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Henri Guaino : « la titrisation, c’est du racket organisé »

La rédaction
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19 novembre 2008 (Nouvelle Solidarité) — Invité chez les Progressistes, le club de réflexion animé par Eric Besson, sur le thème de la « refondation du capitalisme », le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, fraîchement de retour du sommet du G20 de Washington, a présenté sa lecture de la crise financière.

Pour lui, la crise actuelle, la pire depuis les années 1930, n’est pas seulement financière et économique, mais aussi sociale, politique et morale. Elle marque surtout un changement de paradigme, celui de la fin de la globalisation. « C’est la première crise globale de la globalisation, dit-il, et je ne suis pas sûr que le pire soit derrière nous » car d’importantes crises restent à venir.

En ce qui concerne la crise financière, Guaino estime qu’on « a frôlé la catastrophe » car la faillite des banques aurait projeté nos économies dans une terrible dépression. La situation reste extrêmement précaire. Si à un moment donné, la Banque centrale européenne (BCE) a dû assurer 100% du refinancement des banques, cette proportion reste très élevée avec 80%.

Une crise financière n’est pas toujours très grave, estime-t-il, à condition que le cœur des banques ne soit pas touché. Malheureusement, ce cœur est aujourd’hui atteint et nous met en face d’une véritable crise de solvabilité globale. La titrisation est au centre du problème. On ne sait pas ce qui reste dans les bilans des banques. Les produits financiers structurés sont tellement opaques et compliqués que bon nombre de banquiers n’ont pas la moindre idée de ce qu’il se passe dans leur propre banque. D’autres affaires Kerviel ont probablement lieu dans d’autres banques sans que les banquiers le sachent. La crise économique provoquée par la crise bancaire ne fait qu’aggraver cette dernière et, si rien n’est fait, le danger d’une dépression reste d’actualité.

Sans triomphalisme, Henri Guaino a ensuite esquissé ce qu’il estime être des expressions du changement de paradigme, celui de la fin de la globalisation. Les choses progressent, mais le chemin sera long.

En ce qui concerne le sommet du G20, il estime que le fait que ce sommet a eu lieu « est déjà un miracle ». D’abord, pour la première fois depuis des années, les chefs d’Etat se sont parlé lors d’un sommet, celui du G20. Lors des sommets précédents du G7 ou du G8, ils ne se parlaient tout simplement pas. Des experts passaient leur temps accrochés au téléphone pour négocier ligne par ligne le communiqué final du sommet. Ensuite, les dirigeants se réunissaient pour parler de choses et d’autres sans aborder les sujets du communiqué publié à la fin du sommet. Les choses ont évolué avec le G20. Paris espérait limiter le sommet à un G14, car se mettre d’accord entre vingt pays est encore plus difficile. Les experts des vingt pays, avec autant de départements du trésor derrière, se sont donc parlés et ont rédigé un communiqué écrit en jargon d’experts. On y parle d’ « entités non coopératives » pour désigner les paradis fiscaux. Cependant, puisque les chefs d’Etats se sont parlés, la possibilité existe de transcender les sujets et de faire progresser le monde.

Autre chose remarquable du sommet : le mot « Keynes » (ici synonyme d’intervention des Etats) est apparu dans la bouche de plusieurs chefs d’Etat. On a aussi pu prononcer le mot « relance » et « relance budgétaire », des concepts qui désormais ne sont plus tabous. Vous n’imaginez pas à quel point l’expression « re-fondation du capitalisme » faisait rire tout le monde il y a encore six mois.

Ce que Sarkozy a affirmé sur la refondation du capitalisme reste vrai : nous ne sommes pas face à la crise du capitalisme, mais devant celle de sa perversion. Le capitalisme, en gros, c’est ce qui a donné à la civilisation occidentale ses moyens d’existence depuis le quatorzième siècle. Faites un voyage à Florence, à Bruges ou à Venise et vous comprendrez ce que je veux dire. Max Weber s’est trompé sur plein de questions, mais il avait raison d’affirmer que toute science économique est fondée sur une conception de l’homme.

