Par Christine Bierre
Voilà le choix que Nicolas Sarkozy a laissé à tous les militaires français impliqués dans le bourbier afghan.
C’est ce qu’a appris à ses dépens, le Général de division, Vincent Desportes, commandant du Collège interarmées de Défense, lorsqu’il a osé quelques critiques, tout à fait justifiées, sur la stratégie menée par les Etats-Unis en Afghanistan, dans une interview au Monde, le vendredi 2 juillet. L’interview aussitôt publiée, il a été traité « d’irresponsable » par le Chef d’Etat Major des Armées, Edouard Guillaud, qui l’a accusé au passage de « faute » alors qu’au même moment, Hervé Morin, ministre de la Défense, annonçait qu’une sanction tomberait.
Depuis, le Canard Enchaîné de cette semaine nous a appris qu’en s’exprimant dans Le Monde, le Général Desportes avait enfreint les ordres de Nicolas Sarkozy qui, depuis trois mois, avait « exigé le silence dans les rangs », les rangs étant l’Etat major des armées, le Ministère de la Défense et le Quai d’Orsay. Et ce silence devait aller jusqu’en 2012 et être observé tout à fait méticuleusement durant la campagne présidentielle !
Mais pourquoi cette inquiétude partagée des deux côtés de l’Atlantique ? Après le limogeage brutal du Général McChrystal par Obama aux Etats-Unis, qui avait osé aussi quelques critiques, le couperet va-t-il tomber sur Vincent Desportes en France ? La réalité est que si l’on peut mentir longtemps aux populations sur un certain nombre de questions, on ne peut plus cacher le fait que la prétendue stratégie de contre-insurrection poussée par Obama et qui avait été élaborée pourtant par le General McChrystal et ce grand spécialiste de David Gallula qu’est David Petraeus, ne rime à rien et qu’elle est particulièrement coûteuse en hommes.
Prétendre faire à la fois de la contre-insurrection, ce qui exige assez d’hommes pour quadriller le territoire, tout en déployant peu d’hommes, et s’engager dans une guerre courte, alors que ce type de guerre met de longues années à se mettre en place et exigerait même la colonisation du pays en question, voilà qui relève de l’incompétence pure et simple. Et voici qu’au fur et à mesure que le conflit devient plus meurtrier, les militaires commencent à dire partout que c’est « une guerre qui va peut-être durer encore dix ans » … Et c’est bien ce que les Narcisses des deux côtés de l’Atlantique, Obama et Sarkozy, ne peuvent tolérer. En France, Vincent Desportes aurait le soutien de nombreux officiers et généraux, notamment au Centre de planification et de conduite des opérations, à l’IHEDN et au groupe Surcouf qui regroupe des hauts gradés d’active ou à la retraite.
Qu’a dit au juste Desportes ? Que « la situation n’a jamais été pire », le mois de juin ayant été de loin le plus meurtrier. Le général évoque des problèmes de stratégie : « La doctrine de contre-insurrection traditionnelle, telle que l’a engagée McChrystal depuis un an, avec un usage restreint de l’ouverture du feu (...) pour réduire les dommages collatéraux, ne semble pas fonctionner. (…) Chez les militaires, un courant remettant en cause le mode d’action [nommé] "gagner les cœurs et les esprits" suscite une adhésion grandissante. Cette remise en cause renforce l’écart entre la troupe et la stratégie générale. Or, on ne peut pas faire la guerre contre le moral des soldats ».
Le Général Desportes exprime des doutes sur la compétence de Barack Obama. « L’affaire McChrystal révèle une faiblesse », a-t-il dit. « Tout se passe comme si le Président n’était pas très sûr de ses choix. Il a limogé deux généraux en l’espace d’un an, David McKiernan, qui prônait la tactique américaine traditionnelle de la force, et McChrystal, qui avait l’option inverse. Il a choisi une voie moyenne qui peine à fonctionner. A l’issue des débats sur les renforts nécessaires, il y a un an, il a opté pour 30 000 soldats de plus. Tout le monde savait que ce devait être zéro ou 100 000 de plus. On ne fait pas des demi-guerres.
Il abonde ensuite dans le sens des gens les plus réalistes de l’administration américaine. « Si la doctrine McChrystal ne fonctionne pas ou n’est plus acceptée, il faudra bien revoir la stratégie. Et il n’y a plus qu’une option : celle du vice-président Joseph Biden, qui dit que l’Amérique a d’autres intérêts stratégiques que l’Afghanistan, qu’elle est piégée là par une guerre sans fin, et qu’il faut en sortir, en réduisant les troupes à une capacité de frappes ponctuelles contre Al Qaeda. Des trois lignes d’opérations, la sécurité, la gouvernance, le développement, Joseph Biden dit que seule la première marche -relativement. Le problème sera de réconcilier la stratégie avec ceux qui la mettent en œuvre. Il faudra aussi, probablement, repousser la date du retrait d’Afghanistan. »
Enfin, sur le poids de la France dans cette guerre que Nicolas Sarkozy avait gonflé au moment de l’entrée de la France dans l’OTAN, Desportes dit que « c’est une guerre américaine. Quant vous êtes actionnaire à 1%, vous n’avez pas droit à la parole ».
Pour Lyndon LaRouche et Jacques Cheminade, la chose est vue : les troupes de l’OTAN n’ont rien à y faire et doivent être retirées au plus vite.
Notre politique :
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8 juillet 2010
à 02h07 #