par Pierre Beaudry
Au sortir d’une Guerre de Cent ans dévastatrice, Louis XI (1461-1483) créa le premier Etat-nation moderne, en défiant les seigneurs féodaux qui contrôlaient le royaume. La mission de cet Etat-nation fut d’éduquer la population et d’élever son niveau de vie, au nom d’un « bien commun » à tous sur lequel le monarque doit veiller, conception révolutionnaire qui rompait avec la tripartition traditionnelle (le chevalier, le clerc et le paysan), dans laquelle chaque ordre avait un « bien propre » soumis au monarque.
Le concept de gouvernement « par le peuple et pour le peuple » avait été auparavant présenté au Concile de Bâle (1431) par le grand savant, historien et humaniste chrétien Nicolas de Cuse (1401-1464). Dans sa Concordantia Catholica, Cuse exhorte les chrétiens à abandonner leurs illusions sur la « gloire » de l’Empire romain et à reconnaître que celui-ci rejetait l’idée que l’homme est créé à l’image de Dieu (imago Dei), et aide Dieu dans Sa création par sa créativité et son agapè (amour charitable). Moralement dégénéré, l’Empire romain avait semé les graines de sa propre destruction. Cuse présente le fruit de ses propres recherches, prouvant que la Donation de Constantin (un document du IXème siècle affirmant que l’empereur Constantin aurait cédé le pouvoir temporel de l’Empire à la papauté) est un faux. Il montre comment l’Eglise s’est laissée corrompre par cette fausse cession du pouvoir impérial romain et soutient que l’Etat-nation doit se fonder sur le principe d’un Roi qui tient sa légitimité de l’effort qu’il met à réaliser le bien de tous et à enrichir la nation. Pour bâtir cette « République », cette « chose commune », il doit nécessairement recueillir le consentement du peuple, et non imposer d’en haut une volonté arbitraire.
La France ne représentait qu’une petite partie du continent frappé en 1348 par la grande Peste bubonique qui élimina la moitié de la population européenne. La faillite, cinq ans plus tôt, des établissements bancaires Bardi et Perruzi avait désorganisé les échanges économiques. C’est ainsi l’effondrement du système spéculatif vénitien - dont cette banque était l’un des fleurons - qui avait provoqué l’appauvrissement de la population et, en conséquence, un amoindrissement de sa résistance à la maladie. La peste bubonique, transportée par les rats dans les zones urbaines, se transforma rapidement en peste pneumonique, facilement transmissible entre humains.
Des bandes de maraudeurs armés, « écorcheurs » ou dépouilleurs, représentant autant de « milices » des seigneurs de guerre français, ravageaient les terres, pillant et tuant ceux qui avaient eu la bonne fortune d’échapper à l’épidémie. Les armées anglaises parachevaient l’oeuvre de destruction. Des régions, des villes et villages furent mis à sac, voire, pour certains, rayés de la carte.
Avant que Jeanne d’Arc ne surgît en 1429 pour prendre en charge une armée française en déroute, démoralisée par des décennies de guerre contre l’Angleterre, et la mener à une première victoire stupéfiante à Orléans, il semblait que la France, et avec elle le monde civilisé, fussent perdus. Près de 95% de la population vivait dans l’indigence totale. Mais au cours de ce même siècle, la France produisit un dirigeant hors pair, Louis XI (né en 1423), qui, au cours de son règne, transforma ce pays dépeuplé et abattu en l’Etat-nation le plus productif au monde, qui allait devenir plus tard un modèle pour la construction de nations comme l’Espagne, l’Angleterre et même les Etats-Unis.
Le développement de la France, sous Louis XI, se fondait sur l’idée de république , c’est-à-dire d’un gouvernement qui travaille à l’enrichissement physique et culturel de la population, au bien commun de la nation, plutôt que de se livrer au pillage organisé d’un empire. Une république s’efforce d’augmenter la productivité de la population laborieuse et, pour ce faire, a recours à une politique dirigiste, à partir d’un gouvernement centralisé qui, à son tour, s’engage à favoriser les découvertes dans l’art et la science et à y faire participer les citoyens. Réciproquement, l’individu élevé ennoblira l’Etat-nation en contribuant au progrès général.
