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Comment échapper à un nouveau « krach alimentaire » ?

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Par Karel Vereycken

Les 26 et 27 janvier s’est tenue à Madrid une conférence sur la « sécurité alimentaire pour tous ». Sous l’égide de l’ONU, une centaine de pays s’y étaient réunis pour élaborer une nouvelle et hypothétique feuille de route visant à réduire la faim dans le monde.

Quasiment passée sous silence par les grands médias, car les émeutes de la faim ne font plus la une du JT de 20h, la conférence s’est bornée à un projet d’« alliance globale pour l’agriculture, la sécurité alimentaire et la nutrition » qui pourrait formellement être lancé… lors du prochain sommet de la FAO, à l’automne 2009.

Rappelons que déjà en 1996, lors du sommet de la FAO, les grandes puissances s’étaient engagées à réduire de 50% le nombre de personnes sous-alimentées. Hélas, de sommet en sommet, les effets d’annonce se succèdent au rythme de l’augmentation des morts.

En 2008, le nombre de personnes souffrant de faim atteignait 963 millions, en hausse de 40 millions. Cependant, cela a failli être bien pire. En 2008, en effet, la récolte mondiale a battu des records et conduit à une baisse des prix. Hélas, cette amélioration apparente n’était pas le fruit d’investissements dans la production des pays pauvres, mais la conséquence d’une météo clémente et d’une augmentation de production dans les pays riches. Pire encore, la production agro-alimentaire dans les pays pauvres a baissé.

La combinaison de la crise financière et des aléas climatiques ne sont pas là pour rassurer. La sécheresse virulente qui a réduit de moitié la récolte de blé argentin (qui ne sera que de 4 millions de tonnes au lieu des 9 millions habituelles), tandis que les prévisions pour la production de maïs et de soja sont revues à la baisse, laisse présager le pire. Lundi 26 janvier, le jour de l’ouverture du sommet de Madrid, l’Argentine déclarait l’état d’urgence pour le secteur agricole, car le bétail y meurt en masse à cause de la pénurie d’eau.

Plus globalement, dans une tribune publiée par le New York Times, Ban Ki-moon et Zapatero s’alarmaient : les prix des denrées alimentaires ont certes baissé ces derniers mois par rapport aux pics de 2008, mais restent 28% plus élevés qu’en octobre 2006. Si les petits producteurs se sont plaints pendant longtemps des prix trop bas, il est loin d’être prouvé que la hausse des prix ait systématiquement joué en leur faveur.

Aujourd’hui, la FAO et les ONG craignent, à moyen terme, une nouvelle envolée des prix. Dans une étude d’Oxfam International et de l’Institut royal des affaires internationales Chatham House, les experts britanniques diagnostiquent le risque d’un prochain « krach alimentaire » qui aurait « de graves répercussions pour les pays dépendant de l’importation et les populations les plus pauvres ».

Notons aussi que l’évolution de la croissance démographique actuelle tend à gonfler les populations urbaines, c’est-à-dire là où les émeutes de la faim ont contesté la gouvernance, et non pas le monde rural, plus fataliste et résistant aux épreuves.

Côté budget, Jacques Diouf, directeur général de la FAO, a dénoncé avec raison le fait que sur les 22 milliards de dollars promis lors du sommet de juin 2008, seuls 2,3 milliards (un peu plus que 10%) ont été décaissés…

Il serait pourtant malhonnête d’affirmer que rien n’est fait. L’Espagne, le pays hôte dont l’agence de notation Standard Poor’s vient d’abaisser la note sur sa dette par crainte de faillite d’Etat, fut la seule à confirmer son engagement de l’année dernière (1 M€ sur 5 ans). Autre contribution significative, le programme d’intervention de la Banque mondiale, qui a commencé à décaisser 364 millions pour des projets dans 25 pays et 541 millions supplémentaires sont en cours d’affectation dans 10 autres pays. Si l’UE s’est engagée à hauteur d’un milliard, dont un quart a été décaissé, certains craignent que ces fonds ne servent qu’à pallier les problèmes de trésorerie de la Banque mondiale et à honorer les salaires de hauts fonctionnaires occidentaux.

Comme à la fin de l’Empire romain, la seule chose qui s’est accrue, c’est l’assistance alimentaire, qui permet de calmer aussi bien ceux qui ont faim que ceux qui sont confrontés aux émeutes. La France, à l’image d’autres donateurs européens, a exceptionnellement augmenté son aide alimentaire globale de 30 M€ à 52 M€, une hausse de 73%.

