16 juin 2010 (Nouvelle Solidarité) – Alors que le système euro pourrait s’effondrer à tout moment à cause de la faillite de fait des banques européennes, Jean Claude Trichet fait montre de ses tendances suicidaires en refusant avec véhémence de rejoindre le camp du Glass-Steagall – cette loi de 1933 établissant une séparation stricte entre activités bancaires classiques (dépôt, crédit, gestion de comptes) et spéculatives. Notre collègue de l’Executive Intelligence Review (EIR) à Francfort, Claudio Celani, a pris à parti le gouverneur de la BCE, qui recycle massivement les actifs toxiques des banques privées, lors de sa conférence de presse mensuelle le 10 juin.
Celani est intervenu pour regretter que le dernier numéro de la Global Stability Review de la BCE rejette les critères de Glass-Steagall, en s’appuyant sur deux arguments : l’un d’ordre idéologique (la « tradition européenne de banque universelle » [*]), l’autre d’ordre technique (un pare-feu entre les activités des banques pourrait perturber le « bon fonctionnement » des marchés).
Or, poursuivit Celani, les traditions peuvent changer puisque avant le Glass-Steagall la tradition était aussi à la banque universelle. Puis comme Trichet l’a admis lui-même dans sa conférence, les marchés sont déjà en plein désarroi, donc rétablir le Glass-Steagall ne risque pas de perturber leur « bon fonctionnement » ! Mais l’essentiel, que la BCE ne soulève pas, c’est que « grâce à cette séparation, l’enjeu de la protection devient clair, les gouvernements pourront protéger les dépôts, mais pas le reste. Maintenant, nous avons ces actifs toxiques, nous avons une garantie sans limite pour des milliers de milliards. Comment résoudre cela ? », a conclut Celani.
En guise de réponse, Trichet a admis, devant les médias du monde entier que la BCE n’a aucun argument valable à opposer à un Glass-Steagall – transformant ainsi l’enjeu politique très réel en une affaire d’« opinion ». Sa déclaration, plutôt étonnante : « Je connais votre position, puisque vous l’avez exprimée la dernière fois, je comprends que l’on puisse la défendre. Je vois aussi, bien sûr, que c’est depuis très longtemps un débat traditionnel aux Etats-Unis. Il est vrai aussi que la position prise par la BCE – et que vous avez très bien fait ressortir – est que nous considérons que ce n’est pas quelque chose que nous jugerions, je dirais, urgent ou même extraordinairement approprié dans notre situation. Mais je ne nie pas que vous puissiez avoir votre opinion ; vous avez votre opinion, nous avons la nôtre. »
Par « la nôtre », M. Trichet entend, bien sûr, celle de la vil razza dannata (vile race maudite) de l’oligarchie européenne dénoncée par le grand républicain Giuseppe Verdi.
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16 juin 2010
à 23h30 #