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Adeline Djeutie : quel rôle pour l’énergie nucléaire dans les pays en voie de développement ?

La rédaction
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Voici la transcription de l’intervention de Adeline Djeutie, consultante indépendante et ancienne responsable de la division Afrique de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), lors de la conférence internationale de l’Institut Schiller des 25 et 26 juin 2016 à Berlin.

Retour à toute la conférence et aux autres orateurs.

L’énergie dans les pays en voie de développement : quel rôle pour l’énergie nucléaire ?

L’énergie joue un rôle essentiel dans le développement économique et social. En fait, il n’y a pas de développement possible et de lutte contre la pauvreté sans un approvisionnement fiable et durable en énergie. L’énergie contribue à l’amélioration des conditions sociales (santé, éducation, alimentation et vie décente) et au développement économique (développement du secteur privé, investissement, emploi, industrialisation, innovation, etc.). Pourtant, de nombreux pays en développement ne sont toujours pas en mesure de répondre aux besoins énergétiques de leur pays et donc de créer les conditions nécessaires qui pourraient enclencher un développement efficace et réduire la pauvreté. 1,4 milliard de personnes ne disposent pas encore d’accès à l’énergie et la plupart d’entre elles vivent dans des pays en voie de développement.

Selon les prévisions démographiques des Nations Unies, la population devrait passer de 6,7 milliards en 2011 à 8,7 milliards en 2035, ce qui implique une augmentation substantielle de la demande en énergie. Plus de 70 % de cette augmentation de la demande est attendue des pays en voie de développement, dont les principaux sont la Chine et l’Inde.

Dans des régions comme l’Afrique, la pauvreté énergétique ne reflète pas le potentiel réel des ressources naturelles existantes dans de nombreux pays. En fait, l’Afrique est dotée de nombreuses ressources naturelles (pétrole, gaz, charbon, soleil, eau, vent, uranium, etc.) qui pourraient répondre à la demande énergétique actuelle et à venir si certains goulots d’étranglement étaient levées et si les mesures adéquates étaient prises.

A titre d’exemples spécifiques, et c’est en effet un paradoxe :

  • En République démocratique du Congo, seulement 9% de la population a accès à l’électricité, alors que le pays a un énorme potentiel hydroélectrique [1].
  • Le Nigeria, l’un des principaux pays producteurs de pétrole dans le monde et membre de l’OPEP, pourrait fournir de l’électricité à 55,6% de sa population.
  • Le Niger et la Namibie sont les 4e et 5e leaders mondiaux de production d’uranium, mais seulement 14,4 % et 47,3 % de leur population respectivement a accès à électricité [2].

L’accès aux sources traditionnelles et aux sources d’énergie renouvelables a été jusqu’à présent limité en raison de plusieurs facteurs, tels que l’instabilité politique, le manque de fonds d’investissement, des politiques nationales de réglementation trop lourdes, des obstacles technologiques, des marchés de trop petite taille et des moyens de transport trop faibles à l’intérieur pays et avec les pays voisins.

Le changement climatique et les dérèglements environnementaux récents ont été considérés comme la conséquence des empreintes écologiques d’origine naturelle et d’origine humaine, et de l’utilisation de façon non durable des ressources naturelles limitées et la destruction de notre écosystème au cours des siècles passés.

Nous avons assisté récemment à des catastrophes environnementales dévastatrices sur tous les continents et les pays en voie de développement ont été plus vulnérables aux effets néfastes à long terme de ces catastrophes, posant un défi supplémentaire à leur programme de développement national.

La nécessité de réduire d’urgence l’augmentation des émissions de gaz à effet de serre (GES) a acquis un soutien international et les appels à l’écologisation de l’économie ont atteint un point de non-retour.

Comme alternative, les énergies renouvelables sont promues comme des énergies propres. Il y a de nombreuses incitations financières et de nombreux investissements dans des politiques de développement de l’énergie et dont les donateurs traditionnels et investisseurs soutiennent de préférence les énergies dont les sources sont abondantes et infinies comme le vent, le solaire, la géothermie et dans une certaine mesure, l’eau.

L’énergie nucléaire, qui a eu ses années de gloire jusqu’au milieu des années 1980, est dépeinte comme obsolète et donc rejetée en tant qu’option viable généralisée dans les grands débats de politique et de développement énergétique au niveau international.

La fin de l’ère de l’énergie nucléaire ?

Pourtant, l’énergie nucléaire s’est jusqu’ici avérée être une source d’énergie propre et fiable. Il y a environ 435 réacteurs nucléaires en opération dans le monde à la fin de 2014 [3], dont la plupart d’entre eux aux États-Unis (99), en France (58), au Japon (48), en Russie (34), en Chine (23), en République de Corée (23) et en Inde (21) [4].

