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Afghanistan : les délires du général McChrystal

La rédaction
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Par Christine Bierre

Le 30 septembre. Alors que quatre Français viennent encore de perdre accidentellement la vie en Afghanistan, portant à 35 [*] le nombre de compatriotes tombés dans cette guerre, une interview accordée au Figaro du 29 septembre, par le Général Stanley McChrystal, commandant en chef américain en Afghanistan et donc responsable de l’effort mené dans ce pays par la Force internationale d’assistance et de sécurité, sous l’égide de l’OTAN, fait apparaître les responsables de cette guerre pour ce qu’ils sont : non seulement des incompétents, mais aussi de dangereux rêveurs.

Devenu un nouvel adepte de la contre-insurrection, façon David Galula et Maréchal Lyautey, le Général McChrystal semble s’être trompé à la fois sur le pays où il commande la guerre et sur la stratégie à suivre. Les guerres de contre-insurrection qui ont connu un certain succès furent menées dans la période coloniale, par un occupant installé de façon permanente dans un pays, ayant des moyens économiques, logistiques et militaires sans commune mesure avec ceux des insurgés, mais surtout, pouvant bénéficier d’un allié local relativement organisé capable de tenir le pays dans un contexte où les colonisés n’avaient pas donc rassemblé leurs forces contre l’occupant.

Ce pays n’est pas l’Afghanistan. L’effort de la coalition sur place, quelques 110 000 hommes à ce stade, dont 70 000 Américains, est beaucoup trop faible, en hommes et en moyens, pour couvrir un pays de 652000 km2, composé de surcroit de zones montagneuses offrant aux résistants de caches imprenables. De plus, le pouvoir en place, celui de Hamid Karzai, outre le fait d’être corrompu jusqu’à la moelle, ne contrôle pas du tout ce pays où les Talibans gagnent du terrain de façon spectaculaire depuis quelques années. Hamid Karzai ne rempli donc pas les conditions de l’allié « stable » sur lequel une stratégie d’occupation à long terme, pré-condition à une victoire éventuelle, peut être bâtie (selon ces doctrines militaires qui ne sont pas les nôtres).

Enfin, le général McChrystal se fait beaucoup, beaucoup d’illusions sur l’Armée nationale afghane (ANA), bâtie de toutes pièces par les Occidentaux depuis 2002. Si sur le papier, elle atteint un effectif de plus de 40000 hommes, personne ne mettrait sa main au feu — encore moins toute une armée ! – qu’elle soit capable de jouer le rôle de « partenaire intégré » que McChrystal veut lui assigner aux côtés des forces occidentales. Avec un taux de désertion avoisinant les 30% et un absentéisme inexpliqué qui peut amputer les bataillons d’un quart ou d’un tiers de leurs effectifs les mauvais jours, il est clair que toute tentative d’assigner un rôle capital à cette armée dont Obama souhaite en plus augmenter les effectifs jusqu’à atteindre 260000 hommes, McChrystal en voulant 400000, est de la folie furieuse.

Autre preuve que cette armée n’est pas du tout fiable, le rapport de la Government Accountability Office des Etats-Unis, paru en 2009, qui se demande où sont passées plus du tiers des armes légères fournies par les Etats-Unis à l’ANA entre 2004 et 2008 (87000 sur 242000 !). Il est bien connu que beaucoup de nouvelles recrues viennent attirés par la paie des premiers jours d’entrainement, et n’ont aucun scrupule à rejoindre ensuite les rangs des armées talibanes ou d’autres seigneurs de la guerre où la paie est bien plus importante.

C’est face à cette situation meurtrière, que l’on peut apprécier la folie des propos du Général McChrystal dans Le Figaro. Peut-on gagner cette guerre ? « Oui, nous le pouvons », dit le Général ajoutant « l’Etat afghan et l’armée afghane sont les forces qui, en fin de compte, emporteront la décision » !

