Solidarité & progrès est un parti politique qui milite pour la paix par le développement économique mondial, contre le féodalisme financier et les idéologies du sol, du sang et de la race. Les informations que nous diffusons visent à vous faire joindre notre combat en le faisant devenir aussi le vôtre.

La campagne
présidentielle
Cheminade 2017
Flash : 2 décembre - La République se rappelle qu’elle a besoin de savants ! Lire Flash : 2 décembre - Sur le renoncement de François Hollande Lire Flash : 2 décembre - François Fillon veut six fois moins de communes et zéro départements Lire
Accueil Actualité
Brèves

Lac Tchad : mort douce ou grands projets ?

La rédaction
visites
1094

21 octobre 2010 (Nouvelle Solidarité) – Alors que la France prétend une fois de plus vouloir se battre pour la sécurité alimentaire dans le monde et que le rituel des sommets et réunions stratégiques engloutit presque autant d’argent que l’aide alimentaire arrivant dans les assiettes des nécessiteux, rien n’est dit sur les grands projets qui pourraient résoudre radicalement le problème. Que fera la France au Forum mondial pour sauver le lac Tchad qui se tient à N’Djamena du 29 au 31 octobre ? Prêchera t-elle un environnementalisme anti-progrès ou défendra-t-elle le projet de remise en eau Transaqua ?

Nous publions ici des extraits de la contribution de Marcello Vichi, ex-directeur de la société italienne Bonifica et concepteur du projet Transaqua, au colloque organisé par nos amis de l’Institut Schiller le 25 septembre dernier à Berlin.


Transaqua, le transfert de l’eau du Congo vers le Tchad, idées forces pour une étude de faisabilité

Par Marcello Vichi

En trente ans (et non vingt), personne n’a jugé pertinent ne serait-ce que d’entreprendre l’étude de faisabilité préalable d’une proposition formulée par une entreprise alors leader en Italie dans le domaine de l’ingénierie. Il me paraît plausible d’attribuer cela non à un manque d’information, mais à un manque d’intérêt. Depuis la fin des années 70 et pendant toutes les années 80, il s’est trouvé dans notre pays des entreprises et des hommes convaincus que le continent africain ne pourrait sortir du sous-développement que par la mise en œuvre courageuse d’un ensemble de projets internationaux panafricains d’infrastructure à grande échelle. La promotion de Transaqua a commencé il y a trente ans. Ce projet de réseau de transport comprenait non seulement 2400 kilomètres « d’autoroutes » fluviales, mais aussi un « croisement » avec l’axe routier Lagos-Mombasa permettant de relier les deux ports des océans Atlantique et Indien : une véritable autoroute du futur également reliée à la Méditerranée par la route transsaharienne Lagos (Nigeria) - Alger. Dans le cadre général de ces initiatives, portées en ce temps-là par le bureau des projets spéciaux de mon entreprise, Bonifica, la jonction Lagos-Mombasa (Kenya) de Transaqua devait s’appeler TA2 (Trans-african 2), parce que TA1 (Trans-african 1 : Alexandrie - Dar es Salam) en était à la phase de conception et qu’un premier projet était prêt. L’étude BB (Beyrouth - Basra) en était également à un stade avancé, bien que j’ignore ce qu’il en est advenu, n’ayant pas dirigé le projet. Tous les documents s’y rapportant ont été égarés lors des réformes traversées par l’entreprise.

Il y a cinquante ans, concevoir des projets d’infrastructure à grande échelle sur le continent africain n’était pas chose aisée : il y avait peu de cartes fiables et les données hydrologiques faisaient défaut ; les satellites n’en étaient qu’à leurs débuts : il était alors impossible d’obtenir des images des zones concernées, les centres de recherche spatiale américains les refusant pour raisons militaires ; le centre de recherche spatiale italien de Fucino, qui gérait alors les images d’un de ces satellites, n’était en mesure de fournir des informations que pour les confins septentrionaux du Sahara ; les téléphones cellulaires restant à inventer, on utilisait des radios de terrain de portée limitée ; internet était encore dans les limbes, etc.

Pourquoi le transfert des eaux Congo/Tchad revient-il aujourd’hui sur le devant de la scène ? Selon moi, il y a deux raisons à cela :

1/ L’énorme taux de croissance de la population africaine et la pression démographique qui en résulte en Europe : au cours des trente dernières années, alors que la population européenne a cru de 4,5 % en moyenne, ce taux a été de 85 % en Afrique, c’est-à-dire près de vingt fois le taux européen. L’Egypte est passée de quarante millions d’habitants en 1980-81 au chiffre actuel d’approximativement soixante-quinze millions, soit un taux de 87 à 88 % ; dans le même temps, la Chine a connu une croissance de 120 % ; et ainsi de suite (la République Centrafricaine, environ 60 % ; la République Démocratique du Congo (RDC), 130 à 140 % ; le Nigeria, à peu près 80 % ; le Niger, 140 %, etc.).

