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Dieter Ameling : la décarbonisation est un adieu discret à l’industrie

La rédaction
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La vidéo de cette intervention est disponible, en allemand et anglais pour le moment, et prochainement en français : http://schiller-institut.de/seiten/2011/ruesselsheim/20110703-ameling.html


Dieter Ameling, ancien président de l’Association des sidérurgistes allemands et de l’Institut de l’acier

Extraits

D’abord, il faut que je vous familiarise un peu avec la technique de production de l’acier. 70 % de l’acier produit en Allemagne se fait à partir de minerai du Brésil ou d’Australie, en passant par les procédés de haut-fourneau et de convertisseur, qui fabriquent beaucoup de carbone et de CO2. Environ 1800 kg de CO2 sont produits par tonne d’acier brut avec ce moyen de production, du minerai de fer jusqu’à l’acier fini. C’est un apport considérable de CO2, mais c’est beaucoup moins que la moyenne mondiale, qui est de 2200 kg. C’est-à-dire qu’en matière d’efficacité, l’Allemagne est le meilleur élève de la classe. Le reste se fait à partir de la transformation de ferraille, grâce à des fours électriques. Cela représente 32 % de la production totale, ou presque 15 millions de tonnes. Là, l’émission de CO2, y compris celui émis par la production d’électricité, est très faible : 360 kg par tonne d’acier brut. Vous me direz, pourquoi ne produisez-vous pas tout par ce moyen ? Hélas, les quantités sont trop faibles pour approvisionner toute l’industrie automobile ou de construction de machines. Nous avons donc besoin de produire à partir de minerai de fer, procédé gourmand en carbone.

Un haut-fourneau nécessite 414 kg de charbon pour une tonne de fonte. Du point de vue physico-chimique, on ne peut pas faire mieux. C’est comme pour faire fondre une tonne de glace : l’énergie nécessaire au processus est fixe. On ne peut pas descendre en-dessous. Si on le convertit en coke, ce sont 465 kg. Nous sommes actuellement à 490 kg, donc très proches de la valeur idéale. Il n’est donc pas possible, techniquement, d’obtenir une réduction significative des émissions de CO2.

Maintenant, nous sommes censés, y compris les industries nécessitant beaucoup d’énergie, réduire de 80 % les émissions, c’est-à-dire passer de 1,2 milliard de tonnes à 246 millions d’ici 2050. Si j’applique ces données à l’industrie, celle-ci a produit en 1999 271 millions de tonnes de CO2, dont 70 pour l’aciérie. En 2050, avec une réduction de 80 % des émissions de CO2, l’industrie ne devrait pas produire plus de 54 millions de tonnes, ne laissant au secteur de l’aciérie que 14 millions. Constat : l’Allemagne ne pourra plus produire que 10 millions de tonnes d’acier, contre près de 50 aujourd’hui.

Je vous ai parlé d’industries gourmandes en énergie. Quelles sont-elles ? Ce sont celles dont la part des coûts énergétiques dans la valeur ajoutée brute est supérieure à 20 %. Ce graphique représente l’aluminium [+55 %], le fer et l’acier [+35 %], le verre [ca. 25 %], la chimie de base [25 %], les métaux non ferreux [25 %], le papier [30 %], le ciment [près de 50 %]. Toutes ces industries sont fortement touchées par les mesures que j’ai présentées ici. (…) Les succès de l’industrie allemande auraient été inconcevables sans les matériaux les plus modernes. Si nous devons faire venir de l’étranger les matières premières et matériaux nécessaires pour la construction de machines et l’industrie automobile, cela affaiblira l’ensemble de la chaîne de valorisation. Sans fournisseurs de matériaux en amont, la productivité des secteurs de l’automobile et de la construction de machines sera bien moindre et ils perdront de leur compétitivité.

Une lueur d’espoir est venue en novembre dernier d’une étude réalisée par le ministre de l’Economie Brüderle : L’Allemagne, un pays industriel : renforcer ces points forts, éliminer ces points faibles, assurer son avenir. Rappelons que l’Allemagne est un des pays les plus industrialisés. Après la Chine, avec 34 % de la valeur ajoutée brute issue de l’industrie, et la Corée avec 28 %, l’Allemagne arrive en troisième position avec 23 %. La France est seulement à 12 %, l’Angleterre à 12,3 %. On constate que ces derniers pays ont du mal à sortir de la crise, alors que les premiers s’en sont mieux sortis. Toutefois, je précise qu’à ces 23 % pour l’Allemagne, il faut ajouter 10 % de plus pour les « services » relatifs à cette industrie. Il n’y a plus guère d’entreprises aujourd’hui qui aient leur propre service de traitement de données. Ce sont des prestations qui ne sont plus comptées dans le secteur industriel, mais si les industries disparaissent, elles disparaîtront aussi. Les 33 % de création de richesse industrielle, comprenant les services associés, seront drastiquement réduits. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’on s’apercevra de l’importance cruciale de cette création de richesse industrielle pour notre niveau de vie et notre système social. (…)

En termes d’exportation, nous avons été les premiers au monde pendant plusieurs années, avant la Chine. C’est maintenant l’inverse depuis 2008. Les Chinois augmenteront d’ici 2015 leur part de la valeur des exportations à 12,8 %, alors que l’Allemagne descendra à 7,5 %. En dessous de ce niveau, nous ne pourrons plus conserver notre niveau de vie et notre système social.

(…) Handelsblatt l’annonce : « L’adieu à l’industrie a déjà commencé — Thyssen-Krupp, Aurubis, Norsk Hydro, SGL Carbon – de nombreuses industries gourmandes en énergie tournent déjà le dos à l’Allemagne. » C’est vrai, le grand fabricant d’aluminium Norsk Hydro a pratiquement fermé son site à Düsseldorf. Thyssen Krupp a déjà commencé à délocaliser ses usines au Brésil. Une nouvelle usine a été mise en service l’an dernier, d’une capacité de 5 millions de tonnes d’acier, en majeure partie acheminé vers l’Allemagne ; une partie du reste va aux Etats-Unis. Ainsi, l’industrie se détourne de l’Allemagne à cause des politiques adoptées, et cela devrait s’accélérer à l’avenir.

Que pense la population de ce concept énergétique ? Selon un sondage de Forsa, (…) peu lui importe ce que disent les politiques, et le tournant énergétique (sortie du nucléaire et décarbonisation) est vu « davantage comme une folie collective que comme une décision mûrement réfléchie ». La priorité des problèmes est vue autrement par la population, pour laquelle l’éducation et la santé sont tout en haut de la liste. La sortie du nucléaire vient même après la réduction de la bureaucratie, en termes de préoccupations. La population ne s’aperçoit pas vraiment des conséquences, notamment parce que, à mon avis, elles ne sont présentées par les médias.

(…) Ce nouveau concept énergétique va entraîner une désindustrialisation, à cause de coûts énergétiques non compétitifs et de l’insuffisance des certificats de CO2. Le déclin de la valeur ajoutée industrielle réduira la prospérité et affaiblira le système social. L’industrie allemande, hautement performante, doit être renforcée sur tout le cycle, de l’acier à l’automobile, et non affaiblie.

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