L’énergie nucléaire a longtemps contribué au développement des pays industrialisés. L’accident de Fukushima-Daiichi en 2011 a fait éclater des débats intenses et de fortes mobilisations pour éliminer les programmes d’énergie nucléaire considérés comme trop risqués et dangereux.

Pour les opposants au nucléaire, le salut énergétique devrait provenir de l’innovation et des progrès technologiques dans les autres sources d’énergies renouvelables.

Aujourd’hui, le facteur inconnu est de savoir si le coût et les capacités des autres sources d’énergies renouvelables pourraient remplacer efficacement le nucléaire dans le mix énergétique national et le cas échéant, si les populations seraient prêtes à en supporter le coût ?

En attendant, malgré un certain ralentissement dans l’industrie nucléaire depuis l’accident de Fukushima-Daiichi et la forte perception négative du public à propos du nucléaire, en particulier en Europe, la réalité est la suivante : de nombreux pays dépendent encore de cette source d’énergie pour assurer un approvisionnement stable et abordable en énergie à leur population.

Selon une étude de l’AIEA, l’électricité nucléaire a toujours une part importante dans le bouquet énergétique des soi-disant 34 pays nucléaires. De 1985 à 2014, la part de l’électricité nucléaire a compté pour 76,9% en France, 47,5% en Belgique, 30,4% au Japon, 19,5 aux États-Unis d’Amérique et 15,8 en Allemagne [5]. Cette part est également très importante dans les pays d’Europe centrale (Slovaquie 56,9%, Hongrie 53,6%, Ukraine 49,4%, Slovénie 37,1%, République tchèque 35,9%, Bulgarie 33,6%, Arménie 30,7%) et variable pour le reste des pays nucléaires. En même temps, les pays nucléaires traditionnels comme la Russie, le Japon, les États-Unis et la France augmentent leur production nucléaire pour augmenter la part de l’électricité d’origine nucléaire, mais le changement majeur est maintenant observé dans de nombreux pays émergents : l’Inde, la Chine, le Pakistan, les Émirats Arabes Unis, la Turquie visent à maintenir leur croissance économique et démographique rapide. Cette nouvelle tendance permet de faire une analyse des perspectives qui pourraient être davantage explorées pour d’autres modèles de développement de pays moins développés. En fait, le fort intérêt des pays émergents dans le développement ou l’expansion de leur programme d’énergie nucléaire traduit le potentiel qui réside dans cette source d’énergie au-delà des risques connus. Ce potentiel mérite d’être exploré plus loin sans aucune forme de tabou ou de préjugé.

Le changement climatique, le développement et le rôle du nucléaire

Après tant d’années de développement international, les pays en développement en lien avec la communauté des agences de développement ont échoué à mettre en œuvre des politiques énergétiques qui soient compatibles avec les besoins réels et les défis auxquels sont confrontés ces pays. Avec tant de priorités pour leur développement, les pays en développement ont beaucoup à faire ; ce qui rend difficile de suivre l’ordre du jour international en constante évolution. Les accords sur les changements climatiques ajoutent des défis importants à ces pays, et provoquent leur réticence à s’engager fortement et à soutenir l’effort mondial de lutte contre le changement climatique. En ce qui concerne l’énergie, beaucoup, pour ne pas dire tous ces pays, sont fortement tributaires de la finance internationale pour soutenir les infrastructures énergétiques de leur pays. Aujourd’hui, ces soutiens financiers sont offerts pour le développement des technologies propres, mais pas pour le nucléaire. En regardant les modèles de développement des pays riches, ils ont presque tous, si ce n’est pas pas tous, eu, à un certain moment de leur développement recours à l’énergie nucléaire. La question à se poser de nos jours, est si un développement socio-économique est possible sans prendre en compte le nucléaire dans les prévisions des indicateurs de développement en demande énergétique et de comparer avec d’autres modèles de développement réussis.

Il est en effet frappant de voir la liste des pays nucléaires et de voir que les pays émergents d’Asie et d’Europe centrale sont ceux qui ont pris les devants dans les investissements de production d’énergie nucléaire et que cela devrait croître régulièrement au cours des prochaines décennies. Il est évident que le niveau de vie et le niveau de développement de certains pays augmentant, augmente aussi la demande de qualité en termes d’eau, d’air, d’énergie, de nourriture et d’autres produits. Les approvisionnements énergétiques pour tous et abordables demeurent la préoccupation des pays en développement pour les temps à venir.

Prenant en considération le fait que le nucléaire est une technologie éprouvée, pour lequel les exigences particulières de sécurité doivent être mises en place, l’innovation et le développement technologique pourrait également contribuer à atténuer certains risques pour la sécurité, en gardant à l’esprit qu’il n’y a pas de scénario de risque zéro dans les percées technologiques. D’autres considérations sur le rôle du nucléaire pour le développement seront discutées au cours de ce panel.


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Retrouvez toute la conférence sur le site New Paradigm.

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