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RIA Novosti

La Russie revoit sa doctrine militaire

La rédaction
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Interview du général Gareev, retransmise par Victor Litovkine, pour RIA Novosti

Le 20 janvier, une conférence de l’Académie des sciences militaires a eu lieu à Moscou, au ministère de la Défense. Le général d’armée Makhmout Gareev, président de l’Académie, y a présenté un rapport sur les grandes lignes de la nouvelle doctrine militaire de la Russie. Puis les dirigeants des forces armées et les chercheurs ont examiné les propositions d’amendement de ce document clef qui sera soumis à l’examen de la communauté militaire. Qu’est-ce qui a poussé l’Etat à réfléchir à une nouvelle doctrine ? Quelles sont les innovations proposées ? Et pourquoi une participation de l’Académie des sciences militaires ?

Depuis l’adoption, en 2000, de la précédente doctrine militaire, la situation géopolitique et militaro-politique a considérablement évolué de même que le caractère des menaces à la sécurité de l’Etat. Les missions fixées aux forces armées et aux autres troupes ont aujourd’hui été précisées. Le système d’administration publique a évolué lui aussi, tout comme le niveau de développement économique et social du pays, son potentiel démographique.

De plus, certaines dispositions de la doctrine actuellement en vigueur se sont avérées non viables. Elles ne répondent pas aux réalités de ces dernières années et ne servent pas l’intérêt du renforcement de la sécurité nationale. Tout cela exigeait une réflexion d’experts et la consécration juridique des nouvelles idéologies de défense.

La doctrine militaire est le système des concepts officiellement adoptés dans un Etat et des dispositions destinées à contrer les menaces et à assurer la sécurité, à prévenir les guerres et les conflits armés, elle est aussi le système des visions développées sur l’édification militaire, la préparation du pays, des forces armées et autres troupes à la défense de la Patrie. Il s’agit encore des vues sur les moyens de préparer et de conduire une lutte armée (et autres formes de lutte) pour défendre le pays.

C’est au mois de juin 2005, lors d’une réunion du Conseil de sécurité, que le président Poutine a demandé au commandement des forces armées de mettre au point une nouvelle doctrine. Un tel travail ne peut être mené à bien sans une nouvelle conception de la sécurité nationale. Toutefois, sans attendre que celle-ci voie le jour, les militaires, les chercheurs rassemblés sous l’égide de l’Académie des sciences militaires peuvent exposer leurs idées sur ce qu’elle doit être, sur les chapitres qu’elle doit inclure. Dans les années 20, c’est tout le pays et l’armée qui ont débattu de la doctrine de la jeune république des Soviets et du programme de réforme militaire proposés par Mikhaïl Frounze. Cette doctrine était compréhensible, non seulement pour les dirigeants de la république et des forces armées, mais aussi pour les simples soldats et citoyens. Pourquoi ne pas refaire ce chemin aujourd’hui ?

Je considère que la doctrine militaire est, au fond, une déclaration sur la politique de l’Etat dans le domaine de la défense, qu’elle doit être portée à la connaissance de la nation et du monde entier. Nous ne nous cachons de personne, nous ne nouons d’intrigues contre personne et nous n’avons rien à taire.

Les questions qui doivent être au cœur de la nouvelle doctrine militaire

Nous devons trouver une réponse précise à la question suivante : quel est le caractère des menaces qui pèsent aujourd’hui sur la sécurité de la Russie et quelles sont les tâches qui en découlent pour la défense ? Il faut ensuite définir l’organisation militaire dont l’Etat a besoin pour neutraliser les menaces potentielles et les repousser si nécessaire. Il faut, en outre, indiquer les moyens possibles de recours aux forces armées et autres troupes. Ainsi que les types de guerre et de conflits armés, qui pourraient nous être imposés aujourd’hui et pour la période allant jusqu’en 2015. De là découlent les orientations de la préparation et de la formation militaire. Et, surtout, nous devons savoir comment préparer le pays à la défense d’une manière générale et, avant tout, sur les plans économique, militaro-industriel et politico-moral.

