Solidarité & progrès est un parti politique qui milite pour la paix par le développement économique mondial, contre le féodalisme financier et les idéologies du sol, du sang et de la race. Les informations que nous diffusons visent à vous faire joindre notre combat en le faisant devenir aussi le vôtre.

La campagne
présidentielle
Cheminade 2017
Flash : 2 décembre - La République se rappelle qu’elle a besoin de savants ! Lire Flash : 2 décembre - Sur le renoncement de François Hollande Lire Flash : 2 décembre - François Fillon veut six fois moins de communes et zéro départements Lire
Accueil Actualité
Revue de livre

Jusqu’ici tout va bien !

La rédaction
visites
1395

JPEG - 3.3 ko


Jusqu’ici tout va bien !
par Eric Verhaeghe
Editions Jacob-Duvernet
190 pages
19,90 euros


Depuis un certain temps déjà des fissures apparaissent dans l’édifice, jalousement gardé, de cette finance prédatrice qui tente d’assujettir le monde. L’ouvrage d’Eric Verhaeghe, Jusqu’ici tout va bien ! en est un exemple. Il a en commun avec le rapport Angelides – bien qu’à une échelle et dans un contexte très différents – une volonté de s’adresser aux citoyens de son pays en leur dévoilant les rouages d’une fraude monumentale dont ils sont les victimes et, surtout, de créer les conditions où une déroute complète de nos démocraties et de notre société puisse encore être évitée.

La réflexion d’Eric Verhaeghe est d’autant plus intéressante qu’il est un homme de deux mondes, de deux classes sociales : celle dont il vient, le monde ouvrier où son père était maçon, et celle où ses études l’ont porté, le monde de l’entreprise et du patronat où il a été amené à entrer au Medef, à la présidence de l’Apec (Association paritaire pour l’emploi des cadres) et à siéger dans des conseils d’administration prestigieux (Unedic, Pôle-Emploi, CNAV, AGIRC-ARRCO, etc.).

Cette réussite, c’est aussi celle de l’éducation publique qui offrait à tous, selon son mérite, l’accès à l’instruction. Comme il le reconnaît lui-même, il fait partie des dernières fournées où l’ascenseur social était possible : « Je venais de nulle part, mais je fus accepté dans ce saint des saints républicains [lycée Henri IV]. Un quart de siècle plus tard, la probabilité que je sois admis – pire : la probabilité que je m’autorise l’audace d’y être candidat – serait beaucoup plus faible. »

Judicieusement, l’auteur revient sur les axiomes sous-jacents au système ultra-libéral. Il s’agit de théories économiques contradictoires : tout d’abord, les théories d’Adam Smith (1723-1790) et de Bernard Mandeville (1670-1733), qui affirment que les acteurs économiques sont guidés par des considérations, en réalité, irrationnelles. Dans un deuxième temps, en particulier à partir de la crise des années 1970, s’impose la théorie de Léon Walras (1834-1910), « selon laquelle le meilleur ordre social est celui où seules sont à l’œuvre l’offre et la demande, sans intervention de l’Etat ». « Il s’agit d’une modélisation logique et mathématique du marché à partir de la représentation de l’homme comme agent rationnel. »

Eric Verhaeghe touche là un point fondamental, puisque cette théorie a donné une caution scientifique à l’économie et a offert « un prétexte intellectuel pour réformer nos sociétés en profondeur, avec la conviction bien ancrée, pour ceux qui défendent cette réforme, qu’elle ouvre la voie à un ordre prospère et scientifiquement infaillible ».

On peut évidemment se demander comment cette double imposture (Smith/Mandeville et Walras) a pu prospérer et devenir hégémonique dans la pensée économique contemporaine ; il n’en reste pas moins que, érigée en véritable dogme que rien ni personne ne saurait remettre en cause, elle est à l’origine de bouleversements en profondeur visant à créer une « concurrence parfaite » répondant aux préceptes clefs de Walras : atomisation et ouverture complètes des marchés, parfaite mobilité des facteurs de production (c’est-à-dire libre circulation des biens et des personnes entre pays producteurs).

On reconnaît là le vocabulaire abondamment utilisé par l’Organisation mondiale du commerce et tous les relais de la finance pour justifier et, finalement, imposer – par exemple au niveau de la construction européenne – la casse d’entreprises d’Etat, la casse des services publics et les abandons de souveraineté au profit d’une féodalité de l’argent.

Si encore, les tenants de ces théories allaient au bout de leurs convictions et jouaient le jeu qu’ils entendent imposer aux autres, on pourrait toujours se dire que l’enjeu serait de les amener à remettre les pieds sur terre, mais la réalité que décrit Eric Verhaeghe pour l’avoir vécue de l’intérieur, est tout autre.

L’exemple de la publicité est des plus parlants puisqu’il consiste à dépenser beaucoup d’argent pour peser sur la « rationalité » des agents économiques que sont censés être les citoyens et les amener à consommer en toute irrationalité des produits qui ne répondent pas à leurs besoins mais qu’ils achètent par instinct grégaire, pour se conformer à des effets de mode induits, ou pour nourrir toutes sortes de fantasmes entretenus complaisamment par les médias.

Les chiffres donnent le vertige : les 500 milliards de dollars de chiffre d’affaire annuel de la publicité représentent 1% du PIB mondial. Si l’on admet le rôle essentiel des médias pour soutenir les effets de mode liés à la consommation, selon la définition qu’en a donnée M. Patrick le Lay, PDG de TF1 , (« pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible »), ce sont alors les 2000 milliards de dollars d’activité des médias qu’il faut ajouter soit, en tout, 2500 milliards (soit 5 % du PIB mondial), pour formater nos esprits à l’idéologie de la consommation, c’est-à-dire autant que ce qui est consenti pour l’éducation des citoyens.