Le 28 janvier à Paris, une réunion du Conseil stratégique de l’agriculture et de l’agro-industrie durables (CSAAD), que préside Christian de Boissieu, a tenté de faire un état des lieux. Une note de veille du service prospective et évaluation du ministère de l’Agriculture estimait dès novembre 2008 que « plusieurs signaux montrent qu’on ne peut exclure une nouvelle crise alimentaire dans les prochains mois ». Si les avis varient sur comment y porter remède, nombreux sont ceux qui constatent que l’époque du « tout marché » est terminée. Au moment où, sous pression britannique, la PAC est graduellement démantelée, on se rappelle soudain les avantages de son impulsion initiale. Depuis longtemps, et surtout depuis la grande dépression, on sait que la volatilité exacerbée des prix agricoles défavorise aussi bien le producteur que le consommateur.

Pour Bernard Bachelier, président de la Fondation FARM, la création de marchés régionaux dans les pays en voie de développement, offrant des débouchés aux productions vivrières locales, semble essentielle. L’économiste Philippe Chalmin, pas toujours apôtre du protectionnisme tout en restant très sceptique sur toute tentative de régulation des prix mondiaux, voit dans « la PAC, version 1958 » une source d’inspiration permettant de structurer des marchés nationaux.

A une époque où le retour aux stocks semble s’imposer, Laurence Rodart, professeur à AgroParisTech, s’est amusée à citer le célèbre passage sur les vaches grasses et vaches maigres de la Bible (Génèse, 41). Face au danger de 7 ans de famine, Joseph finit par conseiller au Pharaon de « lever un cinquième des récoltes du pays d’Égypte pendant les sept années d’abondance » et de rassembler « tout le produit de ces bonnes années qui viennent » et de faire « des amas de blé à la disposition de Pharaon, comme provisions dans les villes », car elles « seront pour le pays une réserve pour les sept années de famine qui arriveront au pays d’Egvpte, et le pays ne sera pas consumé par la famine. »

Il faut donc donner raison à Jacques Diouf lorsqu’il souligne le besoin d’investissement dans la production. 450 millions de petites et moyennes exploitations pourraient accroître sans trop de problèmes leur productivité et donc leur production si l’on met à leur disposition des semences de bonne qualité, des intrants (engrais, traitement phytosanitaire, etc.) et un minimum d’irrigation.

Comparés aux centaines de milliards de dollars injectés dans un système monétaire déjà mort, les 25 à 40 milliards qu’il faudrait investir chaque année, qui suffirait pour doubler la production alimentaire mondiale d’ici 2050, paraissent presque une aumône. La commission parlementaire belge chargée d’enquêter sur le sauvetage de la banque Fortis dans ce pays, constate qu’en octobre 2008, la BCE prêtait jusqu’à 47 milliards d’euros par jour à cette institution pour tenter de la sauver ! En d’autres mots : ce que la BCE est capable de mobiliser en un seul jour pour sauver une seule banque suffirait comme investissement annuel pour créer la sécurité alimentaire pour toute la planète !

Un passage du discours d’inauguration de Barack Obama nous permet d’espérer.

Il y affirme : « Aux peuples des nations pauvres, nous nous engageons à vous aider, pour que vos fermes prospèrent et que des eaux propres coulent, pour que les hommes qui ont faim soient nourris et que les esprits affamés soient éduqués. A ceux qui, comme nous, bénéficient d’une relative prospérité, nous disons que nous ne pouvons pas rester indifférents au sort du reste du monde. Pas plus que nous ne pouvons consommer les ressources du monde sans nous préoccuper des conséquences. Le monde a changé et nous devons changer. »

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A voir : vidéo : L’agriculture avec les yeux du futur.
A lire : Henry Wallace et la "révolution verte", l’art de nourrir la planète.

Pour creuser le sujet : focus

Voir les 2 commentaires

  • Dogshoes • 02/02/2009 - 17:28

    Raoul Follereau demandait déjà en 1944 à FD roosevelt une seule journée de budget militaire pour éradiquer la lèpre partout dans le monde...

    Répondre à ce message

  • michel49 • 01/02/2009 - 10:13

    Même si Obama n’est pas le responsable des "pays pauvres" il ne peut ignorer que les Anglo-saxons depuis deux cents ans ont appliquué la regle resumée par Adam Smith : "tout pour nous, rien pour les autres"

    Répondre à ce message

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