Sur la question de savoir pourquoi son « afghanisation » de la guerre – c’est-à-dire le fait de former une armée afghane pour qu’elle soit au cœur de l’effort avec les occidentaux – lui permettra de gagner là où les Soviétiques qui avaient aussi « afghanisé » leur intervention, ont échoué, McChrystal répond étrangement que « l’Armée rouge était considérée comme une force d’occupation, cherchant à transformer brutalement la société afghane. (…) Les Soviétiques étant vus comme un corps étranger, ils ont cimenté contre eux toutes les tribus afghanes. Je ne crois pas que la population afghane nous perçoive comme elle considérait les Soviétiques. Nous, c’est différent : nous devons faire en sorte que les forces de sécurité afghanes deviennent responsables de cette guerre. C’est à elles de la gagner ou de la perdre ; notre responsabilité est de leur donner les meilleures chances de gagner. »

A plusieurs reprises le Général apparaît comme un doux-dingue préconisant que les soldats occidentaux avancent sur le terrain, démunis de gilets protecteurs et de blindés, dans une tentative de gagner la confiance d’une population lasse des « erreurs » de tirs qui l’on pris trop souvent pour cible. « Notre premier devoir, c’est l’humilité. La situation afghane est excessivement complexe : nous avons tous encore beaucoup à apprendre. Nos officiers doivent progresser dans la connaissance des langues et des mœurs de ce pays. Nous devons nous rapprocher de la population en nous débarrassant de tous ces blindages et autres gilets pare-éclats. Nos hommes doivent mieux connaître l’histoire et la culture afghanes, afin de mieux agir de concert avec leurs camarades afghans. »

Dans cette interview, McChrystal souligne tout ce que sa conception doit aux doctrines de contre-insurrection du lieutenant-colonel David Galula et au Maréchal Lyautey et propose, dans ce contexte, un véritable « partenariat intégré » entre les forces occidentales et l’ANA. « Une bonne opération, c’est quand deux sections de légionnaires partent au combat avec deux sections de l’ANA. Les légionnaires vont apporter leur professionnalisme, leur technologie, leur expérience, leur allant et les Afghans leur connaissance de la société et des guerres qui se sont déroulées dans ce pays. Il se créera alors une synergie. Ensemble, ils seront plus forts. Le dernier volet de ma stratégie, c’est de définir des priorités. On ne peut pas prétendre contrôler la totalité du territoire en même temps. Tous les districts ne requièrent pas le même degré de sécurité, au même moment. On doit sélectionner les régions les plus densément peuplées, leur apporter la sécurité, afin que le développement et la gouvernance aient de réelles chances. Nous ne pouvons plus nous permettre de conquérir un territoire par une opération éclair et puis nous en aller. Car les talibans arriveraient juste après pour punir les habitants ayant travaillé avec nous. Lorsque nous attaquons, nous devons rester, jusqu’à ce que les forces afghanes et la gouvernance soient assez fortes pour faire échec aux insurgés. »

Puis, « je suis un grand admirateur de l’armée française, dont j’ai étudié le travail contre-insurrectionnel en Indochine et en Algérie. (…) Les officiers français et moi partageons exactement les mêmes idées quant aux tactiques de contre-insurrection. On repère un groupe de dix insurgés loin dans la montagne : si on arrive à en tuer deux, on risque de se retrouver avec un groupe de vingt, car six cousins de chacun des tués auront décidé de prendre les armes pour les venger. La bonne stratégie consiste à isoler les insurgés de la population, et l’insurrection s’éteindra d’elle-même. »

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[*Le Canard Enchaîné du 30 septembre rapporte que « l’Armée française n’a pas tout dit sur la mort accidentelle de deux des quatre militaires disparus, le 27 septembre, dans des conditions identiques. Cet adjudant et ce brigadier du 13ème RDP sont, en fait, membres des forces spéciales (Le COS) et accompagnaient, ce jour là, 250 soldats français et afghans. On n’aime pas trop, à Paris, reconnaître que des forces spéciales participent à certaines opérations, et pas seulement à la formation des militaires locaux ».

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