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La vocation électronique de la Bretagne

La rédaction
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Dans le contexte de notre campagne régionale en Bretagne, nous présentons ci-dessous l’éclairage particulièrement intéressant d’un économiste breton sur le développement de l’électronique dans la région, dont l’impulsion initiale revient au CNET (Centre national d’études de télécommunications). C’est grâce à Pierre Marzin, originaire de Lannion, et à une collaboration avec René Pleven, ministre de la Défense de Charles de Gaulle, que le CNET fut installé à Lannion en 1959, générant une grande activité de recherche et un développement économique qui fit passer cette commune de 7000 à 18000 habitants vers le milieu des années 80.


La vocation électronique de la Bretagne
par Antoine Robert Frouville, économiste

Les industries électroniques ont été le résultat d’une volonté d’aménagement du territoire, dans le contexte des progrès considérables que réalise la France après la guerre, dans les technologies spatiales, les télécommunications, l’informatique et le traitement d’images. En Bretagne l’ensemble de cette filière est présente, depuis la recherche jusqu’aux produits finaux.

Au départ, l’impulsion irremplaçable fut celle du CNET (Centre national d’études des télécommunications), laboratoire fécond pour l’industrie française. La DGT (Direction générale des télécommunications), administration puissante rattachée aux PTT, fut la donneuse d’ordre qui maîtrisa tous les chaînons de la filière. Elle choisit les entreprises à qui elle confia les technologies, avec pour mission de les transformer en produits finaux. La CGE (Compagnie générale d’électricité) et Thomson devenus, au cours des années 1970, deux grands conglomérats rivaux, exécuteront, par le biais de leurs filiales, CIT-Alcatel et Thomson-CSF, les décisions planifiées par la DGT dans deux secteurs clés, les télécommunications et les industries de télédiffusion.

Le secteur des télécommunications

Ce secteur stratégique fut représentatif des ambitions de l’industrie française en 1970. Jusqu’à cette date, le niveau de l’équipement téléphonique en France était déplorable. L’Etat s’en émut après 1965, et s’efforça de combler le retard, avec la DGT et le CNET, dont le centre de Lannion joua un rôle capital grâce ses technologies.

La relance du CNET en 1965, et la démarche volontariste de ses chercheurs, permirent à l’industrie française de réaliser un bond technologique mondial après 1970. En délaissant l’étape des techniques de commutation analogique du moment, les chercheurs du CNET passèrent à la « commutation temporelle », étape vers l’ère numérique, et acquirent ainsi une longue avance sur leurs rivaux dans le domaine des centraux et matériels du téléphone. La mise au point de la norme télétexte Antiope, en 1977, permit la diffusion du Minitel en 1981 et le passage à la télématique, c’est-à-dire à la fusion des technologies de l’informatique et des télécommunications.

En cinq ans, la DGT (avec le VIIe plan, 1976-1980) aura gagné son pari. Seize millions de lignes ont été installées, et le téléphone français devenait un secteur de pointe, leader incontesté dans l’industrie du téléphone. C’est l’âge d’or pour l’usine d’Alcatel de Lannion qui emploie près de 10000 salariés pendant toute la décennie 1980.

Ce processus de rattrapage productif rapide, qui prend sa source dans des laboratoires de recherche publics pour aboutir à des positions technologiques fortes, peut caractériser la démarche française à cette époque.

Le pôle audiovisuel et multimédia

On l’observera également avec la constitution d’un deuxième pôle électronique breton, à Rennes, qui résulta aussi d’une volonté d’aménagement du territoire par la DATAR.

Le CCETT (Centre commun d’études de télévision et télécommunications) a été créé à Rennes en 1972 conjointement par l’ORTF (Office de radiodiffusion télévision française) et le CNET pour le développement des techniques nouvelles en matière de traitement, de transmissions et de distribution des signaux audiovisuels.

Au cours des années 1960, le Centre de recherche de l’ORTF avait inventé le procédé SECAM de diffusion de la télévision couleur. Ce succès technologique, concurrent du procédé allemand PAL, permit de créer un vaste marché captif pour le groupe Thomson, après sa fusion avec Brandt et Hotchkiss, et de l’imposer comme l’un des premiers constructeurs mondiaux de l’électronique grand public, après le rachat des allemands Telefunken et Grundig. Il installa son centre de recherche, Thomson Multimédia (TMM), comme voisin du CCETT. Celui-ci atteignit très vite une notoriété internationale.

