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L’outrage fait à nos prisonniers

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La situation des prisons françaises est scandaleuse. Tout le monde le sait, beaucoup le disent et rien ne change. Chez nous, être mis en prison, ce n’est pas seulement être privé de sa liberté dans un lieu déplaisant, c’est risquer la violence des autres, le vol, le viol, les soins tardifs, voire manquants, quand ce n’est pas la mort dans des conditions que les autorités s’efforcent peu d’élucider. Le mépris vis-à-vis du prisonnier, que l’on parque sans égards dans ce lieu à risques, est un signe qui condamne en amont toute notre société. Le souci d’isoler l’individu comme une bête l’emporte en effet sur toute idée de réinsertion ou de rédemption. Se féliciter d’avoir banni la peine de mort perd, dans ces conditions, tout sens, puisqu’on détruit plus ou moins vite ce qu’il y a d’humain dans ceux qu’on enferme, condamnés ou prévenus.

Construire des prisons nouvelles pour faire face à la « surpopulation carcérale » ne change rien à la nature du scandale. Ces prisons - comme celle de Rémiré-Montjoly, en Guyane - restent inspirées par un modèle purement sécuritaire, dans lequel les contacts entre détenus et surveillants sont réduits au maximum grâce aux techniques modernes de surveillance. C’est d’état d’esprit qu’il faut changer. Emprisonner doit être considéré, dès le départ, comme un pis aller, la sanction d’un échec social. Le temps carcéral ne doit donc plus être un temps gâché s’ajoutant au gâchis d’une vie, mais un temps qui permette effectivement au prisonnier de construire ou reconstruire un autre projet de vie dans la société. La question est simple : comment rendre à la société un individu en meilleur état que lorsqu’il est entré en prison.

Il est beaucoup de choses qui pourraient être faites tout de suite, sans trop de moyens. Des choses simples, exprimant le respect pour la dignité de l’autre.

Qui doit aller en prison ?

Tout d’abord, si la prison doit servir à écarter, pour un temps, les gens dangereux pour la société, il ne devrait s’agir que de ceux-là, et d’eux seuls. C’est dire que les sans papiers (30% des étrangers incarcérés à La Santé) et les toxicomanes détenus pour simple usage n’ont rien à y faire (surtout si la drogue circule dans les cellules). Il y a aussi des psychopathes qui devraient être placés en hôpital psychiatrique, et des personnes âgées (au-delà de 70 ans) dans des centres spéciaux. C’est dire qu’il faudrait, à l’extérieur, des structures d’accueil suffisantes : nous découvrons ainsi que la logique de la prison est en elle-même une logique fausse ; ce qui la définit devrait être ce qui s’est passé avant et se passera après.

Les prévenus (20 143 pour 37 701 condamnés) sont également trop nombreux. Dans de nombreux cas, des choix alternatifs devraient être rapidement faits, allant de la semi-liberté au bracelet électronique. En ce qui concerne les « petits délits », on doit les sanctionner plus systématiquement qu’aujourd’hui, mais en prévoyant - sauf pour les récidivistes systématiques - la réparation pénale et les travaux d’intérêt général, à condition qu’ils soient réellement effectués et sévèrement contrôlés. Cela permettrait de mettre fin à la situation paradoxale où les maisons d’arrêt, dans lesquelles les prévenus et les condamnés à moins d’un an sont incarcérés, sont les plus surpeuplées (120 % de taux d’occupation) et deviennent des lieux criminogènes. L’on a ainsi calculé qu’une fois que l’institution carcérale sera déchargée des gens qui ne devraient pas s’y trouver, on disposera d’environ 44 000 places individuelles et de 20 000 surveillants, avec à peu près autant de places que de détenus et approximativement deux détenus par surveillant. Ces derniers pourront alors réellement travailler avec des gens qui ne seront plus désespérés et sans avenir, pourvu que les conditions d’une bonne réinsertion soient remplies.

