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Comment repartir du pied gauche sans marcher à côté de ses pompes

La rédaction
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Par Karel Vereycken


Publié par Libération le 18 janvier 2010 puis réédité sous forme de supplément gratuit pour l’ouverture de l’Université d’été du Parti socialiste à La Rochelle, le 27 août, les Vingt thèses pour repartir du pied gauche se pose d’ores et déjà en « texte de référence ».

Ecrit par Jacques Julliard, jadis dans l’orbite de Michel Rocard et de la deuxième gauche, le texte, avant d’esquisser des pistes pour une alternative, dresse un tableau dramatique de la crise financière qui nous frappe. Cette prise de conscience nous intéresse car elle reflète un changement paradigmatique en cours dans l’ensemble la gauche française.

Le capitalisme a muté

Quinze ans après la candidature présidentielle de Jacques Cheminade en 1995, qui visait précisément à dénoncer la spéculation financière, et plus spécifiquement les « produits financiers dérivés » comme « un cancer financier qui ronge la substance productive de nos économies », Jacques Julliard reconnaît que le capitalisme a brutalement changé.

Il admet que le capitalisme hyperfinancier d’aujourd’hui est un capitalisme prédateur « hors sol » et sans scrupules, qui nous conduit tout droit à une catastrophe sociale et humaine de première grandeur.

Les récentes attaques des banques d’affaires et des agences de notation contre la Grèce ont servi de révélateur. « Désormais, écrit Julliard, les banquiers, et leur bras armé, les traders, agissent en circuit fermé (…). La banque, conçue au départ comme un intermédiaire entre le capital disponible, c’est-à-dire l’épargne, et les besoins de la production, a échappé complètement à ses concepteurs. (…) Elle a totalement renoncé à son utilité sociale et ne craint plus, au-delà des particuliers, de s’attaquer aux États eux-mêmes (...) C’est la démonstration que la recherche du profit, qui est le moteur du système, ne saurait durablement être son ressort unique, sous peine d’une véritable catastrophe systémique ».

Catastrophe systémique, le mot est lâché. N’en déplaise à ceux qui s’amusaient à estampiller Cheminade et LaRouche d’éternels Cassandres, voire d’illuminés annonçant la fin du monde à tout bout de champ, Julliard reconnaît lui aussi que ce capitalisme prédateur, « multipliant les spéculations risquées et inventant des produits financiers dérivés sans contrepartie économique réelle », en sciant la branche sur laquelle il est assis,acquiert désormais un caractère suicidaire : « Destructeur des liens sociaux qui lui sont nécessaires pour prospérer(…) [ce capitalisme financier] est incapable de donner du sens. D’où le sentiment qui envahit aujourd’hui le monde de la finance lui-même, que la crise que nous vivons n’est pas seulement financière et économique : que c’est désormais une crise de la civilisation(…) Que l’esprit de cupidité l’ait emporté sur l’esprit d’entreprise en dit long sur l’affaissement moral des élites françaises. Il va de pair avec une dégradation continue du lien social, qui menace la cohésion nationale. »

D’où peut venir le salut ?

Julliard examine ensuite, une à une, les alternatives et d’où elles pourraient venir.

De la part des syndicats ? Face à la brutalité du système, ils se sont repliés sur une posture purement défensive de préservation de l’emploi et des rémunérations. De plus, leur incapacité de dépasser le cadre national pour combattre un capitalisme financier transnational les place en position d’infériorité.

De la part de l’Europe ? « A cause des positions de ses deux nations de tête, l’Allemagne et la France, elle aurait dû jouer un rôle de contrepoids, [elle] a failli complètement, au chapitre économique comme au chapitre politique. Conduite par des politiciens médiocres et sans vision, elle s’est fait l’instrument docile des tendances les plus dérégulatrices du capitalisme international. Cette véritable forfaiture explique le discrédit qui la frappe dans les classes populaires de tous les pays membres ».