La diffusion du Minitel en 1981 généra en amont une multitude de sociétés de services télématiques et la France abordera l’ère internet et l’ADSL en disposant à l’avance des programmes requis pour « remplir les tuyaux ». Le CCETT inventera des procédés nombreux pour la télédiffusion, l’ADSL et le son, dont la création du système MPEG, base du format MP3.

Les sociétés de services ne peuvent remplacer la production matérielle

Au cours des années 1980, les industries logicielles ont pris leur essor pour fournir des programmes aux utilisateurs d’internet. Ces sociétés qui produisent des logiciels d’applications divers doivent aussi développer des activités commerciales pour vendre ces programmes. Ces éléments nous permettent de comprendre les nouvelles caractéristiques des industries électroniques de Bretagne, dont Rennes Atalante, avec ses 262 entreprises et 16445 emplois, constitue un exemple type. Ce technopôle créé en 1984 concerne à 80% les technologies de l’information et des communications.

Les activités de fabrication de produits matériels ayant été abandonnées, il reste une forte concentration de laboratoires de recherche, avec 4000 ingénieurs à Rennes, coopérant avec les instituts universitaires. L’ex-CCETT, scindée en Orange Business Services et Orange labs, et Thomson, demeurent les plus gros employeurs. On constate que les grands noms, français et étrangers, de cette industrie sont présents avec des centres de recherche industriels. Mais il s’agit de recherche appliquée, avec une forte spécialisation dans un secteur bien identifié : l’image numérique, sa production, sa compression, sa transmission, sa réception et sa… commercialisation.

Cette situation est doublement insatisfaisante. Premièrement, il y a la dérive d’un pilotage de la filière électronique française par des sociétés de services et de commercialisation, situées en aval. La recherche en amont étant prisonnière de l’aval, la recherche fondamentale risque de s’étioler, faute d’un support matériel suffisant. Seule subsiste alors une recherche appliquée, c’est-à-dire la recherche de solutions pratiques. Or, un ingénieur n’est pas un chercheur, et ce sont les deux compétences alliées qui sont indispensables.

Deuxièmement, cette perte de l’esprit scientifique résulte d’une perte de contact avec la matière, corollaire fatal. Au cœur de la révolution électronique moderne, il y a une matière première, le silicium, variété de sable abondant qu’il s’agit de purifier, avant de le travailler. Une puce électronique est obtenue par la gravure de circuits à transistors, de plus en plus fins, sur un support de silicium. Les équipements pour la gravure électronique sont hors de prix. Ces gravures doivent être de plus en plus fines, de l’ordre d’un millionième de millimètre, et font appel aux faisceaux laser… bref, il s’agit d’une industrie de haute technologie, à forte intensité capitalistique.

Pourquoi tant investir ? Il suffirait de faire son marché pour acquérir les puces électroniques, fabriquées à bon compte en Asie, se sont dit nombre d’industriels. Sauf que les électroniciens japonais ont imposé une course technologique frénétique et le nombre de circuits gravés par unité de surface double tous les trois ans, depuis près de quarante ans. Ils ont monopolisé les technologies à la sortie de leurs labos. Celles qui arrivent sur les marchés risquent d’être déjà obsolètes. Sans recherche, c’est la survie de toute l’industrie qui est compromise.

Constatons que la France ne fabrique presque plus de matériels électroniques. La fermeture de STM Rennes en a sonné le glas en Bretagne. La bataille du silicium a été perdue. Les entreprises chinoises ont racheté les usines de Thomson et de PC d’IBM. Désormais, nos sociétés de services logiciels évoquent les possibilités de leur délocalisation. Alcatel veut transférer une partie de son centre de recherche, de Lannion à Bangalore.

