12 janvier 2010 (Nouvelle Solidarité) — Sécessionnistes de tous les pays, réjouissez-vous ! Alors que le Traité de Lisbonne devient une réalité légale cette année, les indépendantistes bourguignons, stéphanois, normands, bretons, flamands, catalans, savoyards et autres écossais s’acheminent vers l’extase.
Pourquoi ? Après avoir réclamé pendant quinze ans le droit de pouvoir contester devant la Cour européenne les nouvelles lois de l’UE, s’ils estiment qu’elles ne respectent pas le principe de subsidiarité (c’est-à-dire le principe suivant lequel les décisions doivent être prises au plus près des citoyens), le Traité de Lisbonne accorde ce droit aux représentants élus des collectivités locales et régionales d’Europe. Réunis en session plénière les 3 et 4 décembre à Bruxelles, les membres du Comité des régions (CdR) ont décidé qu’ils pourront à l’avenir, par un vote à la majorité simple, saisir la Cour de justice. Le président du CdR, le belge Luc van den Brande, considère ce droit « plus comme une arme dissuasive que comme un pouvoir vraiment menaçant. Nous sommes convaincus que cette nouvelle possibilité approfondira nos relations avec les autres institutions de l’UE (…) Nous espérons qu’une application rapide de toutes les dispositions du traité de Lisbonne, qui renforcent la subsidiarité dès l’étape pré-législative et durant le processus d’adoption des nouvelles lois communautaires, permettra de ne jamais en arriver si loin ».
Le 28 octobre, par voie de communiqué de presse, « Bretagne réunie », un puissant lobby qui milite pour le retour de Nantes, en Pays de Loire, à la région Bretagne, se félicitait qu’enfin le « oui » irlandais allait permettre la mise en application du traité de Lisbonne.
« Même si, pour beaucoup, tout cela peut sembler loin de nos revendications, le Traité de Lisbonne nous offre de réelles opportunités, qu’ont déjà dénoncées les souverainistes (…) ». Pour Bretagne réunie, qui milite pour une « grande Bretagne », Lisbonne reconnaît enfin « le droit d’exister pour les minorités nationales françaises » (c’est quoi, ça ?).
« Les représentants de l’Etat français avaient jusqu’à aujourd’hui refusé de protéger et de promouvoir les minorités nationales en France, dont la Bretagne dans ses limites historiques. Cette position, unique en Europe, était fondée sur les principes d’égalité, d’indivisibilité de la Constitution française. Or le même texte [Lisbonne], dans son article 55, donne aux traités internationaux une autorité supérieure à la loi. Le droit des minorités nationales va donc intégrer l’espace juridique français. (…) Parce qu’elle est une minorité nationale, comme vient de le rappeler le président de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, le 25 septembre dernier, la Bretagne doit retrouver son unité territoriale et le droit d’utiliser ses deux langues minoritaires, y compris dans l’espace public. La légitimité de la Région des Pays de la Loire, en Loire-Atlantique, vole en éclat, avec la future entrée en vigueur du Traité de Lisbonne. Dès maintenant, il est urgent de rappeler notre volonté de bénéficier des normes européennes et notre détermination à faire respecter le Traité de Lisbonne, et les obligations qui en découlent pour l’Etat Français vis-à-vis de la Bretagne sur ses cinq départements. Principal artisan du Traité de Lisbonne, le Président de la République, ne peut pas ignorer les changements qui vont découler de son application en France, et doit en tirer les conséquences dans le cadre de la réforme des collectivités territoriales. Les artisans de la réunification, vont pouvoir bénéficier de la force contraignante de la Charte européenne des droits fondamentaux, déjà déclarée conforme à la Constitution française, à deux reprises, par le Conseil constitutionnel. L’Union européenne, avec le Traité de Lisbonne, nous donne les moyens d’aboutir dans nos revendications. C’est aux Bretonnes et aux Bretons des cinq départements de défendre et de promouvoir leur héritage, en invoquant les valeurs fondamentales de l’Union européenne. »
Or, c’est un secret de polichinelle que Bretagne réunie dispose de puissants relais dans le monde des affaires, notamment le très secret « club des Trente », qui regroupe une minorité nationale assez particulière, celle des grands patrons bretons, notamment Pinault, Bolloré ou encore les frères Guillemot, patrons d’Ubisoft et Gameloft. En avril 2006, François Pinault avait même fait hisser le drapeau breton au fronton du Palazzo Grassi de Venise, qui abrite une partie de sa collection personnelle d’art contemporain.
En clair, en ouvrant la boite de Pandore des particularismes, l’UE aggravera les poussées à l’éclatement des Etats. Ces poussées ne peuvent que s’accentuer en temps de crise. Au grand plaisir de cette oligarchie financière, la souveraineté des Etats-nations sera prise en tenailles par une technostructure bruxelloise « en haut » et par les pouvoirs locaux et régionaux « en bas ». Vous avez dit Empire ?
Pour creuser le sujet :
- Régionalisme, sécessionnisme, fédéralisme : l’Europe de Leopold Kohr, projet d’un fascisme universel



















12 janvier 2010
à 23h10 #