Autrement dit, le dirigeant de l’Etat-nation doit s’engager à faire en sorte que l’homme accède à la connaissance scientifique, c’est-à-dire la découverte des principes supérieurs sous-tendant les processus physiques de la nature et la maîtrise de leur application aux principes de la machine-outil et aux machines en général. De ce point de vue, l’Etat-nation ne peut exister sans l’objectif explicite d’établir ce que Gottfried Leibniz appellera au XVIIème siècle « académies » ou « sociétés ».
Cette vision du monde fut celle de Louis XI, telle qu’elle s’exprime dans Le Rosier des Guerres, écrit pour son fils, le futur Charles VIII. Ce livre est un traité sur la nécessité de défendre le bien commun et préfigure l’oeuvre en six volumes de Jean Bodin sur la république.
Louis écrit :
« La propriété des Rois et des princes et de leurs chevaliers, consideres que leur estat et vocation est pour le bien commun deffendre tant ecclesiastique que seculier, et de entretenir justice et paiz entre leur subjects, et que pour bien faire, bien auront et en ce monde et en l’autre et que pour mal faire ne vient que peine ; et qu’il conviendra quelque jour laisser le monde pour aller rendre compte de son entremise et recevoir son loyer. Et de exposer leur vie pour aultruy dont entre tous autres estaz du monde sont plus à louer et honnorer. Et pource que le bien commun qui regarde plusieurs, qui est la chose publique du Royaume est plus louable que le particulier, par lequel souvent est empesché le bien commun ; on a volontiers mis en escript les faiz des princes et de leurs chevaliers, et toute bonne doctrine qui sert à leur estat.
« Je ne voy rien qui tant ayt destruit et adnihilée la puissance des Romains, que ce qu’ils entendoient plus au bien particulier que au bien commun.
« Quant Justice regne en un royaume, le bien commun est bien gardé, et aussi le particulier : car Justice est celle de vertu, qui garde humaine compaigne et communauté de vie, si que chacun use en bien des choses communes comme communes ; et des particulieres comme particulieres. »
Des académies basées sur ces principes se multiplièrent en France sous Louis XI et après, notamment le Gymnase vosgien (1505), une école créée par les Frères de la vie commune qui avait sa propre imprimerie et maison d’édition. Au fil des siècles, ces écoles allaient être supplantées par l’école des Oratoriens (1600), l’Académie royale des sciences (1666), l’Ecole Polytechnique et l’Ecole des Arts et Métiers (1794). Ces écoles furent exportées en Allemagne, avec l’université de Göttingen, et aux Etats-Unis, avec la création de West Point en 1816.
Jeanne d’Arc et Louis XI provenaient de la même tradition, qui comprenait notamment les Frères de la vie commune, l’Ordre augustinien des Ermites et le courant de l’Eglise autour de Nicolas de Cuse.
En 1429, Jeanne d’Arc organise l’offensive militaire pour « bouter les Anglois hors de France » et battre les alliés bourguignons de l’Angleterre qui, à l’époque, contrôlaient la moitié nord du pays jusqu’à la Loire, ainsi que la Gascogne. Obligeant le lâche Charles VII à se faire couronner roi de France, Jeanne s’évertua ensuite à unifier la nation autour du monarque (1). Même si Jeanne fut trahie par Charles, l’idée de nation française ne s’éteignit pas.
Quelques années plus tard, au Concile de Florence en 1439, le cardinal Nicolas de Cuse réussit à unifier les Eglises d’Orient et d’Occident autour de l’idée fondamentale que tous les hommes sont créés à l’image de Dieu, jetant par là même les bases du grand projet de Louis XI, l’unité politique et économique (2).