La bataille industrielle est-elle perdue ? Pas nécessairement. L’ère du silicium tirera à sa fin. D’autres mutations technologiques bouleverseront les systèmes productifs. Toutes les expériences industrielles du passé montrent qu’il faut prendre des trains en marche, comme le CNET en 1970. La recherche française en a encore les moyens. La grande condition est de pouvoir investir à long terme, ce que refuse l’oligarchie financière. L’avenir électronique de la Bretagne dépend donc de ce qui aujourd’hui manque : une volonté politique.


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Pleumeur-Bodou, 1962
Première liaison par satellite entre les Etats-Unis et l’Europe

par Christine Bierre

Dans la nuit du 10 au 11 juillet 1962, la première liaison par satellite de télécommunications avait lieu entre Andover aux Etats-Unis et Pleumeur-Bodou. Le directeur du CNET, M. Pierre Marzin, qui souhaitait marquer cet événement par un symbole fort, fit déplacer un menhir de 5/6 mètres de Le Guern en Kérénoc vers la station de télécommunications par satellite où il fut dressé. Le 19 octobre 1962, le général de Gaulle, lors de l’inauguration du plus grand radôme (radar-dôme) du monde à Pleumeur-Bodou, découvrait, après son discours, le voile mis sur la stèle fixée au menhir.


Voici le discours prononcé par Charles de Gaulle à cette occasion :

C’est avec une satisfaction profonde, et j’ajoute avec fierté, que nous inaugurons ce matin, ce menhir, autrement dit ce symbole de la très grande réussite qui vient de se révéler à Pleumeur-Bodou. Très grande réussite, technique d’abord, combien c’est évident, même pour un profane, quand il arrive qu’on puisse remarquer et s’expliquer cette immense synthèse de la mécanique, de la physique, de la chimie, de l’optique, de l’électricité, de l’électronique, qui permet une réalisation pareille.

Et aussi, quand on constate cet ajustement incroyable de toutes les activités, de toutes les initiatives, et j’ajoute de tous les dévouements, qui ont permis de le faire fonctionner.

Réussite nationale. Il est parfaitement vrai que cette station de Pleumeur-Bodou a été accomplie avec le concours de nos amis et alliés américains, qui ont pris l’initiative spatiale, en raison des moyens qu’ils ont et de leur qualité, à toute sorte d’égards, en particulier scientifique et technique. Mais il n’en est pas moins vrai que la part nationale dans cet accomplissement est éminente et saisissante, et qu’elle inspire à celui qui la voit, et d’abord je dois le dire à moi-même, une immense fierté, et comme je le disais au début, une profonde satisfaction. Il n’est pas vain, d’ailleurs, que ceci ait lieu sur le sol de la Bretagne. Il y a toute sorte de raisons pour lesquelles ce qui se passe en Bretagne, quoi que parfois l’on dise, est particulièrement cher à toute la France. Il y a ici une oeuvre nationale fondée, installée sur le sol breton, une de plus, en cela aussi je vois un grand symbole.

Enfin, c’est une réussite internationale. Il va de soi que ces rapports, directs, constants, établis entre des continents, grâce à tout ce qui se fait ici, en même temps que cela commence à se faire ailleurs, est pour les rapports entre les hommes, pour leur compréhension réciproque, pour leur amitié, quelque chose qui sera probablement décisif.

Le jour vient où il sera bien difficile d’imaginer la guerre, quand tous les hommes, où qu’ils soient, seront en contact direct les uns avec les autres, se verront tels qu’ils sont, et se comprendront, autrement dit, seront les uns pour les autres, des hommes. Encore une fois, je me félicite d’être venu ici. J’adresse les compliments de la France, à ceux qui ont participé à cette grande œuvre. (…) C’est encore une fois, pour moi, vraiment, et peut-être en ce moment surtout, une joie très grande d’avoir procédé à cette inauguration.

Vive Pleumeur-Bodou ! Vive la science française ! Vive la Bretagne ! Et vive la France !


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Vos commentaires

  • Le 11 mars 2010 à 16:29
    par yann

    "Alcatel veut transférer une partie de son centre de recherche, de Lannion à Bangalore."

    Cette affirmation est plutôt grave !
    Pouvez-vous citer vos sources SVP, car j’imagine qu’elles sont sérieuses et vérifiées ?

    C’est soit un scoop, soit une pure invention ...

    Répondre à ce message

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