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Euro : docteur Sarkozy espère sauver la maladie, pas le malade

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12 février 2010 (Nouvelle Solidarité) – Il y a deux jours, donc à la veille du sommet de Bruxelles, Alberto Giovannini, l’ancien PDG du hedge fund calamiteux LTCM, qui fut chargé par l’UE de coordonner le passage à l’euro, a déclaré au quotidien financier italien Il Sole 24 Ore, en parlant de l’Europe, que « l’histoire montre que les empires arrivent généralement à plus d’efficacité et de prospérité ; avec une géographie extensive, le modèle impérial obtient toujours plus de succès ». Comme on le voit avec cette déclaration, si le sommet de Bruxelles porte son lot de tragicomique, c’est surtout le tragique qui prévaut.

Car nous assistons aux dernières métastases d’un énorme « cancer financier » international qui ronge notre substance productive et paralyse l’économie réelle dont dépendent la vie de millions d’hommes. Echappant à toute sanction, des banksters continuent à maquiller leur faillite en dissimulant l’état réel de leurs comptes. Pendant que les regards se fixent sur la Grèce, la banque centrale espagnole vient de suggérer discrètement aux banques du pays de déprécier d’au moins 20% toutes les valeurs liées à l’énorme bulle immobilière espagnole.

Côté comique, le sommet de Bruxelles fut un vrai bal de clowns. Comment ne pas rire quand 27 chefs d’Etats et de gouvernements se réunissent pour mentir, déclarant qu’ils n’accorderont aucune aide à la Grèce puisqu’elle n’en demande pas ? Après tout, cela tombe bien, car aucun dispositif n’existe pour « sauver » un Etat membre. Posé comme précondition sine qua non par l’Allemagne pour son entrée dans l’euro, le Traité de Maastricht, repris dans l’article 125 du Traité de Lisbonne, interdit explicitement tout « bail-out » (renflouement), si ce n’est lors de « circonstances exceptionnelles ». Mais la zone euro n’est pas Haïti.

A Bruxelles, Jean-Claude Juncker, présidant l’Eurogroupe, a déclaré qu’il n’utilisera aucun « instrument européen », car « il n’en existe pas ». Ensuite, la Banque centrale européenne (BCE) exclut tout achat d’instruments de la dette des Etats membres. Le grand gourou de la bourse Paul Krugman remarque que la BCE devrait disposer de ce droit, puisque aussi bien la Réserve fédérale américaine que la Banque d’Angleterre achètent déjà régulièrement leurs propres bons du Trésor !

Côté tragique, notons qu’avant le sommet de Bruxelles, le premier ministre grec Papandréou fut l’hôte du président français Sarkozy à Paris. Téléphonant ensuite à Angela Merkel, Sarkozy s’est démené pour arracher le casting du sommet de l’UE. Le lendemain, avant l’ouverture du sommet, une réunion préparatoire a eu lieu à huis clos entre Sarkozy, Merkel, Papandréou et le président du Conseil européen, Eric Van Rompuy, rejoints ensuite par Jean-Claude Trichet (BCE) et José Manuel Barroso (Commission).

Si officiellement, le sommet ne présente aucune aide concrète à la Grèce, on y annonce une forte « solidarité » envers un pays désormais réduit à l’état de protectorat, mis sous tutelle, et forcé d’accepter des sacrifices supplémentaires sans précédent depuis les années trente, que la Commission européenne imposera avec « l’aide technique » des vampires du Fonds monétaire international (FMI).

Cependant, en coulisse, un vaste plan visant à renflouer les pays les plus atteints, est dans les cartons. En fonction de la réaction des « marchés », ce plan deviendra opérationnel.

Une source proche de l’Elysée, cité dans Libération affirme que « Pour obtenir l’accord de l’Allemagne, Papandréou a dû promettre de prendre des mesures supplémentaires de réduction de son déficit et, surtout, il a accepté qu’on le contrôle ». Cependant, écrivent Les Echos, Sarkozy « s’est obligé à ne pas officialiser la possibilité d’une aide financière à Athènes, pour ne pas brusquer Berlin ». En Allemagne, le bureau de sondage Emnid, annonce que 71% des Allemands s’opposent à toute aide financière à la Grèce où ils passent très souvent leurs vacances.

On voit ainsi que, derrière la façade, la désunion règne. Questionné sur l’absence de mesures concrètes, pragma-Sarko, raconte Libération, « a rappelé un souvenir douloureux pour Merkel:le sommet de l’Elysée de septembre 2008, quand la chancelière avait refusé de s’engager à garantir son système bancaire, avant, une semaine plus tard, de virer de bord après l’annonce d’une faillite bancaire en Allemagne. Verra-t-on, cette fois-ci, le même scénario ? Pour Sarkozy, hier c’est la stratégie qui a été décidée. La tactique, elle, sera dévoilée en fonction des évènements ».

D’après Les Echos, « le plan d’aide à la Grèce adopté hier par les Vingt-Sept prévoit que les pays de la zone euro lui accorderont des aides bilatérales coordonnées si Athènes a pris toutes les mesures qu’ils jugent indispensables pour réduire son déficit de 4 points cette année ». Cependant, affirme Juncker, « ce plan ne constitue qu’une hypothèse car je suis persuadé que les mesures prises par le gouvernement Papandréou convaincront les marchés ». En clair, si les « marchés » ne s’effondrent pas d’ici-là, il y aura rien et c’est tout bénef. Si ça chute, on met le paquet (d’euros en provenance de la poche des citoyens européens) et dès lundi, l’Eurogroupe fixera « d’un commun accord, les montants mis à la disposition de la Grèce par les pays partageant la même monnaie ».

Si en France, le citoyen lambda se perd facilement dans le labyrinthe de l’Euroland, en Allemagne, des voix s’élèvent pour empêcher qu’elle ne devienne la principale vache à lait [1] au service des seuls spéculateurs. Holger Steltzner, l’éditeur du quotidien de la gauche libérale, le Frankfurter Allgemeine Zeitung souligne dans un éditorial que « En termes clairs cela veut dire : l’Allemagne devra éponger les dettes de la Grèce. Ce n’est pas ainsi qu’on a vendu l’euro aux Allemands. Avant de dire adieu au Mark allemand, le Traité de Maastricht fut solennellement signé, excluant explicitement qu’un pays membre de la zone euro soient responsable pour la dette d’un autre pays. Si ce mandat central de la stabilité financière n’est plus de mise, alors aussi bien le traité de Maastricht que le pacte de stabilité, ainsi que l’amendement dans la Constitution allemande fixant un plafond à l’endettement de l’Allemagne, ne valent pas le prix du papier sur lequel ils sont écrits. Alors, les Allemands pourraient regretter le mark ».

Pour Helga Zepp-LaRouche, c’est précisément en reprenant pleinement le contrôle de l’émission de la monnaie et du crédit que les nations, de concert entre elles dans un grand dessein, puissent échapper au piège qu’on leur tend. C’est bel et bien les spéculateurs de haut vol qu’il faut sanctionner et non pas les citoyens.


Vidéo :
Jacques Cheminade : "C’est pas la Grèce, imbécile !"


[1L’Allemagne est, de loin, le premier contributeur au budget européen. Pendant près de quarante ans, elle a financé environ 30% du budget européen, une part équivalente à celles de la France et de l’Italie ou du Royaume uni réunis, autant que les onze autres Etats membres. En 2006, Berlin restait le plus grand contributeur, bien que seulement avec 20,6%. Cette situation sans équivalent conduit les Allemands à se considérer comme « les trésoriers » de l’Europe ».

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