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Le Darfour au cœur des ténèbres

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Villages brûlés, miliciens massacreurs, désolation, bombardements cyniques, génocide, urgence humanitaire. Par l’émotion, la machine médiatique, quand elle déploie son arsenal d’images insupportables, anéantit souvent la réflexion rationnelle. Une enquête sérieuse s’impose donc de toute urgence sur les véritables enjeux du Darfour.

Fraîchement nommé, notre nouveau ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, convoque sans tarder tous les experts et ONG au fait de la situation pour élaborer d’urgence une stratégie et une proposition de « corridors humanitaires », que Sarkozy s’engage à présenter lors du G8 comme rapporteur sur la crise africaine.

Officiellement, la stratégie française comprend deux volets, l’un politique, l’autre humanitaire.

D’abord, afin d’aboutir à une solution politique, on fixe l’objectif d’un « Abuja plus » sur le modèle des accords d’Abuja de mai 2006, quand Khartoum, sous pression américaine, avait signé un accord de paix avec certains rebelles du Darfour. Pour y parvenir, on appelle à la création d’un groupe de contact élargi avec l’ensemble des forces concernées, comprenant la Chine, l’Egypte et l’Erythrée. Kouchner appelle le secrétaire général de l’ONU, qui qualifie la proposition française de « sérieuse », et lors de sa visite à Hambourg fin mai pour le sommet de l’ASEM (UE-Asie), il rencontre son homologue chinois Yang Jechi qui « exprime son intérêt » pour la démarche française, perçue comme aux antipodes de la politique de sanctions prônée quelques jours auparavant par Georges Bush. L’Union européenne s’est toujours opposée à cette politique de sanctions qu’elle juge totalement inefficace car trop dépendante de l’ONU, où la Chine, membre du Conseil de sécurité, peut opposer son veto.

Pour faire « face à l’urgence », Kouchner imagine en même temps l’instauration éventuelle de « couloirs humanitaires », opération devant débuter avant la saison des pluies qui rendra les pistes totalement impraticables. On pense rééditer l’opération « Artémis », lorsque, pendant l’été 2003 et à la demande de l’ONU, 1500 soldats européens, essentiellement français, sont intervenus en Ituri, dans l’est de la République démocratique de Congo (RDC), pour mettre fin à un « processus de quasi-génocide ». Trois mois après, les troupes de l’ONU prirent le relais des troupes de l’UE. Pour cette opération, le Quai d’Orsay évoque un dispositif de « 3000 à 12 000 hommes », qu’on peut envoyer tout de suite dans l’Est du Tchad où des milliers de réfugiés du Darfour survivent dans des camps. Paris n’ira pas seul et compte sur la participation de ses partenaires européens, en particulier l’Allemagne.

Après quelques jours, et avec sa souplesse désormais légendaire, Kouchner a replié sans sourciller son projet de couloirs humanitaires. Officiellement, les raisons ne manquent pas : levée des boucliers de la part des humanitaires qui dénoncent le mélange douteux entre opération militaire et aide humanitaire, mettant en danger l’aide déjà en cours et la vie de ceux qui l’acheminent ; l’armée française n’est pas enthousiaste ; le Soudan et même le Tchad s’y opposent ; enfin, Sir John Holmes, le secrétaire général adjoint aux Affaires humanitaires et coordonnateur des secours d’urgence des Nations unies, oppose une fin de non-recevoir à l’idée du chef de la diplomatie française.

Et pourtant, Sarkozy y croit. On ne peut raisonnablement durcir la politique anti-immigration sans faire semblant de se battre pour une Afrique viable. Surprise : au G8, Sarkozy se contente d’annoncer la création d’un groupe de contact incluant la Chine qui se réunira à Paris le 25 juin, tout en ajoutant que « si le gouvernement (soudanais) devait s’opposer soit à un règlement humanitaire, soit à un règlement politique, la communauté internationale serait fondée à proposer des sanctions ». Cette position, que Sarkozy affirme être « proche de celle des Etats-Unis », permet de sauver la face et de gagner du temps.

