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Drogue en Afghanistan : La Russie met l’OTAN sous pression

La rédaction
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Par Christine Bierre

Avec 2,5 millions de toxicomanes et 30 à 40 000 morts par an, la Russie, principale victime de ce fléau, est devenue le fer de lance de la lutte contre la culture du pavot et les laboratoires d’héroïne en Afghanistan, trafic dont elle tient l’inaction de l’OTAN pour responsable. « Les contingents militaires étrangers peuvent et doivent lutter plus activement contre la production de drogue, puisqu’ils sont chargés de garantir la sécurité en Afghanistan » , a dit le ministère des Affaires étrangères russe, dans un document cité par Ria Novosti le 6 mars, qui allait jusqu’à se demander « si les contingents étrangers sont vraiment incapables de faire face aux producteurs et trafiquants de drogue ».

Victor Ivanov, chef de la lutte anti-drogue dans la Fédération russe, était à Paris la semaine du 9 mai pour plaider sa cause au sein de réunions préparatoires au G8 du 26-27 mai, dont la lutte contre les stupéfiants sera l’un des principaux volets. Le 11 mai, il était l’invité de l’IFRI (Institut français des relations internationales), où il a mis ces sujets sensibles sur la table au cours d’une conférence sur le thème « Russie - Europe : les conséquences de l’enlisement en Afghanistan ».

Présenté par Thomas Gomart, directeur du Centre Russie-NEI de l’IFRI, comme particulièrement apte à ce travail en raison de son long séjour en Afghanistan à la fin des années 80, en tant que responsable de la sécurité au moment de l’occupation soviétique de ce pays, Victor Ivanov a décrit une situation catastrophique.

A quelques mois du dixième anniversaire de la guerre en Afghanistan qui a démarré en 2001 et dont l’objectif était l’élimination des sources du terrorisme, la situation décrite par Victor Ivanov est bien pire qu’avant la guerre : entre 2001 et 2007, la production d’opium a été multipliée par 40 et le pays est totalement militarisé.

Le responsable russe illustra ses propos à l’aide de quelques graphiques particulièrement éloquents :

  1. Corrélation entre augmentation de troupes et production d’opium. Entre 2001 et 2007, les forces de la coalition sont passées de 0 à plus de 30 000 hommes. Aujourd’hui, près de 100 000 hommes sont déployés sur place avec en plus quelques 70 000 « militaires » des compagnies de sécurité privées. Dans cette même période, la production d’opium est passée de 0 à près de 8000 tonnes, faisant de l’Afghanistan le centre mondial incontesté de production d’opium.
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  2. Destination de la production d’opium d’Afghanistan. La première destination de cette drogue est notre Europe, avec 711 tonnes, 549 tonnes vont vers la Russie et 547 tonnes vers l’Iran, alors que la population iranienne est moitié moins que celle de la Russie !
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  3. Les deux grands flux de drogues dans le monde. L’opium d’Afghanistan (820 tonnes), va principalement vers l’Europe, la Russie et l’Asie ; la cocaïne (994 tonnes), produite en Amérique du Sud, va vers les Etats-Unis, mais aussi vers l’Europe en passant par l’Afrique. Ces dernières années, les arrivées de cocaïne en Europe ont quadruplé.
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  4. Argent de la drogue et économie. Au plus fort de la crise, l’argent de la drogue a « sauvé » l’économie mondiale de la faillite.
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Conséquences néfastes de cette augmentation énorme de l’offre, la constitution de groupes criminels transnationaux particulièrement puissants, dont les ressources dépassent de loin celles que les pays du G8 peuvent mobiliser dans la lutte contre ce fléau, sans parler de celles dont disposent les voisins de l’Afghanistan, tels le Tadjikistan et le Kirghizstan, lieux de transit et victimes du trafic. Dopés d’argent, ces groupes financent le terrorisme, le séparatisme et les coups d’Etat, devenant un facteur géopolitique. Victor Ivanov a évoqué notamment les coups d’Etat en Guinée-Bissau et Mauritanie, ainsi que les troubles en Côte d’Ivoire. Tout le monde musulman serait concerné aussi, ainsi que la Chine, où ce trafic finance les séparatistes ouighours du Xinjiang.

Une coalition anti-drogue internationale

Pour faire face, les Russes multiplient les initiatives. En mars 2010, Victor Ivanov avait présenté aux membres du Conseil Russie-OTAN son plan Arc-en-ciel 2, pour une approche unifiée de la lutte. En février dernier, il proposa la création d’une agence de lutte « Russie-Union européenne », car « plus de la moitié de tous les stupéfiants d’Afghanistan vont à la Russie et à l’UE ».

Objectifs recherchés : 1) élever le statut du problème de la drogue afghane, au sein de l’ONU, à celui de menace à la paix et à la sécurité mondiale, 2) Introduire dans le mandat de l’ISAF (les forces de l’OTAN en Afghanistan) l’obligation d’éradiquer les récoltes de pavot, 3) établir une coopération entre participants dans la destruction des laboratoires et des précurseurs de drogue, 4) amener l’ONU à adopter des sanctions contre les propriétaires des terres fournies aux producteurs de drogue, 5) créer au moins 2 millions d’emplois via un plan de développement économique dans le pays.

Ivanov a évoqué comme très satisfaisante, à cet égard, la collaboration sur le terrain entre équipes russes et américaines, fruit d’une très bonne entente avec son homologue américain, Kerlikowske, pour détruire les laboratoires de drogue. En octobre dernier, un gros laboratoire d’héroïne a été détruit, avec en prime l’élimination d’un milliard de dollars de marchandise ! Mais ceci, a-t-il dit, reste à un niveau trop limité pour faire vraiment une différence.

Si l’attitude russe est la bonne, les résultats seraient bien meilleurs si elle s’attaquait plus spécifiquement au Royaume-Uni, qui, dans la province du Helmand où se concentre la production de drogue, offre une protection à ces productions. Ce sont aussi les Anglais qui ont obtenu un changement de position de Barack Obama sur cette question, à l’exception des efforts limités mentionnés ci-dessus.

Quand au G8, nous ne pouvons qu’inciter Victor Ivanov à pousser les propositions russes jusqu’au bout, pour obliger Nicolas Sarkozy à agir. DSK a quitté abruptement la scène politique, mais nous pouvons faire confiance à Nicolas Sarkozy pour utiliser tous les sujets importants pour tenter de séduire encore une opinion française qu’il a pourtant déjà abusée abondamment.

Notons enfin que l’argent de la drogue n’est que l’aspect le plus voyant d’un système monétaire international devenu criminogène dans l’ensemble depuis des années et que pour résoudre ce problème, il faudra passer par le rétablissement de la loi Glass-Steagall et la mise en faillite contrôlée de l’actuel système monétaire international.


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