La rareté des ressources alimentaires et aquatiques par habitant a pris des proportions dramatiques, et l’absence ou la modestie des processus de développement économique encore plus, ce qui a entraîné un niveau de chômage des jeunes absolument insoutenable. Dans de nombreux pays de l’Afrique sub-saharienne, la faim endémique, déjà présente avec l’agriculture traditionnelle de subsistance, a fait place à la famine et au désespoir, en particulier pour les jeunes, les poussant à risquer leur vie pour gagner l’Europe et y trouver eau et nourriture. Ce n’est pas une « qualité de vie » qu’ils y cherchent, mais une vie, tout simplement.

Ne le savions-nous pas il y a trente ans déjà ? Bien sûr que si ; mais nous l’espérions pour le plus tard possible, et que le fardeau d’avoir à trouver une solution politique à ces problèmes reposerait sur les épaules, non des responsables d’alors, mais de leurs successeurs. Il y a trente ans, l’exposé « Transaqua : une idée pour le Sahel » concluait par ces mots : « L’investissement à réaliser se mesure non seulement en millions de dollars, mais également en éradication des guerres et de la famine pour des millions de gens, en paix sociale, et en attention internationale. »

Il y a peu, la sénatrice Emma Bonino, intervenant lors d’un colloque intitulé L’Afrique : que s’y passe-t-il ? affirmait que « l’indifférence européenne est pire que l’ancien colonialisme qui lui, au moins, créait de l’activité et des emplois. Aujourd’hui, nous commençons juste à payer cette indifférence, et nous sommes loin du compte. » Est-ce à cause de la certitude d’avoir une dette à payer que l’Europe montre les signes d’un début d’intérêt ?

2/ Les nouvelles technologies disponibles aujourd’hui, qui permettent de gérer de tels projets : il y a trente ans, si l’on voulait disposer de données hydrologiques fiables et de cartes à une échelle permettant une étude de faisabilité crédible, il fallait surmonter de sérieux obstacles et réaliser de nombreuses « visites de terrain ». Aujourd’hui, grâce aux satellites et à l’information disponible sur internet, tout cela est plus rapide et moins cher. Si, voici trente ans, il fallait environ deux ans pour passer de « l’idée » à la « pré-étude de faisabilité », il en faut aujourd’hui beaucoup moins, me semble-t-il, pour obtenir une vraie « étude de faisabilité technico-économique ». Une telle étude suffirait pour préciser non seulement les « bienfaits sociaux », mais aussi les « bénéfices économiques » dont on attend une profitabilité durable.

Au cas où le projet s’avérerait réellement faisable, les nouvelles technologies pourraient également se révéler très utiles à ce stade, par rapport à il y a trente ans, où l’on estimait à une génération le temps nécessaire à sa mise en œuvre. Aujourd’hui, il n’en irait pas vraiment différemment en termes de durée, mais en termes de coûts, du fait de l’utilisation des moyens mécaniques d’aujourd’hui et de demain.

(…) Transaqua pourrait devenir le plus important pôle de développement de l’Afrique – et peut-être du monde. Pendant et à cause de sa construction et des besoins qu’il fera naître, il pourrait employer toute une main d’œuvre qualifiée ou non, locale et de tous les pays du continent. Il pourrait considérablement dynamiser le marché du travail pour plusieurs générations d’Africains à venir, et leur éviter d’avoir à jouer la « carte Europe » – où le marché du travail ne leur fait pas de cadeaux, déracinés qu’ils sont de leur environnement naturel et culturel. Même en tenant compte des inévitables différences entre cultures et ethnies (quand même africaines les unes comme les autres !), les Africains pourraient bâtir sur leur propre continent, à partir de cet énorme projet continental d’infrastructure, un ensemble de modèles locaux de développement.

Nous aurons bientôt perdu trente ans – du moins en ce qui concerne la vérification de la faisabilité – pendant lesquels l’Europe et l’Afrique ont payé un prix politique et économique très élevé, mais certainement moins que le prix humain d’un exode quasi biblique ayant poussé, et poussant toujours, les désespérés du manque d’eau, de nourriture, de travail, à traverser le Sahara pour atteindre une Europe qui se révèle souvent n’être qu’un mirage hostile.


Lire aussi :


Contactez-nous !