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L’échec patent du système chilien de pensions-retraites privées

La rédaction
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Bien que le président Bush s’en défende, la privatisation et le pillage en règle de la caisse de retraites américaine (Social Security Trust Fund) seront une priorité du deuxième gouvernement Bush-Cheney. Et le modèle retenu pourrait très bien être celui adopté par le Chili de Pinochet, en dépit de son échec avéré. Lorsque Bush était au Chili pour le Forum économique Asie-Pacifique de l’APEC, du 19 au 21 novembre, il a qualifié ce modèle de « grand exemple ».

L’architecte de la privatisation du système chilien de retraites est Jose Pinera, actuel co-président du « Projet des Choix de retraites » au néo-conservateur Cato Institute de Washington et directeur du Centre international pour la réforme des retraites, entité qu’il a créée à Santiago afin de promouvoir son modèle à l’échelle internationale. Lorsque Pinera était ministre chilien du Travail (1978-80), il a aboli le salaire minimum. Un an plus tard, la dictature du général Augusto Pinochet privatisait les caisses de retraite.

En 1998, la Century Foundation de New York a publié une étude sur le système chilien de retraites, répartie sur deux périodes : de 1981 à 1991 et de 1991 à 1998. On y constate que « pendant plus d’une décennie, la rémunération des comptes AFP (fonds de pension privés) paraissait spectaculaire. » Cependant, pour financer la transition du système traditionnel au système privatisé, le gouvernement a vendu une partie du patrimoine national (les entreprises publiques) à des requins financiers, tout en puisant dans les recettes de l’Etat.

Entre 1985 et 1991, selon cette étude, les taux d’intérêt au Chili étaient élevés et les fonds AFP, investis surtout dans des obligations gouvernementales à forte rémunération, étaient rentables. Entre 1989 et 1991, les AFP généraient en moyenne un profit de 35%. C’est ce chiffre qui est cité par les défenseurs de la privatisation. Cependant, « l’économie chilienne s’est ralentie par la suite et les profits des comptes de retraite personnels ont diminué en conséquence. En 1994, plus de la moitié des AFP ont accusé des pertes. En 1995, le profit moyen est tombé sous la barre de 2,5% pour se situer à 1,8% [de 1995 à 1998]. Depuis 1995, le montant en dollars des pensions-retraites réellement versé a également baissé . »

En fait, les allocations de retraites sont tombées en-dessous du niveau de pauvreté. Ceux qui avaient perdu leur pension ou ne percevaient plus qu’une allocation réduite devaient compter sur le « filet de sécurité » chilien. Or « le seul filet de sécurité pour les démunis est une pension minimale qui suffit à peine à l’achat d’un pain et d’une tasse de café par jour. Et même ce programme austère est limité à 300 000 bénéficiaires, ce qui fait que des milliers de citoyens pauvres en sont exclus . »

En janvier 2004, le Centre du développement national alternatif (CENDA) a publié un rapport intitulé Chili : base d’une réforme du système de pensions-retraites. Pour les auteurs, les AFP sont « l’industrie la mieux protégée de l’histoire chilienne : (...) Ils ont pris tout l’argent, laissant à l’Etat le soin de verser les pensions ».

Selon un autre rapport (Chili : vingt années de plans libéraux de protection sociale), publié en mai 2002 par le Fonds de développement des Nations unies, en collaboration avec des experts chiliens, les AFP enregistraient un taux de profit moyen de 33,8% en 2001 et de 50,1% l’année suivante, dans des conditions de récession économique. Or on estime qu’entre 50 et 60% des citoyens souscrivant à ce plan ne recevront même pas la pension minimale garantie par l’Etat (quelque 110 dollars par mois) le moment venu, car pour pouvoir en bénéficier, il faut avoir effectué 240 versements mensuels à un compte individuel sur une période de vingt ans.

Aujourd’hui, au moins 3,3 millions de personnes n’atteindront pas ce seuil et selon les estimations du CENDA, la majorité des adhérents ne font que deux ou trois versements mensuels par an ! Pour alléger la cotisation obligatoire fixée à 12% du revenu, ils déclarent un salaire inférieur. Au moment de prendre leur retraite, ils pourront alors retirer les sommes qu’ils auront versées sur leur compte individuel, mais ce ne sera en aucun cas suffisant pour vivre. Comme ils n’auront plus droit à la pension minimum de l’Etat, ils pourront alors demander l’aide sociale qui se monte à quelque 35 dollars par mois...

En fin de compte, c’est l’Etat qui fait les frais du système des AFP. Le gouvernement actuel de Ricardo Lagos alloue 7% du PIB, soit 5,5 milliards de dollars, aux allocations-retraites - plus que les budgets de la santé et de l’éducation confondus. Le CENDA en conclut que le système de retraites privatisé n’est même pas privé, mais « mixte », l’Etat devant sans cesse accroître ses subventions, tandis que les fonds privés encaissent les profits. Son étude note au passage qu’au moins vingt-quatre anciens membres du cabinet Pinochet, devenus directeurs de fonds de retraites privés, en ont bien profité.

Le système chilien est un tel désastre qu’un rapport de la Banque mondiale, paru en octobre 2004, en appelle à son « élimination graduelle ». Le système public de caisses de retraites devrait être « restitué », selon ce rapport, afin de fournir une couverture à ceux qui ont été « marginalisés » par le système actuel. Les auteurs admettent l’échec du modèle : les adhérents ne reçoivent pas les pensions promises et la pauvreté a énormément augmenté. Les AFP imposent des « commissions excessives » pour leurs services et le petit groupe de banques et de compagnies d’assurance propriétaires des fonds est devenu un « oligopole » régnant sur un marché captif.

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