Au motif que les banques d’Europe continentale n’en voulaient pas ? Chez Febelfin, on souligne que l’option n’a été retenue ni par la Commission ni par le Parlement. Le lobby bancaire fut efficace, soulignent certains, sous la conduite de Josef Ackermann, CEO de Deutsche Bank, la banque de dépôts devenue grande banque d’affaires. Celui-ci a du reste réagi au quart de tour au rapport de l’IBC, affirmant que les mesures préconisées rendraient le secteur bancaire… moins stable. » [3]



















3 octobre 2011
à 15h13 #