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Rainer Sandau : le chemin de la paix passe par la coopération spatiale

La rédaction
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Voici la transcription de l’intervention du Dr Rainer Sandau, lors de la conférence internationale de l’Institut Schiller des 25 et 26 juin 2016 à Berlin.

Ancien responsable de l’Agence spatiale allemande (DLR), le Dr Rainer Sandau est professeur adjoint à l’Université Baylor du Texas et directeur des applications satellitaires à l’Académie internationale d’astronautique (IAA).

Retour à toute la conférence et aux autres orateurs.

Vers une nouvelle ère de coopération spatiale

Bon après-midi. Permettez-moi d’abord de remercier Mme Helga Zepp-LaRouche pour m’avoir invité à parler d’un sujet qui me tient à cœur mais qui vous est sans doute peu familier. A la fin de mon intervention, vous aller pouvoir constater par vous-même que ce sujet n’est pas sans rapport avec le thème de cette conférence. J’ai préparé mon exposé de pair avec Jean-Michel Contant, vous le verrez sur une des images. D’abord je veux parler de qui nous sommes et de ce que nous faisons et ensuite, de ce que nous avons changé, pour faire mieux et plus. L’Académie internationale d’astronautique (IAA) a été fondée à Stockholm le 16 août 1960 avec comme président Théodore Von Karman. Il est probablement connu par vous comme un des pionniers de l’espace dirigeant le projet GALCIT à Pasadena (Californie), aujourd’hui le Jet Propulsion Laboratory (JPL). C’est une communauté indépendante internationale d’individus : 1200 experts en activité ; 1700 de 85 pays ; reconnue par l’ONU en 1996 et la qualité de membre résulte d’une forte compétition. Ce n’est pas facile d’être admis en tant que membre.

Les objectifs de l’IAA consistent à promouvoir le développement de l’astronomie à des fins pacifiques ; d’offrir une reconnaissance à des individus ayant contribué à la science ou la technologie spatiale ; de fournir un programme permettant aux membres de contribuer à des efforts internationaux et de promouvoir la coopération internationale dans l’avancement de la science aérospatiale.

Je veux souligner qu’en tant qu’association d’individus, nous pouvons réaliser nos rêves et travailler sur des sujets qui ne sont pas forcément dans l’intérêt des groupements industriels ou des organisations que nous représentons. Nos membres sont réellement libres de travailler en tant qu’individu. La direction est formée par un haut conseil de patronage composé de 11 anciens patrons d’agences spatiales. Six commissions couvrent tous les aspects de l’activité spatiale : science fondamentale, science de l’ingénieur, science de la vie et sciences sociales. Et l’agence offre aux meilleurs experts des autres domaines des occasions pour se rencontrer, se connaître et échanger. Et cela marche réellement.

L’agence possède également des secrétariats dans 30 régions, dont la Syrie. En Syrie, nous avons un secrétaire régional, le Dr Hussein Ibrahim, qui a été l’ancien directeur général de la General Organization of Remote Sensing (GORS, Organisation générale de la télédétection). C’est peu connu mais la Syrie a déjà envoyé un astronaute dans l’espace et disposait d’un bon programme spatial. Évidemment, dans la situation actuelle, cela devient très compliqué. Il reste un excellent ami, mais depuis des années il ne peut plus obtenir de visa pour se rendre en Allemagne. Il est clair qu’il ne fait pas partie des Syriens que Mme Merkel invite à s’installer en Allemagne…

Mme Shaaban nous a parlé de ce site historique intéressant en Syrie. Cela m’a rappelé que lorsque je me suis rendu en Syrie, j’ai pu visiter ce site et j’avais été émerveillé par son histoire et son architecture. J’avais proposé à l’époque, c’est-à-dire il y a une quinzaine d’années, d’utiliser la télédétection et l’informatique pour mettre les données de ce site à disposition de façon interactive aux chercheurs du monde. Évidemment, j’ai quelques bonnes relations avec des gens sur place.

Un petit aperçu de ceux qui sont membres de l’IAA dont notamment le premier homme dans l’espace Youri Gagarine (1934-1968), la première femme dans l’espace Valentina Tereshkova et Alexei Leonov, le premier homme à réaliser une sortie extravéhiculaire dans l’espace. Sur cette photo du premier satellite américain Explorer I, on voit les académiciens William Pickering, James van Allen et Werner von Braun. Le premier homme à poser le pied sur la Lune était Neil Armstrong. Voici Buzz Aldrin, et cela, c’était il y a presque 50 ans ! Vous vous imaginez ! Il y a cinquante ans on s’est posé sur la Lune et cela reste un objectif de rêve. Le record mondial dans l’apesanteur, c’est 18 mois, et il est détenu par Valeri Polyakov. Et, évidemment, avec la Route de la soie, Yang Liwei, est la première taïkonaute chinoise.

Ainsi, l’IAA organise 18 à 20 conférences par an. Sur ces images quelques impressions de celles organisées à Beijing, Bangalore, Moscou, Fukuoka et Berlin. Actuellement on en prépare 42 nouvelles. Voici une palette des imprimés sur des questions relatives à l’espace. Nous sommes une maison d’édition depuis 2012 avec une collection sur les programmes, les missions et les applications technologiques pour les petits satellites mais aussi la télédétection en général et les actes des colloques de l’IAA. On a également publié un dictionnaire de l’espace, libre de droits. Nos deux dernières publications sont en gaélique et en Afrikaans, toujours reliées à l’anglais, le français et l’allemand.

