Solidarité&progrès

Solidarité & progrès est un parti politique qui milite pour la paix par le développement économique mondial, contre le féodalisme financier et les idéologies du sol, du sang et de la race. Les informations que nous diffusons visent à vous faire joindre notre combat en le faisant devenir aussi le vôtre.

Flash : 20 février - Fake News : Jacques Cheminade n’existe pas ! Lire Flash : 20 février - Injustices et dettes illégitimes - Radio S&P 20 février 2017 Lire Flash : 19 février - TV Lobotomie, l’être humain face aux écrans Lire
AccueilÀ répartirArticles variés

Qui veut mourir pour les anglais en Afghanistan ?

visites
2520
commentaire

Le 28 février, 2008 (Nouvelle Solidarité) – Citant « l’entourage » de Sarkozy à l’Elysée, Le Monde du 26 février annonce que le Président français envisage d’accroître fortement l’effort militaire de la France en Afghanistan en échange d’une position stratégique au sein de l’OTAN qu’elle compte réintégrer.

Interrogé par Reuters, le porte-parole de l’Elysée David Martinon n’a pas voulu confirmer ni infirmer ces informations : « Nous examinons toutes les options. Le président de la République n’a pris aucune décision. Nous sommes en discussion avec nos partenaires, notamment au sein de l’Otan, mais pas seulement ».

Dans l’immédiat, si cette perspective est confirmée, elle semble surtout répondre aux fortes pressions provenant de Washington lors de la réunion informelle des ministres de la défense des pays membres de l’OTAN à Vilnius du 7 février, suivi de la rencontre annuelle du Wehrkunde, le 8 et le 9 février à Munich. Robert Gates s’y interrogeait fortement sur « une alliance à deux vitesses, avec d’un côté des pays prêts à se battre et à mourir pour protéger la sécurité des citoyens, et d’autres qui ne le sont pas. »

Un article retentissant de Pierre Haski, paru dans Rue89 permet de clarifier les enjeux. La Force internationale de sécurité en Afghanistan (FIAS) compte actuellement 55000 hommes, pour moitié, des troupes américaines, « mais tous ne prennent pas les mêmes risques : dans le Sud, où se déroulent les principaux combats contre les talibans réorganisés, ce sont les Britanniques, Canadiens, Australiens et Néerlandais qui sont en première ligne. »

Ensuite, note Pierre Haski, le ministre étasunien de la défense Robert Gates s’en est pris dans le Los Angeles Times à l’amateurisme des troupes alliées. Aussitôt, le Canada, ayant déjà perdu 78 soldats et un diplomate dans le conflit, a brutalement répliqué. Gates fut obligé de présenter ses excuses, mais le Canada a fait savoir fin janvier qu’il retirerait ses forces à la fin de son mandat, en février 2009, si aucun renfort n’arrive sur place. D’où la pression grandissante de l’Otan sur les européens, en particulier sur l’Allemagne. Selon Rue89, Merkel, devant les exigences de Washington et après avoir consulté ses partenaires de la grande coalition au pouvoir, aurait signifiée un « refus catégorique » d’envoyer des troupes dans le Sud.

Reste la France. Rue89 note que Sarkozy, pendant la campagne électorale, avait déclaré que la présence des troupes françaises « dans cette partie du monde », n’était pas décisive. Pourtant, aujourd’hui, le président de la République pourrait annoncer à Bucarest, lors du prochain sommet de l’Otan en Avril, « l’envoi de plusieurs centaines d’hommes supplémentaires pour rejoindre les Canadiens dans le Sud », affirme Rue89, bien que Le Monde croit savoir que « leur destination serait des zones de combat potentiellement intense, de préférence la région Est de l’Afghanistan, face aux régions tribales pakistanaises. »

En tout cas, « ils ont été très réceptifs à notre message », souligne le ministre canadien de la Défense, Peter MacKay, à propos des Français, ajoutant : « nous voulons parler plus en détail de la logistique ».

Il s’agirait, toujours selon Le Monde, du déploiement « de centaines de soldats supplémentaires hors de Kaboul, où est actuellement concentré le concentré le contingent français ». L’Elysée renverrait les commandos des forces spéciales que Jacques Chirac avait partiellement retirées en janvier 2007. Seulsune cinquantaine d’instructeurs sont restés sur place, ainsi que six avions Mirage basés à Kandahar.

Rue89 précise que « Le calcul de Nicolas Sarkozy est certes lié à la détérioration de la situation en Afghanistan, mais s’inscrit aussi dans sa stratégie visant à réintégrer le commandement militaire [intégré] de l’Otan [que De Gaulle avait quitté le 26 octobre 1966 tout en restant dans l’Alliance atlantique] et à prendre la tête de son ‘pilier européen’. Il entend donc apparaître comme le chef déterminé d’une France qui n’hésite pas à engager ses troupes au côté de ses frères d’armes de l’Alliance sur des terrains éloignés. Une France qui ferait ainsi exception dans une Europe de plus en plus frileuse »

Le scénario envisagé par Sarkozy est assez proche des recommandations d’un rapport publié en janvier 2008 par le Conseil Européen des Relations Etrangères (European Council on Foreign Relations ECFR) que préside Mark Leonard, le « wonderboy » de Tony Blair et idéologue du libéral-impérialisme britannique déguisé en « Eurosphère ».

« L’Afghanistan, la guerre oublié de l’Europe », écrit par Daniel Korski, suggère qu’en échange d’un changement d’approche par rapport à la crise afghane de la part des Etats-Unis, l’Europe aurait fortement intérêt à envoyer des troupes supplémentaires en Afghanistan, seule façon d’obtenir une récompense au sein de l’Alliance… Dans cet esprit, Paris a annoncé qu’elle accueillira une nouvelle conférence des donateurs sur l’Afghanistan. Si le scénario de Korski est un piège typique de la géopolitique anglaise, certains français ont sans doute des intentions moins perfides qu’Albion et cherchent à apprendre à nos amis américains comment « achever » une guerre grâce à un règlement politique global.

Si l’ambassadrice états-unienne auprès de l’Otan, l’ancienne conseillère de Dick Cheney, Victoria Nuland, dans les colonnes des Echos du 25 février et sous le titre « l’Impératif afghan », voit l’évolution en cours à Paris comme « encourageante », Le Canard Enchaîné, pour sa part, relate tous les réserves que peuvent avoir les hauts gradés de l’armée française pour de telles manœuvres politiques.

La bonne question qui devrait être l’objet d’un vrai débat en France, souligne Pierre Haski dans Rue89, c’est de savoir comment, sept ans après la chute du régime discrédité des talibans, avec des dizaines de milliers de soldats de l’ONU sur place, des élections démocratiques et des milliards de dollars d’aide, les talibans soient en train de regagner du terrain en Afghanistan ? « Et à cette question, la réponse ne doit-elle être que l’envoi de troupes supplémentaires ? »

Vous avez adoré cet article ? Rejoignez-nous !

Don rapide