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James K. Galbraith : comment surmonter une crise hors norme

La rédaction
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Formé au King’s College de Cambridge, diplômé de Harvard et de Yale, James K. Galbraith est un économiste renommé. Il a occupé des postes de responsabilité auprès du Congrès américain, notamment en tant que directeur exécutif du Joint Economic Committee. Son père, John Kenneth Galbraith, ancien ambassadeur et conseiller du président John F. Kennedy, fut également une grande figure de la pensée économique et un des chefs de l’école institutionnelle américaine. Il fut parmi les premiers et les plus fervents opposants à la guerre du Vietnam.


Une crise hors norme
par James K. Galbraith

Extraits d’un article paru dans le Washington Monthly de mars 2009.

Les chiffres indiquent les citations auxquelles LaRouche a fait référence au cours de sa conférence du 21 mars 2009

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La présidence de Barack Obama a débuté dans une atmosphère d’espoir et de bonne volonté, mais le véritable test sera son succès ou son échec en économie. Le Président et son équipe diagnostiquent-ils correctement le problème ? Ont-ils agi avec suffisamment d’imagination et de vigueur ? Ont-ils su non seulement l’emporter sur les obstacles politiques, mais aussi sur les procédures et les habitudes de pensée auxquels les cercles dirigeants de Washington sont accoutumés ?

Le Président a un programme économique. Mais il n’y a, jusqu’à présent, aucune manifestation claire de la pensée qui le sous-tend, et cela pourrait être encore le cas jusqu’à la parution du premier rapport du nouveau Conseil économique (CEA), l’an prochain. Nous en sommes donc réduits à nous appuyer sur ce que nous savons des économistes de l’équipe : le président du Conseil national économique, Lawrence Summers, la présidente du CEA, Christina Romer, le directeur du Budget, Peter Orszag, et leur responsable en titre, le secrétaire au Trésor Timothy Geithner. C’est manifestement une équipe capable et très unie, agissant avec énergie et volonté.

(1) Les carences de leur programme ne peuvent donc pas être imputées à l’incompétence. Au contraire, si des lacunes existent, elles proviennent probablement de leurs expériences et convictions partagées. Bref, elle proviennent des limitations de leurs concepts.

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(2) La conviction profonde des économistes contemporains, c’est que l’économie est un système capable de s’auto-stabiliser. Ce qui signifie que, même si rien n’est fait, le niveau d’emploi et de production reviendra à la normale un jour. Pratiquement tous les économistes modernes partagent cette idée, parfois sans même y prêter attention.

La différence entre les conservateurs et les libéraux porte sur la question de savoir si les politiques du gouvernement peuvent utilement accélérer le processus. Les conservateurs affirment que non, les libéraux répondent oui, et sur ce point, les économistes d’Obama sont à gauche. D’où la priorité qu’ils ont donnée, dès les premiers jours, à la relance. Mais ont-ils correctement évalué l’ampleur de la crise ? Le plan est-il assez important ? Les politiques se basent sur des modèles. Lors d’une crise, les projets de dépenses budgétaires dépendent des prévisions sur la gravité et la durée de la crise si aucune action n’est entreprise. Les programmes ne seront donc correctement dimensionnés que si ces prévisions sont exactes. Et les prévisions dépendent des convictions sous-jacentes.

(3) Si la capacité de redémarrage n’est pas inscrite dans les gènes du système, alors les prévisions seront trop optimistes, et la relance calibrée en fonction d’elles sera insuffisante.

Considérons le scénario de base des prévisions économiques publiées par le Congressional Budget Office, l’organisme public sur lequel s’appuient les législateurs pour évaluer la situation de l’économie et préparer leurs projets de budget. Dans ses premières prévisions de janvier, le CBO a effectué des mesures et réalisé des prévisions sur la différence entre l’activité économique observée et l’activité « normale », que l’on nomme écart de production du PIB. Ces prévisions présentent deux caractéristiques étonnantes.

