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Grands projets : Le Passage africain, un projet révolutionnaire

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par Hussein Askary

Cet article s’appuie sur une étude préliminaire (aucune étude de faisabilité n’étant encore réalisée) présentée par l’ingénieur égyptien Aiman Rsheed dans les mois suivant la révolution égyptienne de janvier 2011. Le document original est en arabe, et certaines parties ont été traduites en anglais par l’auteur, afin d’être utilisées dans cet article.

Né en 1964, Rsheed fait partie de la génération égyptienne indépendante du colonialisme britannique, sous la Présidence de Gamal Abdul Nasser ; c’est cette génération qui vient de se révolter contre l’injustice sociale et politique brutale imposée sur l’Egypte et le reste de l’Afrique par le FMI et la Banque mondiale, avec le soutien de l’UE et des Etats-Unis, par le biais du régime d’Hosni Moubarak.

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Carte 1
Il s’agit de faire de Sidi Barrani un grand port sur la Méditerranée et de le relier avec l’intérieur du continent africain, avec l’Europe (via un tunnel sous Gibraltar) et avec le Proche Orient, chaque fois grâce à des lignes de transport rapides.

Le projet Africa Pass (Passage africain) (Figure 1) prouve qu’un grand potentiel humain existe dans cette ancienne, mais jeune, nation. Rappelons que l’Egypte compte aujourd’hui plus de 470.000 ingénieurs. Chaque année, 20.000 diplômés s’ajoutent à cette armée d’ingénieurs. 80 millions de citoyens y vivent sur une étroite parcelle de terre située sur les rives et le delta du Nil. Africa Pass ouvrira le désert de l’Ouest du pays au développement et au peuplement ; il révolutionnera les économies des nations d’Afrique du Nord et subsaharienne, ainsi que les relations au sein du continent et avec l’Europe, via la Méditerranée.

Rsheed a présenté en février 2012 une ébauche du projet au bureau du Premier ministre Kamal Al-Ganzouri. Recevant le soutien de milliers d’ingénieurs, de professeurs d’universités et du public en général, il est invité sur de nombreuses chaînes de la télévision nationale pour présenter son projet face à une nation brûlant de trouver une solution à la profonde pauvreté et à l’injustice sociale, oppressant toujours le peuple malgré la chute du régime de Moubarak. Le FMI espère faire son retour en Égypte, mais un solide mouvement de résistance empêche les dirigeants du pays de faire des compromis.

Aiman Rsheed a servi en tant que colonel au sein des Forces armées égyptiennes, notamment dans l’aviation, se spécialisant dans l’ingénierie, les secours aux sinistrés et la planification. Libéré du service militaire en 2008, il termine son professorat en ingénierie mécanique à l’Université Ain Shams. Il a aussi étudié à l’Institut des forces aériennes, travaillant comme ingénieur en chef de la planification et de la maintenance. Il reçoit son diplôme scientifique en 1986 au Collège technique militaire.

Rsheed est actuellement candidat à la direction de l’Union des ingénieurs égyptiens, dont il voit les 470.000 membres comme l’armée qui soutiendra et réalisera ce mégaprojet. Rsheed est politiquement indépendant et n’est membre d’aucun parti politique. Il travaille aujourd’hui au Caire, en tant que directeur de la planification pour l’entreprise Misr Training and Technical Consultation.

Résumé du projet

Africa Pass comprendra deux composantes majeures :

A. Le transport

La première étape implique la construction d’un important port ultramoderne à Sidi Barrani, dans le nord-ouest de l’Egypte, près de la frontière avec la Libye ; ce port sera relié aux nations des Grands lacs (Rwanda, Burundi, République démocratique du Congo, République centrafricaine, Soudan et Soudan du Sud) grâce à des trains à grande vitesse (TGV) et des autoroutes modernes (Carte 1).

La seconde étape consistera à réaliser une connexion avec la Somalie et l’Ethiopie.

La troisième reliera l’Egypte à l’Asie par un tunnel sous le canal de Suez, et par un pont via l’île de Tiran dans le Sud du Golfe d’Aqaba, liant le Sud du Sinaï à l’Arabie saoudite. La quatrième engagera la construction d’un réseau de lignes à grande vitesse (LGV) jusqu’au détroit de Gibraltar, reliant l’Afrique du nord à l’Europe par le tunnel de Gibraltar.