Lors de notre 50e anniversaire, nous avons décidé de faire quelque chose de différent qui s’ajoute à nos activités académiques mais qui communique au grand public l’élan moral de nos activités. On a donc décidé d’organiser un sommet réunissant les grands patrons des agences spatiales mondiales. Quatre sujets furent abordés : les vols habités, l’exploration robotique, le changement climatique et les systèmes « verts », et la gestion des catastrophes naturelles.

En réalité, beaucoup de coopérations sur ces sujets datent depuis longtemps : la station spatiale internationale a été lancée il y a 20 ans par seulement huit pays. A l’époque il n’existait que la moitié des agences spatiales d’aujourd’hui.

La Russie et les États-Unis ne peuvent pas garder l’exclusivité sur l’accès à l’espace. Peu de coopérations avec les agences spatiales de pays émergents ont été nouées. Il en faut plus.

Le grand sujet du sommet était donc comment équilibrer ces nouvelles aspirations et comment coordonner cela avec les programmes, les budgets et les intérêts nationaux et les besoins ? Ils sont très différent entre grand pays et pays émergents. Comment coopérer avec un grand nombre de partenaires. Comment susciter la confiance et obtenir la transparence ? Comment partager les meilleures pratiques ? E comment garantir qu’on se serve de l’espace d’une façon responsable et dans des conditions de sécurité optimale ?

L’IAA est donc un catalyseur. Nous n’avons pas de pouvoir exécutif mais nous pouvons réunir les gens et les encourager à travailler ensemble. Cependant, nous essayons de travailler sur des projets concrets, des études et des projets pilotes dans les quatre domaines que je viens d’évoquer et ceci afin de préparer la coopération spatiale pour les nouvelles générations. Vous savez, il s’agit d’un changement culturel. La situation à laquelle nous faisons face aujourd’hui est inhérente à notre génération et nous ne pouvons pas nous débarrasser de nos propres ombres. Cependant, nous devons préparer le futur.

Ce sommet des chefs d’agences, qui a eu lieu à Washington en novembre 2010 dans le cadre de notre 50e anniversaire, a été réellement historique. Sur cette photo vous les voyez, assis côte à côte, approuvant l’idée d’une grande coopération. Là, vous pouvez identifier le Vietnamien Pham Anh Tuan serrant la main de Charlie Bolden (patron de la NASA). C’est sans précédent et j’espère que cela reflète ce qui se passera dans l’avenir. L’objectif du sommet était d’obtenir un consensus au plus haut niveau sur la coopération et d’encourager des initiatives de coopération dans les quatre domaines mentionnés et sur laquelle l’IAA a travaillé.

Ici, par exemple, les couvertures de nos études sur le besoin de coopération sur les applications spatiales pour étudier le changement climatique, l’exploration robotique, les vols habités et la gestion des catastrophes naturelles.

Bien sur, il s’agit de thèmes très larges qu’il faut décliner en taches plus réduites. Ainsi, à tous les échelons, les gens peuvent se mettre au travail. Cet ordre des priorités a été fixé en 2011. Ensuite on a réuni des comités directeurs et des groupes de coordination chacun en charge d’un domaine. Depuis lors, en est passé à la phase de réalisation et l’on discute aujourd’hui avec plus de 40 agences spatiales pour que ces projets deviennent une réalité.

Il y a eu quelques réunions de suivi dont celle organisée à Kiev en 2012, à Mysore et à Naples où 14 chefs d’agences ont pu aborder des sujets spécifiques. Chaque agence ne va pas forcément s’engager dans les quatre domaines de référence. Par exemple, les pays en voie de développement ne sont pas très impliqués pour l’instant dans les missions robotiques. Cependant, pour eux, le changement climatique et la gestion des catastrophes naturelles est un sujet. En janvier 2014, la conférence de Washington sur les vols habités et l’exploration robotique a permis de franchir un cap. C’est lors de cette conférence que j’ai eu l’occasion et le plaisir de rencontrer Mme Helga Zepp-LaRouche.

Voilà un aperçu de la situation. Toutes ces rencontres font que les agences finissent par se parler et travailler ensemble, bien que cela prenne un certain temps pour se mettre en place, car chacun a son propre budget, ses propres idées et ses propres priorités. Tout cela doit nécessite d’être accordé et cela prend du temps. Mais c’est en train de se faire.

La deuxième conférence marquante, sur le changement climatique et la gestion des catastrophes naturelles, a eu lieu dans la capitale du Mexiques avec 40 patrons d’agences. Les échanges s’intensifient et se font au niveau opérationnel.

Enfin, pour conclure, l’IAA est un organisme unique capable de catalyser une coopération à une échelle sans précédente : « Ensemble dans l’espace, afin d’enrichir tout le monde sur Terre ». Et l’intention, c’est de convaincre les décideurs d’imaginer la coopération dans le domaine spatial dont les nouvelles générations ont besoin. Pour cela nous devons produire d’autres rapports et faire des propositions concrètes afin que les prochains sommets puissent aboutir à des actions concrètes.

C’est ma conviction que ce sujet s’insère pas mal dans la thématique de cette conférence et j’espère que cela vous a donné un aperçu de ce qui se passe dans ce domaine, le spatial, qui, pour la plupart des gens, reste un sujet exotique. Pourtant, ce n’est pas exotique du tout, car toute notre existence quotidienne est déjà régie par le spatial. Et j’espère que cela vous démontre qu’une coopération pacifique entre nations est possible, une chose à souligner après ce que nous venons d’entendre de Syrie et d’autres pays. Merci.


Retour au programme de la conférence avec les liens aux autres interventions.

Retrouvez toute la conférence sur le site New Paradigm.

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