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(4) Tout d’abord, le CBO ne s’attendait pas à ce que la récession actuelle soit pire que celle de 1981-82, la plus forte récession d’après-guerre aux Etats-Unis. Deuxièmement, le CBO comptait sur un redémarrage débutant à la fin de cette année, avec un retour à la normale aux alentours de 2015, et ce même en l’absence d’intervention du Congrès.

Ayant cette prévision en tête, les législateurs ont voté une relance qui injecte chaque année, sur deux ans, un peu moins de 2% du PIB en dépenses nouvelles, auxquels s’ajoutent certaines réductions d’impôt, pour un écart de production du PIB estimé en moyenne à 6% sur trois ans. Il n’est pas nécessaire que le volume de la relance comble l’ensemble du déficit de production, car le CBO s’attend à un « effet multiplicateur », c’est-à-dire que la première phase de dépenses, par exemple pour les ponts et les routes, sera suivie d’un « deuxième tour » sous forme de dépenses effectuées par les salariés de la sidérurgie et des travaux publics. Le CBO estime qu’en raison de l’effet multiplicateur, deux dollars de nouvelles dépenses publiques produisent environ trois dollars de production supplémentaire. Au bout de deux ans, la croissance devrait s’être solidement réinstallée et le Congrès aura alors accompli son travail. (…)

Comment le CBO est-il arrivé à cette conclusion ?

(5) Fondamentalement, le modèle du CBO est basé sur l’expérience de l’après-guerre, et de tels modèles ne peuvent prévoir des situations plus graves que celles qui ont déjà été observées. Si nous sommes confrontés à un ralentissement pire que celui de 1982, nos ordinateurs ne nous le diront pas et nous allons être surpris. Et si cette crise est destinée à durer, les ordinateurs ne nous le dirons pas non plus. Au coeur du modèle du CBO, on trouve un « taux naturel de chômage » de 4,8%. Et ce modèle ramène dans tous les cas l’économie vers cette valeur, quoi qu’il arrive. Dans le monde réel, toutefois, il n’y a aucune raison de croire que cela se produira. Certaines prévisions alternatives, indemnes de la mystique du retour à la « normale », prévoient désormais un écart de production deux fois plus grand que ce que prédit le modèle du CBO, et aucun redémarrage à court terme.

Des considérations de calendrier ont également influencé le choix des projets. La loi de finances a privilégié les travaux que l’on pouvait démarrer immédiatement, tels la rénovation des écoles et la réparation des routes, et écarté ceux qui nécessitent d’importantes et longues planifications, comme les transports urbains.(…)

Trois autres considérations ont limité le plan. Pour commencer, il y avait le désir d’un consensus politique : le Président Obama a voulu inaugurer son mandat par un texte qui puisse rallier un soutien bipartisan et être adopté par une forte majorité. Deuxièmement, la nouvelle équipe a cherché un autre type de consensus. Christina Rommer a « sondé » un groupe d’économistes des deux parties, et selon Larry Summers à Meet the Press, le plan final reflétait un « équilibre » entre leurs opinions.

(6) Cette procédure garantit un résultat se situant à peu près au point médian des opinions dans la profession. La méthode serait utile si les erreurs commises par les économistes n’étaient pas systématiques. Mais elles le sont. Les économistes constituent un groupe prudent et dans toute situation extrême, le point médian des opinions professionnelles sera forcément erroné.

Troisièmement, (7) le plan initial était marqué par le désir de la nouvelle équipe d’en finir avec cette crise et de revenir aux problèmes connus de leur vie passée. Pour ces protégés de Robert Rubin, dont plusieurs sont des vétérans de son « Hamilton Project », un parti pris décisif concerne le déficit budgétaire et ce qu’ils appellent le « problème des droits sociaux ». Dans le jargon de Washington, cela veut dire réduire les pensions-retraites et l’assurance maladie, ouvrir de nouveaux marchés pour les fonds et les assurances privées, le tout derrière une vague de charabia budgétaire à propos de « déficits à long terme » et de « passifs non financés ». A cela, notre Président n’est pas imperméable. (...)

