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Algérie : à qui profitent les attentats ?

La rédaction
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Par Eduardo Garcia

Paris, le 7 janvier 2008 (Nouvelle Solidarité) — Désormais, les Algériens devront apprendre à retenir leur souffle au onzième jour de chaque mois, date symbolique des attentats du 11 septembre aux Etats-Unis. En effet, après les attentats du 11 avril et du 11 juillet, Alger a été, à nouveau, meurtrie par une double attaque à la voiture piégée le mardi 11 décembre 2007.

Ces deux opérations simultanées ont ciblé le nouveau siège du Conseil constitutionnel à Ben Aknoun et le siège du Haut commissariat aux réfugiés HCR à Hydra, faisant 22 morts et 167 blessés, selon les chiffres officiels avancés par le ministre de l’Intérieur. Une fois de plus, ces attentats ont été revendiqués par l’organisation d’Al-Qaeda au pays du Maghreb islamique AQMI, ex GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat).

La thèse développée dans notre dernier article paru dans Nouvelle Solidarité (28/09/07), sous le titre « Ces attentats qui cachent la guerre des matières premières », paraît être confirmée par le contexte entourant ces derniers événements. En effet, ils semblent être à l’origine de l’annulation des accords très vastes de coopération militaro-énergétique signés en 2006 par l’Algérie et la Russie.

Rappelons que c’est suite à la visite du président Poutine en Algérie en 2006 que deux très gros contrats ont été conclus entre les deux pays :

  1. Un mémorandum d’entente et de coopération entre Gazprom et la Société nationale des hydrocarbures algérienne Sonatrach, définissant toute une politique de coopération dans le domaine énergétique et laissant même planer l’idée de la création d’un cartel mondial du gaz ;
  2. La signature d’un important contrat d’armement de 8 milliards de dollars.

La question d’un cartel du gaz a suscité beaucoup de craintes parmi les pays européens, notamment la France, l’Italie, le Portugal et l’Espagne dont l’Algérie est un important fournisseur aux côtés de la Russie. La Grande-Bretagne a protesté par l’intermédiaire de son entreprise BP qui a qualifié cette idée de « stupide ».

Les Etats-Unis qui avaient déjà mal digéré la décision du président Bouteflika d’annuler la loi de privatisation des hydrocarbures et de surtaxer les revenus des groupes pétroliers étrangers lorsque le prix du pétrole dépasse les 30 dollars le baril, ont été les plus virulents contre la création d’une OPEP gazière.

En effet, le 11 juillet 2007 la Chambre des représentants américaine a adopté un projet de loi visant à contrecarrer la création d’une telle OPEP du gaz.

Le républicain Don Manzullo, l’un des dix auteurs de ce projet, a déclaré que la création d’un cartel de producteurs de gaz naturel réunissant, entre autres, la Russie, l’Iran, le Venezuela et le Qatar ruinerait l’industrie d’armement américaine et affecterait la capacité de défense des Etats-Unis : « Des substances issues du gaz naturel sont largement utilisées dan l’industrie d’armement. Une coupure des livraisons compromettra la base de l’industrie d’armement américaine et affectera nos capacités de défense ».

Plus loin il affirmait : « Nous ne devons pas laisser apparaître un nouveau groupe de maîtres chanteurs à l’instar de l’OPEP qui ne manquera pas d’accaparer les fournitures mondiales de gaz naturel et de les placer sous contrôle ». Le projet de loi stipule que « les efforts déployés en matière de création d’un cartel ou de tout autre mécanisme de manipulation des fournitures de gaz naturel sur le marché mondial en vue de fixer des prix arbitraires et hors marché à des fins de pression politique sont considérés par les Etats-Unis comme une démarche inamicale menaçant la sécurité des Etats-Unis et du monde entier ».

Plus loin le document résume : « Des officiers de l’OTAN ont pour leur part mis en garde contre le danger de dépendance croissante de l’Europe par rapport à l’énergie russe et à la possibilité que des fournisseurs de rechange, tels que l’Algérie, commencent à coopérer avec la Russie. ».

Or voici qu’à la veille des attentats du 11 décembre, dans un entretien avec le Wall Street Journal, le PDG de la Sonatrach, Mohamed Meziane, prétendait qu’en réalité le mémorandum qui liait sa compagnie à Gazprom depuis août 2006 n’avait rien donné de concret et avait expiré au début du mois d’août 2007, et qu’il n’avait pas pour but de « manipuler les prix ».

Pour le Wall Street Journal, les propos du PDG confirmaient que la perspective d’une OPEP du gaz n’était pas sérieusement envisagée. Il concluait que ces remarques manifestaient clairement la volonté de l’Algérie de se démarquer publiquement de Gazprom et de l’idée d’un cartel du gaz.

Le 11 décembre dans l’après-midi, juste après les attentats, la Sonatrach annonçait, dans un communiqué officiel, l’annulation du contrat qui la liait à Gazprom sans fournir le moindre détail justifiant cette décision.

Le 12 décembre, au lendemain des attentats, un autre communiqué des autorités algériennes annonçait le gel du contrat d’armement avec la Russie, justifiant sa décision par la plainte adressée officiellement par le président Bouteflika, début août, au président Poutine, dans laquelle le Président algérien se plaignait de la non-conformité de la première livraison des MIG-29 avec les clauses du contrat signé par les deux pays.