Réinsérer

Dans la prison, un minimum de respect devrait enfin être assuré. La base de conditions de détention dignes, c’est une place en prison, un détenu par cellule, sauf pour ceux qui en décideraient autrement. On a vu ci-dessus que c’est possible très vite, si l’on y met la volonté. Le minimum de traitement humain, c’est des toilettes isolées par une cloison, des repas arrivant chauds dans les cellules, une douche quotidienne - si possible individuelle - à l’eau chaude, avec du savon et des serviettes propres. C’est une réelle détermination de porter, à l’intérieur des lieux de détention, un coup d’arrêt au trafic de drogue comme aux agissements des caïds. Les jeunes, en situation de détresse et de faiblesse, doivent être à la fois protégés contre eux-mêmes et contre tous les abus, sexuels ou autres, des adultes. Les murs doivent être repeints, les canalisations réparées quand elles sont bouchées. Il faut en même temps faire évoluer le droit du travail chez les détenus. Ce n’est pas normal qu’un patron puisse fermer son entreprise et la réimplanter en prison, à l’américaine, parce que la main-d’ouvre y est moins payée et les charges sociales plus légères. Tout détenu travaillant en prison devrait voir sa rémunération se rapprocher progressivement mais rapidement du SMIC. Des unités d’accueil pour reconstituer le milieu familial devraient en outre être systématiquement prévues dans chaque maison d’arrêt. Pour contrôler l’évolution des choses, l’instance indépendante prévue, chargée d’effectuer des visites impromptues et de recueillir les doléances des prisonniers et du personnel, devrait être rapidement mise en place, en liaison avec la future Commission nationale de déontologie de la sécurité, chargée de veiller au respect des droits de l’homme dans les services de sécurité.

Une justice plus rapide et plus juste.

Souvent, à juste titre, ceux qui sont emprisonnés se plaignent autant que les victimes d’une justice mal rendue et arrivant toujours trop tard. Le mépris, pour eux, commence par les juges. Il faut reconnaître qu’ils ont raison.

Comment changer les choses ?

En réaffirmant d’abord, une bonne fois pour toutes, que les juges doivent respecter prévenus et victimes, et non répandre leurs frustrations dans le prétoire. Ils doivent être sanctionnés lorsque leur comportement dépasse les bornes admises, ce qui, hélas, se produit parfois, jetant alors le discrédit sur la loi. Le juge, doit-on rappeler, n’est pas là pour instaurer la justice, mais pour appliquer la loi. C’est à la loi, et donc à nos élus, de mieux encadrer le travail du juge, pour éviter que le même crime soit puni différemment selon la juridiction ou que les forts fassent appel à l’abus des procédures contre les faibles. En même temps, le droit de propriété ne doit pas être mieux protégé que la dignité et l’intégrité de la personne, surtout lorsque cette dernière est sans pouvoir.

Quand des erreurs judiciaires graves détruisent des vies, l’Etat ne doit plus pouvoir s’exonérer de ses responsabilités par des indemnités ridicules. Il faut que celles-ci soient suffisamment importantes pour indemniser la souffrance et appeler l’attention sur ceux qui se sont trompés.

Le plus urgent est sans doute d’accélérer le traitement des dossiers. Pour diviser par trois les délais, ce qui paraît le minimum souhaitable, il suffirait de multiplier par trois les moyens qui y sont consacrés. L’argument suivant lequel les contraintes qui pèsent sur les finances publiques ne le permettra jamais n’est que l’habillage du renoncement face à une tragédie, un mépris de la justice qui s’étend jusqu’au mépris de l’emprisonné.

Notre responsabilité

Qui ne croit plus à la justice de son pays et à sa fonction régénératrice, se bornant à vouloir ou à laisser punir, n’est plus citoyen d’une république. Si c’est bien aujourd’hui le cas, le sort de chaque prisonnier offensé ou humilié nous avilit nous-mêmes.

Une société idéale serait une société où il n’y aurait plus de prisons. Aussi, repenser la prison, c’est d’abord repartir à zéro avec une réflexion sur le châtiment et sur les conditions sociales à réunir pour que celui-ci ne soit plus automatiquement l’exclusion de la vue de ses semblables, la peine la plus cruelle pour un être vivant.

L’on retrouve ici, brutalement, l’enjeu politique : la vraie question n’est-elle pas qu’une société libérale qui exclue a pour horizon une prison qui s’étend et devient peu à peu arme sociale, comme c’est le cas aux Etats-Unis ou en Russie ? Et le vrai défi n’est-il pas de construire un autre projet de société, sans quoi parler de « projet de vie » pour chaque détenu ne serait qu’une larme hypocrite, la société aujourd’hui ayant pour issue la défense des possédants enrichis sans produire et l’emprisonnement de ceux qui les menacent ? Lorsque les hommes s’installent dans la loi de la jungle, ils construisent des cages.

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