Ce faisant, il faut éviter de politiser à l’excès et d’idéologiser les questions examinées, il faut concentrer son attention sur le travail pratique en vue de renforcer les capacités de défense de la Russie.

Les facteurs écologiques et énergétiques constitueront, dans les dix ou quinze prochaines années, la principale cause des conflits politiques et militaires. Certains Etats s’efforceront de prendre le contrôle des ressources énergétiques, comme cela s’est produit en Irak, et les autres n’auront d’autre solution que de périr ou résister. Compte tenu de ces éléments, la communauté mondiale se trouvera tôt ou tard confrontée à la nécessité de limiter, dans une certaine mesure, de réglementer et de transformer qualitativement le volume et le caractère de la production.

Et si l’ONU, les gouvernements des grands pays, les principaux groupes transnationaux et les autres organismes internationaux ne trouvent pas les moyens et les méthodes pour coordonner et réguler la production et la consommation, la question de la survie de nombreux peuples pourrait se poser avec force. La lutte pour les ressources sera portée à son paroxysme, générant une confrontation politique et économique. On ne peut exclure, sur ce terrain, la possibilité d’une confrontation militaire. L’immense fossé séparant ceux qui mènent une "existence dorée" des autres peuples créé un terrain propice au terrorisme et à une guerre de "tous contre tous". C’est l’une des menaces possibles pour notre sécurité. Même s’il n’est pas tout à fait juste de réduire les causes du terrorisme à la pauvreté. Ainsi la RDPC et Cuba sont des pays pauvres, mais le terrorisme n’y est pas développé. Et les attentats de 2001 aux Etats-Unis ont été perpétrés par des gens qui n’étaient pas, et de loin, parmi les plus pauvres. D’une manière générale, il ne faut pas trop simplifier les problèmes quels qu’ils soient.

Toutefois, le caractère des menaces dépendra pour beaucoup de la structure politique du monde. Il devient de plus en plus évident que le fardeau du leadership et de la responsabilité qu’ont endossé aujourd’hui les Etats-Unis devient trop lourd, même pour une superpuissance aussi forte. Et les appels à partager ce fardeau avec les autres grandes puissances n’émanent déjà plus seulement du parti démocrate de ce pays.

La réalité qui se fait brutalement jour, le pragmatisme vont obliger même les congressistes les plus têtus à réfléchir une nouvelle fois à ce qu’il vaut mieux : avoir la Russie comme partenaire ou comme adversaire qu’il faut neutraliser. Et une autre réalité est évidente : il est impossible, dans le monde d’aujourd’hui, de traiter une seule question sérieuse sans la Russie. Et nous, nous n’avons pas besoin d’une confrontation, ni avec les Etats-Unis, ni avec l’Occident, ni avec l’Orient.

On peut dire très précisément qu’il n’existe pratiquement d’autre choix qu’un monde multipolaire, cristallisant les principaux centres d’influence (Etats-Unis, Union européenne, Russie, Chine, Inde). Mais, étant donné le rapport des forces qui s’impose réellement dans le monde, le plus rationnel pour la Russie est, en s’appuyant sur l’ONU, de coopérer avec l’OTAN, l’OSCE, l’Union européenne, la Chine, l’Inde et les autres Etats intéressés, d’intervenir avec insistance dans l’arène internationale pour la fin de la politique de confrontation, de chercher à faire adopter si possible des normes de droit international interdisant les actes de sabotage contre d’autres pays. En cas de maintien d’un monde multipolaire, la lutte pour l’assainissement radical des relations internationales pourrait avoir le soutien des nombreux pays et milieux sociaux qui y sont intéressés.