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[James Galbraith rappelle ensuite les crises du crédit de 1981, puis de 1994, où le système a pu se rétablir pratiquement sans l’intervention des pouvoirs publics, contrairement à aujourd’hui.]

Pour la première fois depuis les années 1930, des millions de foyers américains sont ruinés. (…)

En outre, certaines des plus grandes banques sont en faillite, ou proches de l’être. (…) Seule une politique obstinée consistant à refuser d’admettre cette réalité a préservé les banques de la mise sous contrôle par l’autorité de régulation, la Federal Deposit Insurance Corporation - ce que la FDIC a le pouvoir de faire, comme ce fut le cas l’année dernière en Californie avec la banque IndyMac. Le plan Geithner pour le système bancaire aurait pour effet de prolonger cet état de déni. Il prévoit que le gouvernement garantisse les actifs douteux, le maintien en place des directions actuelles, et tente d’attirer de nouveaux capitaux privés. (…)

L’idée de ce plan, c’est que l’on peut remettre sur pied les banques par une approche procédant du haut vers le bas, en ranimant le marché de ces titres douteux. Si cette idée peut sembler familière, c’est qu’elle l’est effectivement : Henry Paulson avait également soutenu une telle solution, au point de gagner l’approbation du Congrès. Mais il a ensuite abandonné cette idée. Pourquoi ? Parce qu’il avait compris qu’elle ne pouvait pas fonctionner.

Le scénario le plus probable, si le plan Geithner est adopté, serait une combinaison d’actes de pillage, de fraude, et un regain de spéculation dans les marchés volatiles de matières premières, comme celui du pétrole. En fin de compte les pertes incomberont de toute façon au public, puisque les dépôts sont en grande partie assurés. Il n’y a aucune chance que les banques reprennent l’activité des prêts à long terme. À qui prêteraient-elles ? Pour quoi faire ? Contre quelles garanties ? Et si les banques sont recapitalisées sans transformer leur mode de gestion, pourquoi devrions-nous nous attendre à ce qu’elles changent de comportement, abandonnant celui qui avait causé auparavant leur faillite ?

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(8) Le plus étrange dans le plan Geithner, c’est son incapacité à agir comme si la crise financière était une véritable crise - posant une menace économique multiple à long terme - et non seulement deux problèmes ; certes liés, mais temporaires, l’un dans le secteur bancaire et l’autre concernant l’emploi. (…)

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(9) En résumé, si nous assistons à un véritable effondrement de la finance, les modèles ne serviront à rien. Il est donc utile de revenir en arrière, en deçà des années d’après-guerre, pour remonter jusqu’à l’expérience de la Grande Dépression.

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(10) Ces derniers mois ont vu se dérouler de nombreux débats sur les effets économiques du New Deal, et la répétition fréquente de ce lieu commun affirmant que l’effort fourni avait été trop réduit pour mettre fin à la Grande Dépression, ce qui n’aurait été accompli, nous dit-on, que par la Seconde Guerre mondiale. Une nouvelle étude de l’économiste Marshall Auerback apporte une correction utile sur ce dossier. Auerback illustre clairement la façon dont les objectifs de Roosevelt dépassaient tout ce qu’on a pu voir jusqu’alors dans cette crise :

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« Le gouvernement [Roosevelt] mit au travail environ 60% des chômeurs dans des travaux publics et des projets d’aménagement du territoire, qui plantèrent un milliard d’arbres, sauvèrent la grue blanche, modernisèrent l’Amérique et réalisèrent des projets aussi divers que la « cathédrale de l’apprentissage » à Pittsburgh, le capitole du Montana, le Lincoln Tunnel et le Triborough Bridge de New York, la Tennessee Valley Authority et les porte-avions Enterprise et Yorktown. Il fit construire ou rénover 2500 hôpitaux, 450000 écoles, 13000 parcs et parcs de loisirs, 7800 ponts, un million de kilomètres de routes et un millier d’aérodromes. Il employa 50000 enseignants, fit reconstruire tout le système scolaire rural et embaucha 3000 écrivains, musiciens, sculpteurs et peintres. » (…)

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