Ces idées avaient été transmises depuis saint Augustin à Dante Alighieri et aux Frères de la vie commune, dont le fondateur, Gerhard Groote, créa de nombreuses écoles en Allemagne, en Suisse, en Bourgogne, en Flandre, aux Pays-Bas et dans certains endroits en France. Ces écoles réunissaient des élèves issus de familles modestes ou pauvres pour leur enseigner l’histoire des découvertes passées, éveillant ainsi leurs pouvoirs créateurs. « L’imitation de Jésus-Christ » et la copie des textes classiques — notamment des pères de l’Eglise - se trouvait opposée aux règles répétitives et stériles de la scolastique. Cette méthode, la Devotio Moderna, brisait ainsi avec l’enseignement féodal conçu comme privilège réservé à une élite.
De 1374 à 1417, les Frères de la vie commune formèrent des milliers de jeunes gens à Cologne, Trèves, Louvain, Utrecht, dans le Brabant, en Flandre, Westphalie, Hollande, Saxe, etc. Leur oeuvre se heurta à une très forte opposition, mais fut défendue par les milieux de l’Eglise qui luttaient pour surmonter le Grand Schisme, ainsi que par Nicolas de Cuse (3).
Cette méthode d’éducation ainsi que les initiatives politiques et militaires prises par Jeanne d’Arc, jetèrent les bases d’un Etat-nation en France. Si Charles VII rejeta par peur ce défi, son fils, le futur Louis XI, rêvait impatiemment de le réaliser.
Les grands protagonistes de la bataille pour l’Etat-nation français furent la papauté, le roi Louis XI et son premier secrétaire Philippe de Commynes, René II, duc de Lorraine, allié incertain mais habile de Louis, et la maison financière des Médicis, notamment Laurent de Médicis.
Dans l’autre camp, il y avait l’Etat-cité de Venise, Charles le Téméraire et une partie significative de la vieille aristocratie et de la noblesse médiévale qui souhaitaient maintenir l’ordre féodal et leurs propres privilèges.
En vingt ans, Louis XI et ses alliés les plus proches constituèrent une forte alliance dite « Ligue de Constance » à laquelle participèrent plusieurs importants duchés dont les dirigeants restèrent fidèles au Roi. A l’époque, la France était composée de 14 duchés féodaux et de 94 grandes villes, que Louis XI avait unifiés sur la base du bien commun et des possibilités de développement commun. L’idée du « bien commun » se propagea dans le pays sous le slogan : « Un droit, un poids, une monnaie ». En même temps, le Roi renforça l’armée permanente établie par son père Charles VII.
La stratégie de Louis consistait à gagner des cités, développer des centres culturels, créer des manufactures et ouvrir des foires commerciales internationales, etc., afin d’attirer dans ces centres tous les talents des régions rurales ainsi que de l’étranger. Les villes à leur tour défendirent avec enthousiasme cette politique. Mais pour unifier la nation, le Roi avait besoin du duc René II, le chef des princes de Valois qui contrôlaient alors une grande partie du centre de la France.
René, cependant, était loin de répondre aux critères du Prince humaniste. Pire encore, il recevait 5000 ducats par mois des Vénitiens, avec lesquels il avait conclu une alliance intéressée (4). Louis XI, pour le rallier à son projet, dut faire appel aux arguments de la diplomatie plus qu’à ceux de la raison ou de la morale. Par l’entremise de son confesseur et secrétaire, le père Jean Pèlerin Viator, il lui dépêcha Jean Ludovic de Pfaffenhoffen (frère de Vautrin Lud, plus tard directeur du Gymnase vosgien). Celui-ci, promu ambassadeur et négociateur de René II auprès du Doge, obtint ce qui pouvait à la fois satisfaire René - le maintien de son alliance vénitienne, prime comprise - et Louis - l’acceptation par Venise de l’accord de René avec le Roi de France. Ce compromis permit à Louis de disposer d’un ami certes peu désintéressé, mais puissant et fidèle à la guerre.
Plus tard, René sera en effet le héros de la « bataille de Nancy » qui consacra l’unité de la France. Le 5 janvier 1477, devant cette ville, Charles le Téméraire rassembla ce qui était réputé être la plus grande armée d’Europe. René, à la tête des forces du Roi et de ses alliés, l’emporta cependant et Charles, après avoir vu ses forces anéanties, mourut de ses blessures. Cette journée « shakespearienne » consacra la naissance de l’Etat-nation France.