C’est pourtant le même Julliard qui s’est battu pour faire adopter l’ultralibéral traité de Maastricht ! Or, comme le disait Michel Sapin à une réunion du PS en août 1992 : « Si vous voulez que la Bourse se reprenne, votez "oui" à Maastricht ! » Et c’est encore Julliard qui a défendu le Traité constitutionnel européen et celui de Lisbonne !

Aveuglé par l’illusion que l’Europe nous protégera contre les Anglo-Saxons, Julliard, oubliant ce qu’il a dénoncé quelques paragraphes plus tôt, note avec cynisme qu’un « week-end de panique sur l’euro (mai 2010) a fait davantage pour l’intégration européenne que quinze années de palabres ». Constatons que c’est lors de ce week-end qu’on força l’Allemagne, mais aussi la France, l’Espagne, le Portugal et tant d’autres, à mettre la main à la poche de ses citoyens pour sauver, non pas la Grèce, soumise à une terrible austérité, mais les banques françaises, anglaises et allemandes, lourdement exposées dans la péninsule hellénique !

Au lieu d’exiger qu’on remplace sur-le-champ « l’Europe-empire » de Barroso, courroie de transmission de l’hyper-libéralisme, par une Europe des patries et des projets, Julliard veut nous vendre la dangereuse idée qu’il est « dans l’intérêt des forces de progrès que l’Europe se transforme en puissance politique : à défaut, les Européens se priveraient de tout instrument de pression pour obtenir la régulation des marchés et mettre le holà à la spéculation ».

Monsieur Julliard… Savez-vous que c’est sous la pression de cette Europe-là qu’en 1984, la France, avec Jacques Delors, a abrogé la loi du 2 décembre 1945 séparant les banques de dépôts des banques d’affaires ? Si l’Europe s’est fait « l’instrument docile » des politiques néolibérales destructrices, n’est-ce pas grâce aux traités pour lesquels vous avez fait si vigoureusement campagne ?{}

L’auteur constate d’ailleurs lui-même que la deuxième gauche, en s’adaptant, a fini par servir « le capitalisme financier pour faire ces affaires ; pour s’exempter de toute responsabilité ; pour échapper à toute contrainte éthique ; à tout impératif d’intérêt général ; à toute mobilisation populaire ; à toute avancée sociale. Voila à quoi a servi, pour l’essentiel, l’autonomisation de l’économique et du social par rapport au politique. Les socialistes libéraux ont fait, à leur corps défendant, la courte échelle aux libéraux sociaux. Pendant que nous suivions, le nez en l’air, l’envol majestueux de nos idées, on nous faisait les poches, tout simplement ».

Dangereuse confusion

Le risque actuel, craint Julliard, c’est un nouveau populisme. Si le retour au fascisme et au communisme totalitaire lui semble exclu, la crise et le chômage de masse peuvent, pour la première fois depuis 1945, nous faire douter des bienfaits de la démocratie. Il n’hésite pas à écrire que « si en effet la crise devait se développer, au point de mettre à bas l’euro et la construction européenne, et de réduire brutalement le pouvoir d’achat des individus, un tel scénario aurait nécessairement des conséquences politiques(…) Les démagogues feraient entendre leurs voix pour préconiser leurs solutions de cauchemar : isolationnisme diplomatique, protectionnisme économique, xénophobie sociale, appel à "l’homme fort" ».

C’est dire qu’entre une Europe qui étrangle et un nationalisme haineux effectivement promu par l’oligarchie financière, il n’y aurait aucun recours

DSK, non merci !