Dans le vert paradis du capitalisme de marché, le citoyen est supposé participer par son travail mais aussi, implicitement, par la consommation à l’avènement de la croissance. Encore faut-il s’entendre sur ce que l’on appelle croissance, bien souvent confondue avec croissance du PIB. Or, ce PIB qui n’est qu’une convention comptable ne nous dit rien « sur le "bien-être" de la société, alors que, dans l’esprit public, il existe souvent une confusion entre les deux notions ». Eric Verhaeghe souligne que les cas de figure où la croissance du PIB se nourrit de dépenses contraires au bien d’un peuple sont très nombreux et, en se basant sur le rapport Stiglitz, rappelle que la croissance du PIB ignore les biens fournis gratuitement par les services publics : « Par exemple, lorsqu’un enseignant transmet un savoir à un élève d’une école publique, ce bien n’est pas intégré à la croissance, parce qu’il n’est pas marchand. En revanche, il serait dispensé par une école privée payante, il serait alors intégré au calcul. En ce sens, le PIB surestime systématiquement la croissance des pays où l’Etat est réduit à la portion congrue et où le marché est omniprésent. Il occulte une part importante de la croissance des pays, comme la France, où l’Etat continue à jouer un rôle collectif important. »

Cette précision est de taille, car la mise en concurrence de tel pays par rapport à tel autre est un argument utilisé couramment pour forcer les citoyens des pays qui ne seraient pas dans les clous monétaristes à accepter des réformes et des baisses de salaires souhaitées par les féodaux de l’argent.

A cet égard, Eric Verhaeghe démonte les différents mécanismes qui, à tous les niveaux, dépossèdent les plus démunis et les classes moyennes au profit des plus riches. Ainsi, au travers des mesures destinées à réduire les charges des entreprises (notamment celles où les entreprises contribuent à l’effort de solidarité), c’est en fait le contribuable des classes moyennes qui se substitue à ces entreprises pour assumer l’essentiel de la solidarité vis-à-vis des plus pauvres, alors que ce même contribuable est celui à qui, au nom de la sacro-sainte rationalité économique, l’on demande d’accepter des baisses de salaires, en brandissant l’épouvantail des délocalisations. Un Etat complice de la finance peut ainsi opposer les classes moyennes aux plus pauvres, les premières devenant les victimes du transfert des aides sociales et les secondes de leur réduction plus ou moins progressive, au profit des plus riches à la fois moins imposés et moins mis à contribution.

Là encore, la vulgate claironnée depuis plusieurs décennies est que l’esprit d’entreprise et le goût du risque doivent recevoir leur juste rémunération. Ce que montre toutefois un examen attentif des investissements des hauts revenus est un goût du risque des plus modérés et une stratégie financière des plus conservatrices qui, sur la base d’une rente de situation et de stratégies de réseaux, souvent familiaux comme dans le cas de la famille Mulliez, bâtissent une véritable forteresse financière et finissent par se retrancher derrière ses murs.

Le credo tacite des strates privilégiées se résume à une idée des plus simples : mutualiser les pertes et privatiser les profits, ce qui d’ores et déjà a conduit à l’apparition d’une nouvelle classe de miséreux alors qu’une fraction infime de la population, entre 0,5 % et 1 %, soit entre 300 000 et 600 000 personnes, a très fortement augmenté ses revenus et concentre une partie de plus en plus importante de la richesse nationale.

Dans ce festin financier auquel seule est conviée une petite élite, c’est à qui sera le plus âpre au gain et le plus avaricieux. Il est pourtant des plus édifiants de voir comment de hauts fonctionnaires, en particulier issus du corps prestigieux de l’Inspection générale des finances, ont joué un rôle central contre cet Etat même qui leur avait permis d’accéder à ces fonctions. Nombre d’entre eux avaient été à la tête d’entreprises publiques avant que celles-ci ne soient privatisées. Une fois à la tête de ces entreprises dorénavant privées, ces anciens hauts-fonctionnaires ont montré le zèle des nouveaux convertis pour la religion qu’ils venaient d’embrasser en se montrant les plus enragés à dénoncer les insuffisances de l’Etat en général, et dans le domaine économique en particulier.

S’est ainsi constituée une nouvelle « aristocratie » entretenant les liens incestueux que l’on sait avec le monde politique. Plus grave, Eric Verhaeghe montre comment une élite qui est incapable de voir autre chose que ses intérêts à court terme s’est littéralement appropriée l’Etat : « Il [l’Etat] est un outil de domination entre les mains de l’aristocratie, qui concourt plus particulièrement à dissuader le citoyen de se révolter, au besoin par le recours à la force. »

Devant ce constat, nous reviennent en mémoire les mots de Marc Bloch dans L’étrange défaite (folio histoire, p.193) : « Une démocratie tombe en faiblesse, pour le plus grand mal des intérêts communs, si ses hauts fonctionnaires, formés à la mépriser et, par nécessité de fortune, issus des classes mêmes dont elle a prétendu abolir l’empire, ne la servent qu’à contrecoeur. »

Prescience de la similarité de l’histoire ? Eric Verhaeghe nous dit (p.11) : « Tout cela avait un goût de 10 mai 1940. De ces moments où les généraux demandent à la troupe de se sacrifier pour protéger leur fuite, alors même qu’ils sont les seuls responsables de la défaite. Car, soyons bien clairs, la seule cause de la crise de 2008 tient à l’irresponsabilité des élites financières. »

Odile Mojon
Contactez-nous !