Sur un peu plus de 50 ans (1461-1510), Louis XI (1423, 1483) et ses successeurs purent créer les institutions d’éducation nécessaires au développement de l’Etat-nation. Mais ils furent incapables de détruire leur ennemi mortel, Venise, centre de l’usure et de la traite d’esclaves du monde occidental. En 1509, la Ligue de Cambrai constitua la plus grande alliance militaire jamais organisée contre les Vénitiens ; elle comprenait le roi de France Louis XII, l’empereur d’Allemagne Maximilien Ier, le roi d’Espagne Ferdinand d’Aragon, le roi d’Angleterre Henri VIII, le duc de Ferrare, les Médicis, banquiers de Florence et le pape Jules II. Les opérations militaires menées contre Venise furent si radicales que le Doge Leonard Loredan admit devant le Grand Conseil de la cité qu’elles devaient être la punition infligée par Dieu à leurs « péchés d’orgueil et de luxure ».
Cependant, au cours de la même année, tout en négociant l’armistice et la paix, les ambassadeurs vénitiens réussirent à briser la Ligue en incitant le pape Jules II à se brouiller avec Louis XII. Attisant les craintes d’un futur conflit entre une Italie faible et divisée et une France forte et unifiée, les ambassadeurs vénitiens réussirent en 1510 à convaincre le Pape de lever son excommunication de Venise et de former avec elle une « Sainte Ligue » contre la France.
Depuis cette époque, les tentatives d’affaiblir l’Etat-nation France furent incessantes. Que réussit donc à accomplir Louis XI, qui provoqua tant l’ire de l’oligarchie ? Au cours de ses 22 années de règne, il parvint à briser le pouvoir de l’aristocratie terrienne féodale. Ce fut là le plus important changement politique par rapport aux siècles précédents dominés par le règne des seigneurs. Il jeta une nouvelle base de la société et de l’économie en créant et protégeant des manufactures dans les villes de France, en ouvrant des échanges réciproques avec l’Angleterre et signant des accords avec Gênes, Florence, Naples, la Sicile et la Calabre.
Louis garantit l’expansion des manufactures en subventionnant les villes, y compris les cités médiévales ; ces subventions provenaient de l’impôt sur le revenu, levé en proportion inverse à la productivité du contribuable, afin de décourager la richesse improductive et d’encourager le travail qualifié. Les seigneurs féodaux furent imposés à un taux plus élevé que les villageois, et les villageois plus que les citadins. Les revenus doublèrent et l’impôt sur le revenu tripla en l’espace de 20 ans : en 1462, l’impôt total levé se montait à 1 200 000 livres ; en 1482, il était de 3 900 000 livres. Les archives de l’époque abondent en plaintes émanant de l’aristocratie ainsi privée de ses privilèges.
Au-delà, le changement crucial effectué par Louis XI fut la création de nouvelles écoles et universités humanistes sous autorité royale. Le roi présida à l’établissement des premières études humanistes de la Renaissance en créant en 1464 deux nouvelles universités, l’une à Valence, l’autre à Bourges. En 1471, il inaugura l’imprimerie de la Sorbonne à Paris, qui diffusa des écrits de Platon, Salluste, Virgile, Juvenal et Xénophon, ce à la demande du Roi lui-même. Louis fit venir d’Allemagne Martin Krantz, Ulrich Gering et Michel Friburger pour monter cette imprimerie grâce aux subventions de l’Etat. Très rapidement, 37 villes françaises furent dotées de grandes imprimeries. En 1515, celle de la Sorbonne publia la première édition complète de l’oeuvre de Cuse en Europe, éditée par l’humaniste Jacques Lefèvre d’Etaples.
Pour Louis XI, l’imprimerie de la Sorbonne était à la fois arme politique et instrument pour l’éducation. En 1477, il commanda la rédaction du premier livre en français, les Chroniques, qui relatait l’histoire de France depuis le temps des Romains jusqu’à la mort de son père, Charles VII. Ce livre devait servir entre autre à discréditer Charles le Téméraire.