Là où nous nous retrouvons, c’est quand Julliard conclut que « la gauche ne saurait être représentée, lors de l’élection présidentielle, par un représentant de l’establishment financier. (…) En dépit des inflexions que Dominique Strauss-Kahn a fait subir au FMI depuis qu’il en prit la tête, il existe une logique financière propre à ce genre d’établissement, qui ne peut venir au secours d’un État sans obtenir de celui-ci l’engagement en faveur d’une médecine financière orthodoxe, impliquant la restriction du train de vie de l’Etat, la réduction du salaire des fonctionnaires, et des formes de déflation financière nuisibles à la croissance. Cette logique ne saurait être celle d’une gauche candidate au pouvoir, sous peine de renoncer à toute originalité dans le traitement de la crise. »

Nationalisations

Ainsi, pour l’auteur, « l’avenir est à un grand rassemblement populaire, ouvert à toutes les forces hostiles au néocapitalisme, du centrisme à l’extrême gauche, décidé à installer un nouveau rapport de forces au sein de la société ». Le socle doit en être la constitution d’un bloc syndical, doté d’un programme d’urgence, dont la CGT et la CFDT doivent prendre l’initiative. C’est une idée juste, mais seulement si on lui donne un fondement.

D’abord, précise-t-il, « le premier objectif du rassemblement populaire doit être la maîtrise du crédit, au moyen de la nationalisation, au moins partielle, du système bancaire, qui est la source de la crise actuelle ».

Il ajoute à juste titre que « telles qu’elles fonctionnent actuellement, la plupart des banques ont déserté leur mission essentielle, à savoir la collecte des capitaux au service de l’expansion économique, au profit d’activités purement spéculatives et nuisibles. Le but de la nationalisation est de ramener le système bancaire à sa fonction productive ».

Pour y arriver, souligne-t-il, il faut également s’opposer à la destruction de toute forme de planification indicative et de toute politique industrielle, en un mot de toute espèce de régulation. « Outre sa fonction de régulation économique, la planification "à la française" a historiquement joué un rôle de concertation sociale. C’est grâce aux organes du plan que les partenaires sociaux ont élaboré, durant les Trente Glorieuses, les compromis sur lesquels a été bâtie la croissance qui avait fait de la France l’un des pays les plus prometteurs du monde. »

Cependant, ignorant le danger d’une explosion hyperinflationniste immédiate résultant des décisions des banques centrales, Julliard ne pipe mot d’une réforme du système financier international et encore moins de l’impérative séparation entre banques de dépôt et banques d’affaires (Glass Steagall global). Il fait également l’impasse sur l’avenir de l’énorme dette spéculativequi plombe l’économie mondiale. Sera-t-elle annulée, rééchelonnée ou, comble de tout, reprise sans conditions et honorée par les Etats ? Il oublie également de préciser ce qu’il entend par la « fonction productive » des banques et de cette politique industrielle qu’il appelle de ces vœux.

En ce qui concerne la régulation, soulignons une fois de plus que ces outils ont été bannis par l’UE puisqu’elles ne respectent pas la « concurrence libre et non-faussée » inscrite dans tous les traités européens… défendus par Julliard.

Il s’interroge pourtant : « Pourquoi les lois antitrust, qui s’appliquent aux ensembles industriels, ne toucheraient-elles pas aussi les banques ? Pourquoi les plus tentaculaires ne seraient-elles pas démantelées ? En un mot, le crédit est aujourd’hui une chose trop sérieuse pour être abandonné aux banquiers ». Julliard constate qu’affranchi de tout contrôle, « le capitalisme est devenu un Golem qui a échappé à ses maîtres, dévastant tout sur son passage. (…) Il faut ramener les maîtres de la finance à des activités honnêtes, avant que tout cela ne finisse très mal ».

« Paroles ». C’est le nom d’un Français dans une tragédie de Shakespeare. En dépit de la pertinence de ses analyses, Julliard ne définit pas les initiatives qui permettraient d’arrêter cette « finance folle, folle à lier » qu’il dénonce. Car ramener les maîtres de la finance à « des activités honnêtes » plutôt que de les remplacer par des hommes de progrès imposant le principe de la création humaine face à la spéculation, revient à vouloir prêcher la vertu à des mafieux enkystés. Rien non plus n’est dit sur de grands projets mobilisateurs, permettant de recréer une espérance à l’échelle du monde, de l’Europe et de la France.

Alors, avancer sur cette voie, ce serait repartir du pied gauche, certes, mais pour marcher à côté de ses pompes !


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