Pour Henri Guaino Le « vrai » capitalisme est de nature entrepreneuriale. Il est fondé sur la morale de l’effort, sur la responsabilité de l’individu, sur la propriété privée, l’accumulation du capital et la confiance entre les hommes.

Paradoxalement, on constate que ces valeurs sont totalement à l’opposé du capitalisme financier et spéculatif qui a intronisé « les marchés » comme l’alpha et l’oméga. Le concept des « marchés » qui régulent tout part de l’idée que « tout le monde est responsable ». En réalité, cela veut dire que personne n’est responsable, c’est-à-dire le contraire des valeurs authentiques du capitalisme.

Aujourd’hui, les entreprises sont dans les mains d’entités dont les responsables sont inconnus et qui appartiennent à des fonds inconnus, qui à leur tour appartiennent à des fonds inconnus. Les managers disent à leurs employés : « Vous êtes virés ». Pourquoi ? « C’est le marché, ce n’est pas moi qui décide ». Ils se payent des parachutes dorés en affirmant que c’est le marché qui l’a décidé ! Ils ne spéculent pas avec leur propre argent, mais avec celui des autres. Le sens même de propriété privée a été évacué.

L’autre conséquence de cette « dictature des marchés », c’est l’effacement du facteur temps, encore une autre valeur du capitalisme. Même les Vénitiens ont investi une part conséquente de leurs profits dans une belle architecture ou des productions culturelles léguées au futur. Le trader d’aujourd’hui ne pense qu’à acheter le dernier modèle de Ferrari et à faire construire une piscine dans son jardin.

Les traders n’investissent pas, ils jouent. Nous sommes passés du paradigme de l’entrepreneur à celui du joueur. Le jeu financier globalisé a imposé ses règles sur le reste de l’économie. Quand nous parlons donc d’une refondation du capitalisme, nous ne voulons rien dire d’autre que mettre fin au paradigme du jeu et d’un retour à un capitalisme d’entrepreneur, pour qui le profit n’est pas un bien en soi. Nous avons horreur de ce que certains ont appelé « l’esprit de lucre ».

Maintenant, on pourrait argumenter, comme l’a fait Milton Friedman, que tout marché permet de spéculer. Cela est vrai, sous condition de distinguer « le marché » normal, où la demande s’accorde à l’offre, avec « les marchés » qui sont les marchés financiers.

Aujourd’hui, on vente la liquidité du marché. Je ne parle pas de la liquidité financière, mais de la possibilité de pouvoir tout vendre et tout acheter dans l’instant. Mais cette liquidité est excessive. La titrisation a aggravé ce problème, car l’hyper-liquidité de ce marché à contaminé les autres marchés. La titrisation n’est que du racket organisé. Elle ne profite qu’à ceux qui en vivent. On pourrait d’ailleurs envisager un retour à ce qui s’appelait il y a trente ans le « fixing » et abandonner la cotation continue. Aujourd’hui, je peux acheter une action à 11h et la vendre à 11h01. Qui a besoin d’une cotation continue ? Personne ! Pendant les Trente Glorieuses (1945-1975), la cotation permanente n’existait pas. Cela n’a pas freiné la croissance et le développement. Le « fixing » consistait à fixer deux fois par jour le prix des titres et cela marchait parfaitement bien. Des bulles financières ont toujours existé, mais jamais dans les proportions actuelles. La spéculation est massive. Dans les années 1930, F.D. Roosevelt a introduit la loi Glass-Steagall pour séparer les banques d’affaires des banques commerciales. Il avait ses raisons, après la spéculation folle des années 1920. Il s’agissait de protéger l’économie réelle et les dépôts des gens.

