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En réaction à la chronique de Jacques Attali sur les suicides à France-Télécom

Par Odile Mojon

(A l’heure où nous publions ces lignes, nous apprenions le vingt-cinquième suicide chez France-Télécom.)

J’ai lu et relu avec attention la chronique de Jacques Attali dans L’Express du 17 septembre, intitulée « La France est bleue comme une orange », consacrée aux suicides chez France-Télécom. D’ordinaire, je suis fort admirative, pour ne pas dire bluffée, par la façon dont l’auteur parvient à soulever les questions les plus pertinentes (en d’autres termes et pour l’essentiel, les questions les plus épineuses) en paraissant ménager la chèvre et le chou tout en servant les intérêts en place. Cette fois-ci pourtant, il semblait bien que le formidable logiciel neuronal ne se fût quelque peu fourvoyé ou, plus précisément, qu’il n’ait franchi la ligne continue.

Le logiciel analysait comment « une entreprise publique, dont les personnels sont par nature sédentaires, devient une entreprise privée, dont les employés sont nomades. Dans l’une, pas de pression sur les prix et une gestion des ressources humaines traditionnellement concertée avec les syndicats. Dans l’autre, une pression obsessionnelle sur les coûts, matériels et humains. Il peut donc arriver que quelqu’un soit broyé, s’il se laisse prendre dans l’interstice entre ces deux logiques ». Et plus loin : « Ce choc entre la France qui veut encore, à juste titre, vivre la sérénité millénaire [si, si, c’est ce qui est écrit !] qui fabriqua sa culture et celle qui doit, pour survivre, participer à l’aventure mondiale, ne peut que désespérer ceux à qui on demande sans précaution de franchir la ligne de démarcation entre ces deux pays. » Le geste désespéré des salariés de France-Télécom se réduit en somme à un simple choc idéologique.

En lisant cela, j’essayais de me représenter M. Attali en train d’écrire sa chronique : très probablement depuis un bureau où il a ses habitudes, un bureau calme, bien aménagé, luxueux peut-être, comme on pourrait s’y attendre pour un homme fréquentant les allées du pouvoir. Un homme pour qui confort et bien-être financier récompensent un dévouement sans faille à la cause de « ceux d’en haut ».

Je me représentais M. Attali dans les décors douillets et feutrés de la bibliothèque du Sénat, tel celui où il n’y a pas si longtemps encore, il était l’invité d’une « Conversation d’avenir » pour la chaîne Public Sénat sur l’avenir des puces RFID (puces de radio-identification implantées sous la peau), qui, selon-lui, seraient bientôt une réalité de notre vie et de notre chair sans que « l’indiscutable évidence » de la chose ne lui paraisse nécessiter un quelconque débat public.

Je l’imaginais, hôte de salons parisiens retrouvant ses amis de toujours, de vingt, de trente ou de quarante ans, ceux que l’on se fait sur les bancs des grandes écoles et dont on conserve l’amitié d’autant plus précieusement que ces amis qui partagent parfaitement les mêmes goûts, sensibilités et passions sont également ceux dont la société a reconnu les mérites.

Je l’imaginais encore, devisant avec des hommes de pouvoir sur les réformes nécessaires à ce pays au déviationnisme anti-monétariste incurable, traquant l’attachement sulfureux de ses habitants aux idéaux éculés et anti-modernes de « Liberté, Egalité, Fraternité ».

Figurez-vous que j’allais même jusqu’à me demander si, lui aussi, était invité sur le yacht de Bolloré, s’il était un intime du vice-président Pébereau et s’il était proche d’Alain Minc !

Je dois ici avouer que, considérant tout cela, une pensée iconoclaste me traversa la tête … Et si Jacques Attali avait raison ; s’il avait raison mais se trompait de cible ?

Car il a raison, c’est évident ; dans ce pays règne un indécrottable conservatisme… dans les classes privilégiées ! Chers lecteurs, vous n’en êtes pas nécessairement conscients car elles sont discrètes, confortablement installées derrière les portes blindées et les caméras de vidéo-surveillance de leurs beaux immeubles des quartiers chics.

Voyez ces légions de PDG ou de hauts fonctionnaires enkystés depuis toujours dans leurs fonctions lucratives : ne faudrait-il pas exiger des mutations obligatoires tous les trois ans ? Quand un directeur de banque provoque des pertes records, ne serait-il pas judicieux de l’amener à retrouver un sens des réalités du terrain en lui suggérant une période de « réadaptation », par exemple en s’occupant pour une période minimale de six mois de la cafétéria de l’entreprise ?

Ne faudrait-il pas également introduire une juste dose de méritocratie en ne privilégiant pas les « enfants » ou les « amis de ». Beaucoup de rejetons ou de connaissances de telle ou telle personne bien placée perdent ainsi tout sens de l’effort car ils savent que la « bonne société » les reconnaîtra comme un ou une des leurs.

Ce qui nous amène à la question des réseaux. A l’instar des responsables de France-Télécom, qui ont jugé souhaitable de « secouer le cocotier du personnel », de pulvériser les liens que des années de travail en commun avaient fini par tisser entre collègues et qui les « encroûtaient » détestablement, ne faudrait-il pas désintégrer les réseaux soigneusement entretenus dans lesquels sont solidement enracinées nosclasses privilégiées ? Une stratégie de changements d’affectation, dans des secteurs totalement nouveaux, développerait une plus grande flexibilité et donc permettrait la mise en valeur de compétences jusque-là inutilisées dont la société française tirerait le plus grand profit. Par ailleurs, nos classes supérieures, qui tendent à être sociologiquement et intellectuellement extrêmement sédentaires, verraient s’élargir, grâce à un nouvel entourage préférablement dans un milieu différent, leur vision du monde.

La fréquentation de milieux différents conduirait sans doute à un métissage bien tempéré, renouvelant le sang de l’espèce. Celle-ci, pour son plus grand avantage, se trouverait ainsi exposée au risque de copulation sans inceste et d’accouplements sans proximité.

Enfin, une certaine incertitude sur les fins de mois pourrait créer cette pression si propice à l’expression des meilleures potentialités de chacun. Pour l’instant, nos élites, assises sur de grassouillets pactoles qui, comme chacun sait, tendent à relâcher le goût de l’entreprise et de la réussite, ne peuvent bénéficier des vertus revigorantes des fins de mois spartiates. En ce sens, les évaluations personnelles généralisées à tous ceux qui ont des responsabilités d’un certain niveau constitueraient des outils très efficaces pour savoir ce que chacun « vaut » vraiment sur le marché.

Voici quelques pistes à explorer en vue de libérer nos « élites » de leur attachement ancestral aux mauvaises habitudes. Certes, vous me direz qu’un Jacques Attali qui semble si convaincu de ce qu’il avance et ne manque jamais de se faire valoir comme digne représentant de cette nomenklatura, devrait donner l’exemple, mais a-t-on déjà vu les docteurs Diafoirus s’appliquer leurs propres remèdes ?

Quoi qu’il en soit, et ne fût-ce que par respect et cohérence pour ce qu’ils prônent avec une telle insistance pour les autres, il est grand temps pour les Attali et consorts de move out [*].


A lire
Jacques Cheminade : Arrêtons le carnage social !



[*« Time to move » (c’est le moment de changer), tel est le nom donné au programme de « mobilisation » du personnel de France Télécom. En anglais, To Move out signifie : déménager, faire sortir, dégager.

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