C’est ce qui aurait motivé la décision de l’Algérie de mettre un terme à sa collaboration énergétique avec la Russie.

Alors que le quotidien algérien l’Expression du 6 décembre rapportait que quatre nouveaux avions de chasse de type Sukhoi Su-30MK, qu’il qualifiait d’avions hors pair, faisant partie du contrat, seraient livrés à l’Algérie avant la fin 2007 par le constructeur russe d’avions de chasse Irkout.

Plus loin, il note qu’ »en décembre, des avions de transport russes AN-124 et AN-22 ont effectué trois vols pour acheminer deux premiers MIG-29 SMT et deux MIG-29 UBT en Algérie ».

Ces informations font donc état d’une bonne entente dans l’exécution du contrat de coopération militaire.

Le quotidien marocain La Gazette rapportait le 20 octobre, qu’après les livraisons graduelles des avions MIG-29 et des chasseurs bombardiers Sukhoi, l’Etat russe avait donné instruction à son agence d’exportation d’armes Rosoboronexport, de répondre positivement à toutes les requêtes de l’armée algérienne pour obtenir des facilités financières, techniques et même au niveau des échéances.

La même source rapporte que le président de Rosoboronexport, Serguei Tchemezov, avait été vu la semaine précédente au cercle national de l’Armée à Alger, en compagnie du chef d’état-major, le général de corps d’Armée Ahmed Gaid Salah.

Tout ceci n’a aucun sens. Si la collaboration entre l’Algérie et la Russie battait de l’aile depuis août, pourquoi avoir attendu le jour même et le lendemain des attentats pour annoncer officiellement ces ruptures de contrat ?

Pourquoi geler un contrat impliquant plusieurs types d’avions, la construction de frégates et de sous-marins, des systèmes de défense aérienne et autres, alors que seuls les MIG 29 seraient en cause ? Pourquoi, enfin, lier ce problème à la question de la coopération énergétique ?

La vérité semble se trouver dans les conflits de lobbies mafieux internes aux services algériens (le DRS) où la loi est faite par les grands intérêts internationaux des hydrocarbures et bancaires, notamment anglais, et les Américains qui sont à leur traîne.

En effet, Le Courrier d’Algérie rapportait le 20 décembre que les autorités russes avaient laissé entendre que la présidence algérienne en tant que telle n’était pas d’accord avec ce gel, et que la prochaine visite du président Bouteflika à Moscou au mois de janvier prochain, serait consacrée à débloquer la situation afin de maintenir les bonnes relations qui lient les deux pays.

Selon les autorités russes, citées par Ria Novosti, la réponse à la requête de Bouteflika, rédigée en accord avec Poutine qui préside la commission créé pour traiter ce problème, n’a pas pu être remise au président Bouteflika lui-même, même par le biais de l’ambassadeur de Russie en Algérie !

Mais qui profite de ce énième changement d’alliances ? L’Angleterre d’abord qui, du Kenya à l’Afghanistan et au Pakistan, promeut une stratégie de tension, cherchant à tirer la carte gagnante dans le krach du système financier qui frappe actuellement le monde. L’Angleterre encore, qui mène une guerre sournoise contre la Russie, dans laquelle elle entraîne les anglophiles de l’administration Bush/Cheney, dans diverses parties du monde.

Enfin, les contrats qui ne vont pas à la Russie se placent en Occident. Le journal Al Khabar du 15 décembre mentionne des contrats stratégiques signés par la Sonatrach avec les grandes compagnies gazières comme la norvégienne Statoil, British Petroleum, British Gaz et l’italienne ENI. Pour les Russes, grands perdants dans cette affaire, il n’y a pas photo.

Ria Novosti note, le jour même de la résiliation du mémorandum, que « les Algériens ont conclu la semaine dernière un nouvel accord avec Gaz de France, aux termes duquel ils se sont engagés à livrer à la société française du gaz liquéfié jusqu’à 2019. Dans le même temps, Sonatrach construit deux gazoducs au fond de la Méditerranée, qui permettront à l’Algérie d’augmenter de 50 % ses livraisons de gaz à l’Europe ».

Gaz de France et Sonatrach ont signé d’importants accords début décembre, créant aussi une société mixte qui ambitionne de fournir le marché américain en gaz naturel liquéfié.

Plus troublant encore, quelques jours après les attentats, les autorités algériennes ont retiré un contrat à des firmes espagnoles pour la reprise du projet de Gassi Touil, le confiant à deux compagnies proches de la Maison Blanche, KBR Halliburton et Wheather Ford.

Bien que nous soyons totalement favorables, dans les pages de ce journal, à la coopération économique Nord-Sud, nous nous opposons fermement à cette loi de la jungle de chaque puissance pour soi, qui fait fi des véritables intérêts des populations à long terme. En organisant les marchés internationaux en faveur d’un projet comme celui de Pont terrestre eurasiatique que nous défendons dans ces pages, nous pourrons rétablir un ordre de croissance forte au service des peuples.

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