Un programme de réformes plus ambitieux pourra être adopté si la crise s’aggrave. C’est malheureux, mais c’est comme ça. Un bon aspect du G20, c’est la redistribution du pouvoir dans le monde. L’Inde, la Russie, la Chine auront définitivement leur mot à dire dans les affaires du monde. Si jusqu’ici, ces pays ont pu se développer en accaparant des marchés concurrents, la fin de la mondialisation les amènera à booster leur demande intérieure. Le temps est venu de crever la bulle.

Bien que ses propos expriment clairement une certaine volonté d’aller de l’avant, l’illusion dangereuse persiste qu’on a largement le temps de préparer la suite.

Pour creuser le sujet : le portail du protectionnisme

Voir les 5 commentaires

  • vasionensis • 06/12/2008 - 11:18

    Les gens ’convenables’ ont enfin compris les méfaits de la "fortune anonyme et vagabonde", selon la formule employée par les pestiférés de la politique.

    Et comme tout drame laisse la porte ouverte à l’ironie, vous remarquerez que les commentateurs ne se privent pas de dénoncer comme ’fascistes’ ceux qui ont profité du système et qui en attendent le sauvetage, après avoir qualifié de fascistes (réactionnaires, antisémites, rétrogades, tout fait flêche) les opposants au libéralisme et à la mondialisation, au nom des intérêts nationaux.

    Répondre à ce message

  • LARDOUX Bruno • 23/11/2008 - 00:34

    La titrisation est pire qu’un racket : c’est du vol ! On assoit des actifs sains au dos d’actifs pourris. Quand je parle d’actifs sains, je parle d’actifs liés à l’économie réelle. Quand je parle d’actifs pourris, je parle de ces choses que jamais on ne peut relier à une quelconque activité humaine. M. Paulson a émis un plan de 700 milliards de dollars sur le dos des américains, pour racheter les actifs pourris. Faute de la mise en place d’une structure efficace d’audit des banques, qui permettrait de faire la distinction entre actifs sains et actifs pourris, il semble qu’il ne veuille plus l’utiliser à court terme (annonce d’ailleurs faite après le G20). Mais, Dieu, pourquoi ne l’utilise t-il pas pour sauver l’industrie américaine, comme le demande Barack Obama pour la filière automobile ?

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  • Quintus • 20/11/2008 - 18:47

    Pourquoi pécher 100 tonnes de poissons si nous en avons besoin de 10.Pourquoi abattre 30 000m3 de bois des forêts tropicales si nous en avons besoin de 10 000m3.Pourquoi construire 10000 voitures/heure dans le monde si nous en avons besoins de 300/h... et tout à l’avenant.Voyez l’état de la planète et de ceux qui y vivent.Sommes nous plus heureux pour autant ?
    Qui s’engraisse et accumule des dollars sur le dos de tous le monde et de la nature.Toujours les mêmes.
    Croitre, croître croître il n’y à que ce mot à la bouche de ceux qui font l’actualité.
    Vous devez savoir comment se manie un boomerang et son effet ? Il fini toujours nous retourner dans la gueule.

    MODERATION : Merci pour ce commentaire très constructif...évitons les lieux communs et le fatalisme pour que les commentaires puissent apporter un plus de vie au site, qui est je le rappelle, celui d’un parti politique actif et militant. Merci à tous.

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  • bob38 • 19/11/2008 - 23:50

    qui a mis en place ce système financier ?
    qui souhaitait les crédits hypothécaires ?
    qui souhaite laisser dans l’ombre ou le flou absolu le suivi des transactions mondiales dans des boîtes comme Clearstream ?
    qui continue de s’en mettre plein les poches par des délis d’initiés ?
    qui fait semblant (article du Canard d’hier) de lutter contre les paradis fiscaux ?
    Merci de m’éclairer, je ne vois vraiment aucune réponse à ces questions... à moins qu’on se foute de nous et que nous soyons dirigés par des truands ce que je ne peux imaginer...

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  • Paul • 19/11/2008 - 18:16

    tissu de conneries...
    le fixing a été abandonné car il entrainait trop de manipulations dans le prix de fixing.

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