L’analyse des tendances du développement de la situation internationale montre que la politique suivie par les Etats-Unis conduira inévitablement à la confrontation avec une partie importante du monde. Et les conditions sont en train d’être objectivement réunies pour une intervention de la Russie en qualité d’arbitre géopolitique. Il est indispensable de faire montre d’une certaine prudence dans la définition et la défense des intérêts nationaux afin de ne défendre fermement que les seuls intérêts réellement vitaux. Les intérêts nationaux ne doivent pas être minimisés si on ne veut pas limiter les capacités de développement économique et de réalisation des facteurs géopolitiques. Toutefois, comme l’a montré l’expérience de l’après-guerre, un maximalisme excessif ainsi que le caractère irréaliste des intérêts nationaux et des objectifs proclamés, la volonté de les réaliser implacablement, quoi qu’il en coûte, engendrent une politique extérieure et une doctrine militaire de confrontation, conduisent à miner l’économie et à l’échec total des objectifs nationaux avancés à tort. Nous ne devons pas le permettre.

Les menaces pour la sécurité de la Russie et, partant, les objectifs des forces armées

C’est l’une des questions les plus complexes, celle pour laquelle l’éventail des opinons est le plus large. Deux postures sont apparues. La première, adoptée par la doctrine actuellement en vigueur, se concentre exclusivement sur les menaces militaires et sur les possibilités de les contrer par des moyens militaires. La seconde se base sur les transformations militaro-politiques dans le monde et prend en compte un large cercle de menaces exercées par des moyens tant militaires que non militaires. Politico-diplomatiques, économiques, informationnels, par exemple. "L’expérience" de la désagrégation de l’URSS, de la Yougoslavie, des "révolutions de couleur" en Géorgie, en Ukraine, en Kirghizie et dans d’autres régions du monde est là pour nous convaincre que les principales menaces sont mises à exécution moins par des moyens militaires que par des moyens détournés.

D’où la conclusion suivante : il est impossible de séparer les menaces militaires et non militaires, il convient de les examiner dans leur unité organique. Les contradictions sociopolitiques, économiques, territoriales, religieuses, ethno-nationales et autres entre les différentes régions et Etats demeurent réellement les principales sources et causes de complication possible de la situation militaro-politique pour notre pays.

A notre avis, les diverses menaces se ramènent à quelques grands types. Premièrement, la politique et les efforts de certaines forces internationales et grands Etats qui attentent à la souveraineté de la Russie, les atteintes à ses intérêts économiques et autres. Les différentes formes de pression politique et informationnelle, d’actions de sabotage, comme ce fut le cas en Ukraine, en Géorgie, en Kirghizie et dans d’autres pays. Les revendications territoriales sur quasiment tout le pourtour de nos frontières. La menace pour la sécurité énergétique revêt pour nous un caractère particulièrement aigu. Les plus hauts dirigeants de l’OTAN sont maintenant enclins à considérer y compris les changements de tarif des produits énergétiques comme une sorte d’agression. D’où la mission qui en découle pour la défense : prévenir, localiser et neutraliser ce type de menaces par des moyens politico-diplomatiques, économiques, informationnels et autres moyens non militaires.

Deuxièmement, l’usage de l’arme nucléaire contre la Russie et la prolifération des armes de destruction massive demeurent une menace pour nous. Pratiquement les armes nucléaires de tous les grands Etats qui les possèdent sont, en fin de compte, pointées sur la Russie. Que nous voulions ou non l’admettre. Aussi la mission de défense liée à la dissuasion nucléaire stratégique d’une possible agression revêt-elle encore plus d’importance que précédemment.

Troisièmement, les menaces militaires pesant sur la Russie se maintiennent, il existe un risque de conflits armées et, dans certaines circonstances, d’éclatement d’une guerre majeure. Les grandes puissances veulent manifestement effectuer un bond qualitatif pour parvenir à la suprématie militaro-technologique, de puissants dispositifs de forces, déstabilisant considérablement l’équilibre militaire, sont déployés aux portes de la Russie. On ne peut non plus ignorer le fait que l’OTAN étend sa sphère d’activité et se propose d’agir à l’échelle globale.

Quant aux menaces internes, les plus dangereuses sont le terrorisme et le séparatisme, qui sont généralement attisés de l’extérieur et visent l’unité et l’intégrité territoriale de la Russie.