En ce qui concerne l’Egypte, il est prévu de construire cinq grandes villes, à 250 km l’une de l’autre, sur des terres aujourd’hui presque entièrement désertiques. Cela aidera à soulager les villes actuelles de la pression démographique, et fera s’épanouir à nouveau la vie et l’activité dans le désert, grâce au canal qui apportera l’eau depuis le Congo (voir plus bas).

D’après l’étude, la construction du port de Sidi Barrani, créant un centre industriel moderne et un centre de manutention de conteneurs dans la Méditerranée, avec un aéroport international, est la partie du projet la plus facile à réaliser.

La grande zone industrielle et la zone touristique, qui se développeront avec le port, attireront les entreprises, les travailleurs qualifiés et les investisseurs, elles apporteront immédiatement des emplois à de nombreux égyptiens, aujourd’hui sous-employés.

B. L’eau :

Le plus impressionnant projet hydraulique d’Africa Pass est similaire au projet Transaqua qui vise à revigorer le bassin du lac Tchad.

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Carte 2
C’est la conjonction des réseaux de transport rapides et le projet de canal de cette carte qui doit permettre la création de plusieurs nouvelles villes.

Un canal, large de 40 mètres, profond de 15 mètres et long d’environ 3800 kilomètres, s’étendra depuis les hauts plateaux de l’est du Congo, où le fleuve Congo prend sa source, vers le nord au travers de la République centrafricaine, du Sud-Soudan et du Soudan, jusqu’en Égypte, où l’apport en eau douce permettra de réalimenter la dépression de Qattara, à l’ouest du Caire (Carte 2).

Sept centrales hydro-énergétiques récupéreront cette énergie hydraulique, depuis les 1500 mètres au-dessus du niveau de la mer dans le Sud du pays, jusqu’à la dépression de Qattara, à 80 mètres sous le niveau de la mer. L’étude ne précise pas si ce canal sera navigable, mais il est évident que le fret y serait transporté plus facilement et à moindre coût, comparé au transport ferroviaire ou routier qui d’ailleurs seront construit parallèlement au canal. Des lignes de communication électriques et électroniques accompagneront également Africa Pass afin de rendre possible, sur toute la longueur, le développement de l’agriculture et de centres urbains. Des pipelines pourront s’ajouter au corridor, permettant aux pays enclavés d’exporter leur pétrole.

Rien que dans la région bordant la dépression de Qattara, des millions d’hectares de terres agricoles seront créés, affranchissant ainsi l’Égypte des importations de biens alimentaires dont il dépend aujourd’hui. Le lac d’eau douce Qattara et les terres vertes qui l’entoureront auront d’importants effets hydrologiques, modifiant le climat dans le désert et augmentant le cycle hydrologique de la région avec davantage de chute d’eau, ce qui fera reculer le désert.

Les objectifs du projet :

  1. Le développement de neuf nations d’Afrique autour de véritables projets de développement économique.
  2. Transformer l’Égypte et les autres pays inclus dans le projet en centres industriels attractifs pour le travail, au lieu de zones sinistrées repoussant la main d’œuvre.
  3. Ouvrir une porte à l’exportation de biens agricoles des nations de la région des Grands Lacs, qui sont actuellement gaspillés à cause du manque de stockage et de moyens de transports rapides et bon marchés. On estime qu’il faudra deux jours pour transporter les biens depuis leur lieu d’origine jusqu’à la Méditerranée, grâce aux TGV et au port de Sidi Barrani. Ce projet ouvrira de nouveaux secteurs pour l’agriculture dans des régions restées inertes et isolées, tel l’énorme potentiel de productions bovine et laitière du Soudan. Cela aura également pour effet d’éliminer la famine dans de nombreuses régions d’Afrique, et tout particulièrement dans la corne de l’Afrique.
  4. Redistribuer la population, surtout en Egypte, un pays où 95% de la population se concentre dans le delta du Nil (5% du territoire), vers de nouvelles villes et villages, dans un nouvel environnement fertile, aspirant à la croissance.
  5. Rétablir l’Egypte dans son rôle de leader, et de connexion avec l’Afrique, en s’appuyant sur la nouvelle coopération économique et diplomatique lancée par le nouveau gouvernement et par le ministère des Affaires étrangères, suite à la révolution de 2011. Ce projet pourra largement aider les initiatives visant à résoudre les conflits entre les nations de la région, notamment au Soudan ; il contribuera au développement du Darfour et ouvrira la coopération avec le Tchad, désormais impliqué dans le conflit au Darfour.
  6. Développer les ressources hydrauliques de tous les pays participant au projet, en assurant ainsi la production de grandes quantités d’énergie hydroélectrique. En Egypte, Africa Pass sera complémentaire du nouveau projet pour la vallée du Nil, qui part du canal Toshki dans le Sud, près d’Assouan, et remonte vers le Nord parallèlement au Nil, ouvrant de nouveaux centres agro-industriels dans le désert. Le Dr. Farouk Al-Baz, un scientifique égypto-américain et ancien expert de la NASA, est l’un des pionniers de ce projet, qu’il appelle « le Corridor de développement ». Africa Pass créera ainsi une troisième vallée du Nil, mais avec des connexions régionales et internationales.
  7. L’exploitation de millions d’hectares de terre agricole autour de la dépression Qattara et la production d’énergie.