Peu après cette époque, la ville de Saint-Dié dans les Vosges devint un centre de la Renaissance française et l’une des plus importantes plaques tournantes de l’humanisme en Europe. Située sur les routes reliant Paris aux villes de Strasbourg, Sélestat, Heidelberg et Fribourg, la petite ville de Saint Dié avait créé une école des Frères de la vie commune - le Gymnase vosgien - sous la protection du duc de Lorraine René II et du Vatican.
Cette école ecclésiastique relevait directement de Rome. Elle fut fondée en 1490 par Vautrin Ludovic (Lud), aumônier de René II et frère de l’ambassadeur de René auprès du Doge, et par le chanoine Jean Pèlerin Viator, alors secrétaire de René II et ancien secrétaire de Louis XI. On y trouvait des enseignants envoyés par l’école des Frères de la vie commune à Deventer, des élèves du courant humaniste alsacien associé à Geyser de Kayserberg, des amis de Lefèvre d’Etaples et des collaborateurs de Léonard de Vinci en Italie.
Outre son « école latine » se situant dans la tradition de la « dévotion moderne », le Gymnase vosgien comportait une importante imprimerie pour la propagation des travaux scientifiques dans tous les domaines, allant de la géographie à la musique en passant par la géométrie. Sa première publication fut un traité de perspective, De Artificiali Perspectiva (1505) de Jean Pèlerin Viator, publié en français et en latin. Ce traité, le premier à être publié en Europe sur ce sujet, (les travaux d’Alberti, Piero della Francesca, Filatere, Foppa, circulaient alors uniquement sous forme de manuscrits), appliquait les principes nouveaux de la perspective à la construction de villes, avec le même souci que celui animant les derniers contemporains de Léonard de Vinci...
Après la première édition du livre de Viator, non moins de cinq éditions pirates furent imprimées, avec ou sans mention de son nom, en Allemagne entre 1508 et 1535, et trois éditions en France entre 1505 et 1521. L’artiste allemand Albrecht Dürer reprit la construction de Viator dans sa gravure de saint Jérôme (1514). A l’époque où Vignola écrivait son Due Regule della Prospettiva Pratica, le nom de Viator était si célèbre qu’il apparut même dans le titre du livre. Si l’auteur fut par la suite oublié, son idée par contre demeura. Pourquoi cela ?
Viator écrit en préface de son livre que cette connaissance « élèvera l’esprit des observateurs » et « transportera leurs coeurs vers la vertu et l’action divine », car la perspective a la capacité de « consoler et transcender les chagrins de la vie humaine ». C’est la raison pour laquelle les Vénitiens voulurent priver l’ensemble de la population de l’accès à cette méthode, dont ils comprenaient eux aussi le caractère libérateur. Vignola dira que la perspective de Viator est facile à appliquer mais « difficile à comprendre ». Nous verrons plus tard ce que signifie cette affirmation.
Le Gymnase vosgien avait également produit la première carte mondiale publiée par Mathias Ringmann, qui identifie l’Amérique du Sud.
Ajoutons que plus tard, Monge et Carnot, fondateurs de l’Ecole polytechnique, reconnurent à leur tour l’importance de la perspective pour susciter chez les élèves le sentiment de la proportionnalité et de l’infini nécessaires pour assimiler les grandes découvertes de la science. Aux débuts de Polytechnique, l’oeuvre de Léonard, en particulier, était étudiée dans ce but. « Art » et « Science » ne sont pas alors deux activités séparées de l’esprit humain, mais deux approches s’enrichissant l’une l’autre. C’est dans ce mouvement de l’âme que de nobles pensées peuvent être développées, comme les notions de créativité, de droits inaliénables de l’homme, de Bien, de Vérité, de Beauté, d’amour de Dieu et de l’humanité.
Il est intéressant de constater qu’à l’inverse, les ennemis de la liberté se sont toujours opposés à la communication de ce savoir au plus grand nombre. On trouve ainsi à Regensbourg (Allemagne), en 1549, un local des francs-maçons représentant l’esprit féodal des princes, pour déclarer que « Personne ne doit transmettre le secret du calcul de l’élévation à partir d’un plan. »

















