12 novembre 2011 (Nouvelle Solidarité) – Lors d’une conférence à Francfort sur « Le rôle de la BCE dans la crise », organisée hier par les think-tanks Europolis et Open Europe, le professeur Markus Kerber, spécialiste du droit à la Technische Universität de Berlin, a déclaré qu’il y a tant d’« exceptions » et d’invocations de l’« urgence » pour justifier les renflouements européens que cela lui rappelle Carl Schmitt, le juriste attitré du IIIe Riech.
Markus Kerber représente une cinquantaine d’entrepreneurs allemands engagés contre la supranationalisation de l’UE ; il est l’auteur d’une plainte contre la BCE, l’accusant d’avoir violé son mandat en rachetant pour 180 milliards d’euros de dettes souveraines espagnole, italienne, grecque et portugaise. C’est ce qu’il reproche donc à l’UE et à la BCE en particulier : de violer leurs propres lois les unes après les autres, toujours sous prétexte de l’exception et de l’urgence, à la manière dont Carl Schmitt justifia le durcissement progressif du régime nazi dès 1933. Kerber a toutefois ajouté qu’il n’entendait pas traiter la BCE de nazie, mais simplement souligner que leurs méthodes sont les mêmes.
Un de nos collègues de l’EIR présent sur place a pris la parole pour demander à Kerber plus d’explications, ce qui fut l’occasion pour le professeur de décrire en détail les similitudes entre ce que décrivait Carl Schmitt lui-même et ce qui se passe aujourd’hui : il y a urgence sur urgence, les interventions exceptionnelles se succèdent, elles violent toutes les règles établies par les traités en vigueur – y compris le traité de Lisbonne –, si bien que la question qui se pose à l’Europe et aux Européens devient « Est-il plus important de sauver l’euro en sacrifiant la démocratie, ou bien est-il plus important de sauver cette dernière ? »
Toutefois, l’on ne s’étonnera qu’à moitié de cette analogie entre la dictature nazi et le système euro. Carl Schmitt fut très proche après-guerre d’Alexandre Kojève, ce haut-fonctionnaire du ministère de l’Economie et des Finances qui mena de front la réhabilitation du juriste attitré des nazis et la mise en place d’une future... Union monétaire européenne. C’est la conspiration d’un groupe réuni autour de Kojève et de son ami Robert Marjolin qui aboutit à la loi du 3 janvier 1973 abolissant le système de crédit productif public établit à la Libération.


















12 novembre 2011
à 18h46 #