Rsheed a demandé au gouvernement égyptien, c’est-à-dire au Premier ministre, d’organiser une conférence de cinq jours permettant d’exposer l’idée du projet dans toute son ampleur, avec la participation d’experts provenant de différents ministères du gouvernement, de manière à lui donner un caractère de mobilisation nationale.

Il a également invité à ce que le ministre des Affaires étrangères engage immédiatement les négociations et organise des conférences avec les autres nations bénéficiant du projet. Rsheed suggère que l’Union des ingénieurs égyptiens soit désignée comme consultant officiel pour le projet, afin qu’il puisse bénéficier de ses capacités locales. D’après lui, la construction du port de Sidi Barrani et de la zone industrielle qui y sera liée devrait être lancée immédiatement en tant que premier jet, quel que soit le destin du reste du projet Africa Pass, afin de donner un exemple du grand potentiel existant dans ce pays et de ce qu’il permettrait de faire.

Alors que les données techniques spécifiques et les difficultés topographiques ne seront évaluées et surmontées que lorsque les différents ministères auront réalisé les études de faisabilité, la conception et l’intention générale apportées par Rsheed sont sensées et réalisables.

Il existe certains problèmes dans l’étude, comme la question du financement où apparaît un manque de connaissance et de confiance envers un système de crédit public, en raison des nombreuses années passées sous l’influence des politiques du FMI et des régimes corrompus. Toutefois, ce projet pourra largement être intégré dans la solution que le mouvement de l’économiste américain Lyndon LaRouche défend à l’échelle internationale, pour sortir de la crise provoquée par l’effondrement financier et économique général.

En outre, il subsiste des incompréhensions et des illusions vis-à-vis de la pertinence de l’énergie solaire en Afrique. Le projet Désertec de construction de panneaux solaires, une escroquerie financière et scientifique imposée par l’Allemagne, l’UE et leurs partenaires en Afrique du Nord, est présenté positivement dans le rapport. Nous avons déjà présenté un argumentaire clair dans nos publications pour le réfuter.

Comme le réalisent la plupart des Africains, il n’existe pas d’alternatives à l’énergie nucléaire pour le développement de l’Afrique. Les subventions apportées au Maroc par l’UE pour développer l’énergie solaire, à très petite échelle, visent ainsi à reporter sa décision de se lancer dans le nucléaire, tout en « lavant le cerveau » des Européens qui croient à cet utopisme vert.

Le projet de l’Egypte visant à construire quatre centrales électronucléaires pour 2025, afin de produire 4 gigawatts d’électricité, n’est pas mort avec le régime de Moubarak.

Le 13 février 2011, le Premier ministre par intérim Ahmed Shafiq a ainsi réaffirmé que ces projets ne seraient pas affectés par les développements politiques en cours. Le 16 janvier 2012, l’actuel Premier ministre Kamal al-Ganzouri a informé les ministres que le gouvernement compte maintenir le projet de construire la première centrale électronucléaire. Son site se trouve à Dabaa, dans le gouvernorat de Marsa-Matruh sur la côte méditerranéenne, proche du lieu où Africa Pass prévoit de construire le port de Sidi Barrani et sa zone industrielle.

Toutes les principales entreprises japonaises, russes, chinoises, françaises, américaines et sud-coréennes ont manifesté un intérêt pour ce projet. Les appels d’offre sont censés être lancés dès cette année, mais ils attendent l’établissement d’un nouveau gouvernement suite à l’élection présidentielle.

Il est important, alors que le combat continue pour un nouveau système économique international plus juste, basé sur le respect de la souveraineté des Etats-nations, que les Européens réalisent l’immense potentiel humain et naturel qui existe en Afrique, à travers les yeux de patriotes africains si passionnément créatifs comme Aiman Rsheed.

Bâtir le pont au-dessus de la fracture physique autant que socio-économique dépendra de la réalisation du type d’idée et d’aspiration que ce rapport présente.


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