Partant de cela, la doctrine militaire doit consacrer le fait que les forces armées et les autres troupes doivent, en premier lieu, être prêtes à accomplir des missions de combat dans des conflits armés locaux, des opérations antiterroristes, être prêtes à la mobilisation pour effectuer des tâches dans des guerres régionales de grande ampleur.

En outre, dans la mesure où les grands pays du monde (dont la Russie, la Chine, les Etats-Unis et l’OTAN) sont la cible de menaces communes qu’il n’est possible de neutraliser que par des efforts conjoints, la doctrine militaire russe devrait également comporter une disposition pour aider à la conjugaison et à la concertation des doctrines militaires des différents pays, notamment dans le domaine de la lutte antiterroriste. Les menaces transnationales exigent de créer des mécanismes transnationaux pour les contrer. Il est aussi possible de partager les zones de responsabilité entre l’OTAN et l’Organisation du Traité de sécurité collective.

Que devient la thèse, inscrite dans la doctrine militaire actuellement en vigueur, selon laquelle la Russie pourrait éventuellement recourir la première à l’arme nucléaire ?

Les guerres du futur ne feront généralement appel qu’aux armes conventionnelles, aux armes de haute précision surtout, mais la menace du recours à l’arme nucléaire sera permanente. Pour la Russie, étant donné un rapport des forces qui lui est extrêmement défavorable sur tous les axes stratégiques, l’arme nucléaire demeurera capitale, le plus sûr moyen de dissuasion stratégique d’une agression extérieure et le plus sûr moyen de garantir sa propre sécurité.

En même temps, étant donné la nouvelle nature des menaces, il ne faut pas absolutiser l’arme nucléaire. L’idée selon laquelle "tant que l’arme nucléaire existe, la sécurité de la Russie est garantie" ne correspond pas pleinement aux nouvelles réalités. L’Union Soviétique possédait l’arme nucléaire mais, si l’arme nucléaire est restée, l’Etat fédéral a disparu. Cette arme ne peut plus être universelle, il est impossible de l’engager, par exemple, dans des situations conflictuelles comme celle de la Tchétchénie, pour neutraliser des menaces économiques, informationnelles et toute sorte d’actes de sabotage.

Il faut également prendre en compte le fait qu’en liaison avec la réduction des capacités de nos moyens spatiaux, du système d’alerte contre les attaques de missile et des outils de frappe des forces nucléaires stratégiques, en liaison avec la création d’une ABM stratégique, il devient de plus en plus problématique de lancer une interception en réponse et même de lancer une riposte suffisamment efficace contre l’adversaire potentiel. C’est pourquoi il faut maintenir et accroître le potentiel nucléaire. En même temps, la doctrine militaire doit obligatoirement prêter attention au développement des forces générales, aériennes, navales, terrestres. Etant donné l’immensité du territoire russe et l’émergence possible, dans le futur, d’adversaires potentiels à l’Est et au Sud misant sur la composante militaire terrestre, notre pays ne peut se passer de dispositifs de forces générales suffisamment forts.

La nouvelle doctrine militaire accorde de l’importance à la transformation des forces armées, à la création d’un système unifié de défense aérospatiale, à la réalisation d’actions militaires avec et sans contact, au lancement de frappes actives de semonce, aux autres questions majeures de l’édification militaire, notamment à la création de grandes et de petites unités mixtes composées de professionnels et d’appelés, dont on ne peut parler dans un exposé aussi court.

Toutefois, la nouvelle doctrine militaire revêtira un caractère défensif actif. Elle sera adoptée puis entérinée par le président du pays, comme le veut la Constitution. Mais pour qu’elle prenne vraiment vie, elle devra non seulement exprimer les positions officiellement adoptées, mais aussi obtenir le soutien des cadres de l’armée et de la société, elle devra ne pas diviser mais unir au contraire les forces du peuple qui ne sont pas indifférentes au sort du pays.

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