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Affaire Boulin, il est grand temps de rouvrir le cas

La rédaction
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par Alexandre Dupin


L’émission « 13h15 » de France 2 a diffusé le 31 octobre la deuxième partie de l’enquête réalisée par Marie-Pierre Farkas, Jean-Marie Lequertier, Christophe Quinque et Guislain Delaval. [1]


Le 29 octobre 1979, Robert Boulin, ministre de Travail de Valéry Giscard d’Estaing, est retrouvé mort dans l’Etang rompu, en forêt de Rambouillet. Très rapidement, sans qu’aucune autopsie n’ait été faite, on décrète la mort par noyade dans cinquante centimètres d’eau, après ingestion de barbituriques, alors que tous les faits pointent vers un assassinat.

Qui pouvait en vouloir à Boulin ? Son nom circulait de plus en plus comme possible candidat à Matignon, pour remplacer Raymond Barre, au plus bas des sondages. Croix de guerre, médaillé de la Résistance, gaulliste de la première heure, il est connu comme un homme honnête, un véritable patriote et républicain social.

C’est alors qu’une insidieuse campagne de presse est lancée pour salir sa réputation. Henri Tournet, qui lui a vendu une propriété à Ramatuelle, en 1974, aux conditions légales du marché, après l’avoir déjà vendue à d’autres personnes, tente d’impliquer Robert Boulin dans cette escroquerie.

Atteint dans sa réputation, Robert Boulin prépare sa défense, sans mesurer la puissance de ses adversaires. Au Club de la Presse le 21 octobre 1979, il lâche : « J’ai été exemplaire et peut-être plus que vous ne le pensez car il y a des choses que je ne peux pas dire ici. »

Plus tard, quand le journaliste Ivan Levaï lui demande de préciser de quoi il s’agit, il se contente de répondre que  « sur l’affaire elle-même, on saura la semaine prochaine ». Pour Levaï, pas de doute : Henri Tournet,  « c’était lui l’homme qui tenait Boulin ».

Le jeune juge Van Ruymbeke, chargé d’instruire cette affaire, raconte à propos de Tournet : « Je l’ai fait mettre en garde à vue, et au cours de la nuit il a été libéré, sans que je le sache, par le commissaire de Neuilly, au prétexte qu’il n’avait pas une bonne santé, et avec l’aval du parquet. Quand j’ai appris ça, le lendemain matin, je me suis dis, cet homme est protégé. »

Selon l’émission, Tournet dit à qui veut l’entendre « qu’il a fait la guerre avec Jacques Foccart ; qu’il fut son associé ». Foccart fut l’homme des basses œuvres des réseaux gaullistes contrôlant l’Afrique francophone. Mi-barbouze, mi-malfrat, il fut aussi fondateur du SAC, organisation chargée de la sécurité du parti gaulliste, qui a dérapé dans la criminalité.

L’émission suit de près la piste du SAC. Benoît Collombat, auteur d’un récent ouvrage sur l’affaire, note qu’alors que le corps n’a été découvert « officiellement » qu’à 8h40, le procureur général de la cour d’appel de Versailles, Bruno Chaleret, « très proche du réseau Foccart et du SAC, s’est rendu sur [les lieux où le corps fut découvert] dans la nuit, avec une équipe, avant la découverte du corps » Jean-Pierre Courtel, policier au SRPJ, présent sur place, évoque le fait que c’est le premier substitut de ce procureur, qui, à l’Institut médico-légal (IML), a demandé, au nom de la famille et sans son accord, qu’on ne fasse pas l’autopsie de la tête.

Or, le témoignage de Jean Mauriac, grand reporter à l’AFP, présent à l’IML, ne laisse aucun doute sur l’état du crâne : « Je me souviens bien (…) brusquement la porte de l’escalier de service s’ouvrant et le corps de Robert entrant (…) il était dans un sac plastique (…) à travers ce sac on voyait le corps (…) : le visage était ensanglanté (…) abîmé, j’irais presque jusqu’à dire, cabossé (…) c’est à partir de ce moment-là que de moi-même, j’ai douté du suicide de Boulin ».

La famille découvrira par la suite, sur les photos judiciaires du crâne, huit hématomes importants et trois fractures, dont une d’un centimètre au maxillaire.

Enfin, Serge Garde, grand spécialiste de cette affaire à l’Humanité, rappelle le témoignage qu’il a recueilli, en novembre 1988, d’Hermann Stromberg, membre du SAC : « J’étais là quand Boulin a été tué ; c’est Ernst Sigrist qui l’a tué. » Garde évoque dans l’émission une tentative de négociations entre Boulin, d’autres ministres et Tournet, qui aurait tourné court et où Sigrist, un ancien nazi proche de la French connexion, l’aurait tué.

Mais quel était le mobile du SAC et de Charles Pasqua, qui en était le chef ? La bagarre pour la présidentielle entre Giscard et Chirac, à qui Boulin pouvait faire de l’ombre ? Le financement occulte du RPR, que Boulin pouvait révéler ? Pour l’heure, si on a une idée de qui a appuyé sur la gâchette, on ne sait pas qui a armé le tireur, dans cette affaire qui semble dépasser de loin les affaires franco-françaises. [2]


[1Le reportage du 31 octobre peut être visionné en suivant ce lien. La première partie diffusée le 21 mars est disponible ici.

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