En réalité, d’autres nouvelles semblent avoir conduit Sarkozy à rebattre ses cartes. Selon le quotidien Sudan Tribune, le bras de fer qui oppose de longue date la société britannique White Nile UK à Total, le géant pétrolier français, s’est soudainement soldé en faveur des Français. Cet arrangement « surprise » est indéniablement un message conciliant pour Paris dans une période où le pouvoir du président Omar El-Béchir subit des pressions sur le front du Darfour.

Bien que White Nile UK y ait démarré les premiers forages le 19 avril, c’est Total qui jouera désormais le rôle moteur dans l’exploration et l’exploitation du « Bloc B », une concession pétrolière très prometteuse, de la taille de la Grèce, au sud du Soudan. Une délégation soudanaise de haut niveau s’est rendue récemment à Paris en vue, après actualisation, de valider cet accord. Bien qu’en 1980, Total avait conclu un accord d’une durée de 40 ans pour cette concession, les « rebelles » du Sudanese People Liberation Army (SPLA), dont le noyau dur dirige aujourd’hui le Sudanese People Army (SLA), avaient cédé les droits à White Nile...

A l’origine, le SPLA avait été armé et dirigé par John Garang, un homme entraîné à l’école des forces spéciales de Fort Benning, dans l’Etat de Géorgie aux Etats-Unis. Appuyé par son ami, le président ougandais Museveni, Garang lança en 1983 la rébellion du Sud-Soudan. Après des années de combat, Garang est nommé vice-président du Soudan en 2005 et meurt quinze jours plus tard dans un accident d’hélicoptère. Depuis 2005, le SPLA dispose de représentants au gouvernement soudanais et forme le coeur du gouvernement de la région semi-autonome du Sud-Soudan. En 2006, la société de sécurité privée DynCorp, les mercenaires d’une de ces fameuses PMC’s (Private Military Contractors), connue pour son comportement criminel en Bosnie et en Irak, a été payée par le gouvernement américain pour former les rebelles du SPLA et en faire une armée régulière.

En réalité, c’est un secret de polichinelle que le SPLA, et ceux que le forment, fournissent des armes à leurs « frères » du Darfour provoquant des ripostes irresponsables d’autres factions du pouvoir. En arabe, le mot Soudan signifie « le pays des Noirs » ; aujourd’hui il est devenu synonyme de « pays de l’or noir ». Si les médias pointent du doigt le soutien inconditionnel accordé au régime de Khartoum par la Chine, dont les besoins en hydrocarbures sont énormes, c’est surtout pour mieux cacher les énormes convoitises occidentales. La découverte d’immenses réserves pétrolières encore inexploitées au Darfour a fait passer le nombre de mouvements rebelles de trois... à dix-neuf, avec ou sans soutien extérieur.

Un monde qui refuse d’entreprendre la conversion de son mode énergétique du pétrole vers l’hydrogène, conversion qui n’est possible que grâce aux sciences les plus avancées de l’atome, se condamne à programmer sa propre mort. Pour les tenants de la mondialisation financière, comme le disait Raymond Barre, l’économie n’est que « la science de la gestion des ressources rares », ressources dont, bien entendu, les hommes ne font pas partie. Le génocide du Darfour est ainsi inscrit dans le refus axiomatique de nos élites financières de remettre sur pied un système monétaire international capable de « libérer » l’argent et le crédit pour la création de véritables richesses humaines et physiques.

Faute d’un programme d’ensemble, dans le cadre d’un nouvel ordre économique mondial juste, le Soudan ne sera qu’une bagarre entre « racailles » dans un pays qu’ils croient être un supermarché géant sans vigiles, un self service du pétrole dont la superficie dépasse celle de l’Europe des Douze. Le président Sarkozy sait très bien qu’aucun accord politique ou « corridor humanitaire » ne fera jamais l’affaire.

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