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Abou Ghraib : des responsabilités en haut lieu

La rédaction
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Deux nouveaux rapports rendus publics la semaine dernière sur les sévices commis à la prison d’Abou Ghraib abondent en éléments montrant que les véritables responsables du comportement des gardiens se trouvent aux plus hauts niveaux de l’administration Bush, notamment chez le vice-président Dick Cheney. Ces rapports contredisent donc les mensonges que la Maison-Blanche et le Pentagone s’évertuent à répéter, selon lesquels ces actes seraient imputables à quelques « brebis galeuses » agissant de leur propre chef et en violation de la politique officielle.

Les faits décrits dans les rapports démentent les conclusions beaucoup plus modérées des responsables de l’administration, généralement reprises dans les médias et le gouvernement. Ils font en effet ressortir un lien direct entre, d’une part, les « mémos sur la torture » rédigés par l’avocat de Cheney, David Addington, et l’Office of Legal Counsel du ministère de la Justice (DOJ) et, d’autre part, la torture et la mort de prisonniers à Abou Ghraib.

On constate notamment que les techniques d’interrogatoire qui avaient été approuvées ou permises en Afghanistan, à Guantanamo et dans d’autres centres de détention secrets - où le gouvernement avait décidé que les Conventions de Genève sur les prisonniers de guerre ne s’appliqueraient pas - ont été importées en Irak et utilisées à Abou Ghraib, en dépit du fait que ces mêmes conventions soient officiellement reconnues dans ce conflit.

Le premier des deux rapports, préparé par une commission dirigée par l’ancien ministre de la Défense James Schlesinger, mentionne un débat qui avait eu lieu dans le gouvernement fin 2001-début 2002, pour savoir si les prisonniers capturés en Afghanistan avaient le droit d’être traités comme des prisonniers de guerre, en vertu des Conventions de Genève.

Dès le départ, les chefs militaires et le département d’Etat ont répondu par l’affirmative, tandis que l’Office of Legal Counsel (OLC) du DOJ soutenait que ni les Conventions de Genève, ni la loi américaine sur les crimes de guerre ne s’appliquaient à l’Afghanistan.

Le point de vue du DOJ fut présenté au Président Bush dans un mémorandum daté du 25 janvier 2002 remis à Alberto Gonzales, conseiller juridique de la Maison-Blanche. En réalité, ce texte a été rédigé par Addington, le conseiller de Cheney. Il mettait en garde contre la possibilité que de hauts responsables du gouvernement soient poursuivis pour crimes de guerre par un gouvernement ultérieur, et proposait que, pour se protéger de telles poursuites, l’administration Bush-Cheney déclare inapplicables les Conventions de Genève dans la lutte contre les Talibans et Al-Qaida. Le 7 février 2002, le Président Bush le fit officiellement.

En août 2002, l’OLC publia le mémo sur la torture le plus tristement célèbre, (selon certains, en réponse à une requête de la CIA), qui en donnait une définition légale extrêmement restreinte, autorisant par exemple des supplices « modérés » qui ne provoquent pas la destruction d’organes ou la mort. L’OLC maintenait que le Président, en tant que commandant en chef, avait même le pouvoir d’autoriser des tortures sévères dans certaines circonstances, sans que le Congrès ou les tribunaux ne puissent intervenir. Apparemment, c’est Addington qui a poussé à ce que les pouvoirs présidentiels soient si fortement affirmés.

Comme le documentent le rapport Schlesinger, rendu public le 24 août, et le rapport Fay du 25 août, le ministre de la Défense, Donald Rumsfeld, avait donné, en décembre 2002, une liste de techniques d’interrogatoires autorisées pour l’Afghanistan et Guantanamo, avant de l’annuler en janvier 2003. En même temps, il avait créé un « groupe de travail » chargé de la question de l’interrogatoire des détenus, dont le rapport fut présenté en avril 2003. Celui-ci s’appuyait en grande partie sur le mémo du DOJ d’août 2002, aujourd’hui officiellement répudié par la Maison-Blanche.

Il ressort clairement de ces deux rapports que les recommandations faites dans ces mémos du gouvernement ont été suivies en Irak, à Abou Ghraib. Le rapport Schlesinger écrit que les politiques et les pratiques utilisées en Afghanistan ont « migré » vers le conflit irakien - en dépit de la nature « totalement différente » des deux opérations, le conflit en Irak tombant sous le coup des Conventions de Genève et des lois de la guerre. Le rapport cite « la migration des techniques d’interrogatoire d’Afghanistan en Irak », ainsi que le fait que le commandement militaire américain qualifiait certains détenus irakiens de « combattants illégaux », alors qu’une telle qualification n’était officiellement pas autorisée en Irak.

Le rapport Fay, qui couvre le rôle du renseignement militaire en Irak, est bien plus spécifique et détaillé, y compris dans les quelques sections rendues publiques, qui ne représentent qu’une infime partie du tout. Il décrit comment le mémo du « groupe de travail » du Pentagone a été intégré dans celui rédigé par l’équipe juridique du général Ricardo Sanchez, le haut commandant en Irak. Il note aussi que les agents du renseignement militaire qui ont été transférés d’Afghanistan en Irak y ont apporté les mêmes méthodes, dont l’utilisation de la nudité (humiliation sexuelle), les positions de stress, l’isolement et la privation sensorielle. En outre, le commandant de Guantanamo, le général Geoffrey Miller, s’est rendu à Abou Ghraib et a recommandé l’utilisation de chiens.

L’argument de l’administration selon lequel il n’existait aucun lien entre les mémorandums officiels sur la torture et les sévices d’Abou Ghraib, s’est effondré. Il reste au Congrès et à ses commissions d’enquête de finir le travail commencé avec ces deux rapports.

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