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Abou Ghraib : la responsabilité de Rumsfeld

La rédaction
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Dans The New Yorker du 24 mai 2004, Seymour Hersh dénonce la responsabilité du ministre américain de la Défense Donald Rumsfeld et de ses subalternes dans la politique de torture appliquée à Abou Ghraib. « Les racines du scandale d’Abou Ghraib ne résident pas dans les inclinations criminelles de quelques réservistes de l’Armée, mais dans une décision, approuvée l’année dernière par Donald Rumsfeld, d’élargir une opération ultra-secrète, focalisée sur la traque d’Al-Qaida, afin d’englober l’interrogatoire de prisonniers en Irak. La décision de Rumsfeld a provoqué l’amertume de la communauté du renseignement américain, altéré l’efficacité des unités d’élite et mis à mal les perspectives de l’Amérique dans la guerre contre la terreur.

« Selon des interviews avec plusieurs responsables américains du renseignement, anciens et actuels, l’opération du Pentagone, appelée dans la communauté du renseignement par divers noms de code, dont Copper Green, encourageait la violence physique et l’humiliation sexuelle à l’encontre des prisonniers irakiens en vue d’obtenir davantage de renseignements sur l’insurrection croissante en Irak. Un haut responsable de la CIA, confirmant les détails de ce récit la semaine dernière, a déclaré que ceci était le résultat du souhait que Rumsfeld nourrissait depuis longtemps d’arracher le contrôle des opérations clandestines et paramilitaires américaines des mains de la CIA . »

Lors de son témoignage au Congrès, Rumsfeld n’a rien mentionné de tout cela. Selon un haut responsable de la CIA interrogé par Hersh, le ministre et son adjoint au Pentagone chargé du renseignement, Stephen Cambone, ont raconté des « foutaises » devant la Commission d’enquête.

La guerre au terrorisme déclarée par l’administration Bush à la suite du 11 septembre, écrit Hersh, « s’est heurtée à de graves problèmes de commande et de contrôle ». Pour toute opération, comme pour mener un raid contre les responsables présumés des Talibans, par exemple, il fallait obtenir une « approbation » et ce, avec la lenteur bureaucratique habituelle. « Rumsfeld était au bord de l’apoplexie devant cette prétendue hésitation défaitiste à attaquer, due, selon lui, au respect du politiquement correct. (...)

« Rumsfeld a réagi de la manière directe qui le caractérise : il autorisa l’établissement d’un programme hautement secret, bénéficiant d’avance d’une approbation générale pour tuer ou capturer et, si possible, interroger des cibles "de grande valeur" de la guerre à la terreur. On mit sur pied un « programme spécial d’accès » (SAP), soumis au niveau de sécurité le plus strict du ministère de la Défense et doté d’un bureau dans un endroit sécurisé du Pentagone. (...) Tous les programmes « noirs » avaient un élément commun : le ministre de la Défense ou son adjoint avaient dû conclure que les restrictions normales de classification militaires ne fournissaient pas suffisamment de sécurité. (...)

« L’opération reçut l’approbation de Rumsfeld et de Condoleezza Rice, la conseillère à la sécurité nationale. Le Président Bush fut informé de l’existence du programme, selon cet ancien responsable du renseignement.

« Les responsables affectés au programme (...) créèrent un langage codé et recrutèrent, après une sélection rigoureuse, des commandos et des agents hautement entraînés venant des forces d’élite américaines - Navy Seals, Delta Force et experts paramilitaires de la CIA. (...)

« Moins de 200 agents et responsables, dont Rumsfeld et le général Myers, chef d’état-major, furent mis au courant de l’intégralité du programme, confie cet ancien responsable du renseignement. (...) » Parmi eux, Stephen Cambone fut nommé « sous-secrétaire à la Défense chargé du renseignement en mars 2003. Le bureau était nouveau ; il avait été créé dans le cadre de la réorganisation du Pentagone. (...) L’adjoint militaire de Cambone, le lieutenant général William Boykin, (...) fit contre son gré les grands titres de la presse, lorsqu’on apprit qu’il avait, dans un discours prononcé dans une église de l’Oregon, comparé le monde musulman à Satan. Peu après sa prise de fonctions, Cambone provoqua une bataille bureaucratique au Pentagone lorsqu’il insista pour obtenir le contrôle de tous les programmes d’accès spéciaux utiles dans la guerre au terrorisme. (...) » ;

Après la chute de Bagdad, Rumsfeld et les autres eurent du mal à mesurer la nature et l’ampleur de la résistance. L’armée américaine se trouvait prise à partie par une résistance irakienne efficace sur le plan militaire et disposant de bons renseignements.

« La solution, approuvée par Rumsfeld et mise en œuvre par Stephen Cambone, consistait à utiliser, dans les prisons de l’Armée, des méthodes musclées avec les Irakiens soupçonnés d’être des insurgés. Le général Geoffrey Miller, commandant du centre de détention et d’interrogation de Guantanamo, qui avait été convoqué à Bagdad à la fin du mois d’août [2003] fut un acteur clé pour examiner les procédures d’interrogatoires en prison. (...) Le concept de Miller, comme on devait l’apprendre lors de récentes auditions au Sénat, consistait (...) à donner plus d’importance aux interrogatoires. Il informa les commandants militaires en Irak des méthodes d’interrogatoire utilisées à Cuba - (...) privation de sommeil, expositions à la chaleur et au froid extrêmes et mise des prisonniers dans des "positions stressantes" pendant des périodes extrêmement longues. (L’administration Bush avait unilatéralement déclaré "combattants illégaux" les membres d’Al-Qaida et d’autres réseaux terroristes capturés, qui ne bénéficiaient donc pas des protections des Conventions de Genève).

« Mais Rumsfeld et Cambone ont fait un pas de plus : ils ont agrandi le champ d’application du SAP, introduisant ses méthodes non conventionnelles à Abou Ghraib. (...) » Ainsi, grâce aux sévices pratiqués contre les détenus, les Américains commencent à obtenir davantage de renseignements.

« Cambone a cependant pris une autre décision cruciale : il a intégré dans le SAP des officiers du renseignement militaire qui travaillaient dans le système carcéral irakien, leur expliquant qu’il "n’existe plus de règles de conduites" ».

Ces pratiques ont été de plus en plus contestées, quoique discrètement, par la CIA et certains officiers supérieurs, avant que le scandale n’éclate publiquement.

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