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Balladur-Sarkozy-DSK : La République des malettes

La rédaction
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La République des Mallettes
Enquête sur la principauté française de non-droit
Par Pierre Péan
Editions Fayard,
481 pages, 23 €


Par Mariam Candide

On avait beau croire qu’on connaissait déjà les bas-fonds de notre République, le tableau dressé par Péan dans son dernier ouvrage, d’une République tenue par des malfrats au plus haut niveau de l’Etat, a fini, une fois de plus, par nous révulser. Si l’état où est rendue la France nous fait terriblement de la peine, nous en avons autant pour l’auteur du livre, un journaliste d’investigation de talent, contraint à chercher des liens de cause à effet, dans une situation nationale devenue un véritable cloaque où une petite élite, incestueuse et assistée d’un pouvoir policier démesuré, tient le pays et le met à sac !

Impossible de couvrir ici tous les éléments à charge présentés par Pierre Péan contre certains des principaux acteurs de la vie politique française depuis une trentaine d’années. Les soupçons de corruption d’Edouard Balladur, Nicolas Sarkozy, Dominique Strauss-Kahn, Dominique de Villepin et d’autres sont explorés tout au long de ces pages. Aussi, nous nous en tiendrons à quelques exemples qui semblent illustrer l’ampleur du problème.

Personnage central de la République des Mallettes , le dénommé Alexandre Djouhri, un homme dont l’adolescence se fait en marge du grand banditisme à Sarcelles, un homme qui n’a jamais réellement rangé son flingue, un homme à la menace facile qui a su pourtant monter au plus haut de l’Etat.

Dans le gang de la banlieue nord

Mais d’où sort Djouhri ? Né à Saint-Denis en 1959, il grandit à Sarcelles. Adolescent, celui qu’on surnomme « Méda » constitue déjà « une bande d’une quinzaine de jeunes d’origines diverses qui ne rêve que grosses cylindrées, costumes griffés, belles pépées et liasses de billets dans les poches » , le gang de la banlieue Nord. A cette époque, il existe « quelques passerelles entre Sarcelles et le milieu, dont les figures emblématiques sont à l’époque les frères Zemour, appelés "les Z" par le milieu. "David les Yeux-Bleus" (…) et son frère, dit "Jojo le Fou", vont introduire la bande de Méda et Billy dans le faubourg Montmartre, terrain de jeu favori des frères Zemour et du milieu juif pied-noir » , rapporte Péan.
Péan dépeint la violence des relations au sein du pouvoir sarkozyste et la place dorée à laquelle est arrivée Djouhri. Le 13 janvier 2008, dans l’avion qui amène Nicolas Sarkozy à Ryad d’abord, au Qatar et à Abou Dhabi ensuite, celui-ci évoque la guerre qui l’a opposé aux chiraquiens dans l’affaire Clearstream, et pourquoi, en 2004, le « chantier » monté contre lui aurait pu l’empêcher de prendre la tête de l’UMP et de devenir Président. Il « détaille les secrets du complot, fomenté selon lui depuis l’Elysée, mais mis à exécution par un certain Alexandre Djouhri, qui a bien failli avoir sa peau . Et il termine son exposé par : "S’il n’était pas venu à Canossa, il aurait reçu une balle entre les deux yeux !" » Déclaration confirmée par Hervé Morin, qui en atténue la violence.

Ce personnage ayant rejoint la Sarkozie en 2006, Pierre Péan rapporte ses allées et venues lors d’une remise de décorations le 30 juin 2009 à l’Elysée, où se bousculent de nombreuses personnalités. Au moment des petits fours et du champagne et alors que la cérémonie commence à se faire longue, Djouhri s’approche de Philippe Carle, que Péan décrit comme un « homme d’influence, [faisant] partie, avec une dizaine d’autres personnalités, du premier cercle du Président ; il déjeune régulièrement avec lui. Il est également proche de Vincent Bolloré et de Martin Bouygues. »

Les deux hommes, dit Péan, quittent « ensemble la salle de réception (…) et gravissent l’escalier Murat pour se rendre dans la première antichambre, puis la seconde donnant sur le Salon vert et le Salon doré, soit les bureaux du secrétaire général de l’Elysée et du président de la République. Les gardes républicains qu’ils croisent reconnaissent monsieur Alexandre [Djouhri], le saluent discrètement et le laissent aller jusqu’à la porte du Salon vert, bureau de Claude Guéant (…) Monsieur Alexandre entre sans frapper dans le bureau de son ami et en fait les honneurs à Philippe Carle qu’il invite à s’asseoir. Il se dirige ensuite vers le réfrigérateur, en sort une bouteille de champagne, l’ouvre, emplit deux verres, en tend un à son compagnon, interloqué par une telle assurance en ce haut lieu de la République, et trinque avec lui ».

Mais, ce n’est pas qu’aux cérémonies des décorations qu’il est convié. Il participe aux réunions officielles au plus haut niveau, comme lors de la visite de Dmitri Medvedev le 2 mars 2010, où Djouhri amena son ami Henri Proglio, patron d’EDF, qu’il presse de « s’entendre avec le géant russe du nucléaire Rosatom, contre Areva »  ! Il interviendrait aussi dans les grands choix de politique industrielle nationale et aurait même son mot à dire dans la nomination de hauts fonctionnaires et grands patrons…

Djouhri est aussi devenu un proche ami de Claude Guéant, une « intimité » renforcée par la proximité en affaires à Londres, entre Germain, le fils d’Alexandre Djouhri, et Jean-Charles Charki, le gendre de Claude Guéant. Il bénéficie également du soutien sans faille du patron de la Direction centrale du renseignement intérieur (DRCI), Bernard Squarcini.

Mais, et c’est là qu’on voit la nature incestueuse de ces groupes au pouvoir, cet homme devenu si puissant dans la Sarkozie, cet homme qui avait été l’âme damnée de Dominique de Villepin au moment des guerres épiques entre lui-même et Nicolas Sarkozy, continue encore à fréquenter assidûment de Villepin ! Selon Péan, il aurait même voyagé dans l’avion de Djouhri vers Djerba et de Cannes vers Paris, les 14 et 15 août derniers. Relations incestueuses aussi au cœur de l’affaire Clearstream, où deux acteurs clés, Imad Lahoud et Alexandre Djouhri, étaient tous deux traités par François Casanova, n° 2 des RG et proche de Squarcini !

Et Pierre Péan de souligner à quel point tout ce monde a basculé, du sens du service et bien commun lors des Trente Glorieuses, vers l’attitude de « se servir » , typique « d’une oligarchie politico financière affranchie des règles auxquelles se soumettent les citoyens " ordinaires" ».

Qui est Alexandre Djouhri ?

Pierre Péan consacre un chapitre aux manières mafieuses de Djouhri confirmées par beaucoup de témoins. Tel « un important Monsieur Afrique » qui rapportait que lorsqu’il l’avait connu dans les années 1990, « Djouhri tenait à montrer qu’il disposait d’un pistolet dans sa boîte à gants et n’hésitait pas à s’en servir » , ou Anne Meaux, patronne d’ Image 7, qui n’a pas hésité à déposer une main courante, en novembre 2006, suite à des menaces que lui avait adressées un émissaire de Djouhri.

En 2004, alors que les guerres entre sarkozystes et villepinistes battent leur plein, autour de l’affaire Clearstream et autres, Ziad Takieddine, l’homme de tous les coups des balladuriens et des sarkozystes, l’accuse de tentative d’assassinat dans des interviews au Journal du dimanche (30 mai 2010) et au Nouvel Observateur (20 mai 2010). « En 2004, dit-il, j’ai eu un accident de voiture très bizarre en rentrant de la plage à Moustique. Je ne me souviens de rien, j’ai été dans le coma, donné pour mort. Depuis, on m’a montré une note des services de renseignements indiquant qu’on avait voulu m’assassiner. Cette note désigne les commanditaires. »

Autre personnalité qui s’est plainte des menaces de Djouhri, l’ancien conseiller à la justice de Nicolas Sarkozy, Patrick Ouart, qui a adressé à L’Express une note confirmant qu’en octobre 2009, « deux personnes dignes de foi l’avaient avisé que M. Djouhri proférait à son encontre de vifs reproches et des menaces, l’imprécateur ayant été jusqu’à proférer "qu’en l’état de son embonpoint, il serait difficile à rater" »  !

Toutes ces personnalités prodiguèrent moult conseils de prudence à Pierre Péan face au dit personnage. Et Péan de rapporter qu’avant même d’avoir décidé de lui consacrer un livre, il est déjà à la manœuvre, proférant des menaces, via des émissaires, et alertant tout la cour de la Sarkozie, Alain Bauer, franc-maçon et spécialiste de la sécurité, Xavier Raufer, célèbre criminologue, Stéphane Fouks, président de l’agence Euro RSCG – la même qu’emploie Ramzi Khiroun, proche de DSK – et d’autres, sur la mise en chantier d’un livre qui n’existait pas du tout à l’époque.

Restons encore un peu sur ces réseaux dits « tangentiels » . Péan cite l’article de Raphaëlle Bacqué dans Le Monde du 26 avril 2011, où elle rapporte ce qui s’est passé à Paris Match quelques jours plutôt, quand deux journalistes proposèrent d’évoquer l’inexistant livre de Péan : « En vingt-quatre heures, leur article a été purement et simplement annulé. En guise d’explication, il leur a été dit que Ramzi Khiroun, communicant venu d’Euro RSCG, conseiller de Dominique Strauss-Kahn, mais aussi porte-parole d’Arnaud Lagardère et membre du comité exécutif du groupe Lagardère, dont la filiale Hachette Filipacchi Médias possède l’hebdomadaire, était intervenu pour empêcher la publication de l’article »  !

Djouhri et Veolia

Parmi les découvertes les plus macabres que l’on fait dans cet ouvrage, celle de la relation de M. Djouhri avec Henri Proglio, à la tête de notre admirable EDF.

« ‘Tais-toi : tu es le soldat, je suis le général….’ Qui s’exprime ainsi au restaurant du George V, ce 3 juin 2004 ? Le tout puissant Alexandre Djouhri (…). Qui baisse les yeux, le regard rivé sur son assiette ? Henri Proglio, alors président du groupe Veolia et futur président d’EDF » ! Ces remarques furent faites au cours d’un déjeuner convoqué pour la constitution d‘une société, Veolia Middle East. Parmi les convives, Mohamed Ayachi Ajroudi, homme d’affaires tunisien vivant en Arabie saoudite.

Au cours du déjeuner, Ajroudi propose de constituer la société sur la base de 49% du capital détenu par lui et 51% par le groupe Veolia. « De but en blanc , reprend Péan, Alexandre Djouhri demande à Ajroudi de lui rétrocéder gratuitement 20% des actions  », au prétexte qu’il est « incontournable, que rien ne peut se faire sans lui chez Veolia, parce qu’il détient déjà 8% du capital du groupe : « Je maîtrise tout : j’ai 8%, sans moi rien n’est possible… »  Ajroudi refuse, et lorsqu’il tente de se procurer 20% des actions encore détenues par Vivendi, chez Veolia, s’organise une résistance contre cet intrus, coups de poings sur la figure et menaces de mort y compris…

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