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Larry Summers, l’homme de Wall Street

La rédaction
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par Debra Hanania-Freeman

31 mars 2009 (LPAC) — Comme Lyndon LaRouche l’a souligné lors de sa conférence du 21 mars, relayée par internet, le vrai problème de l’équipe de conseillers économiques du gouvernement Obama n’est pas le secrétaire au Trésor Timothy Geithner. Celui dont les politiques représentent le plus grave danger, à la fois pour la nation et pour la Présidence, c’est Larry Summers, le dirigeant du Conseil économique national du Président. C’est pourquoi LaRouche appelle à ce qu’il soit démis de ses fonctions.

Cet avertissement s’avéra bientôt d’une brûlante actualité. Dès lundi, alors que Geithner dévoilait la nouvelle phase du plus grand renflouement bancaire de l’histoire, on annonçait que la popularité du Président Obama s’était effondrée, passant de 78% dans les jours qui suivirent son investiture à moins de 50%, avec une chute de 13% rien que dans la semaine précédente !

Au fil des jours, les graves tensions divisant le gouvernement apparurent de plus en plus clairement. Alors que Summers et ses parrains réussissaient à convaincre le Président Obama que la solution à la crise bancaire, sans doute la pire des temps modernes, ne pouvait passer que par les fonds d’arbitrages, ces fameux hedge funds champions de la spéculation tout azimut, des voix plus raisonnables évoquaient ouvertement les politiques définies par l’économiste et homme politique Lyndon LaRouche.

Pour certains économistes de renom, dont les plus connus sont le professeur d’économie du Texas et auteur célèbre, James Galbraith (fils du conseiller économique de Franklin Delano Roosevelt, John Kenneth Galbraith), et le prix Nobel Paul Krugman, ce dernier plan de renflouement était non seulement voué à l’échec, mais ne ferait qu’empirer la situation. Ils lui préféraient la solution employée par Franklin Roosevelt — celle aussi que Lyndon LaRouche avait proposée il y a presque deux ans : sauver le système bancaire américain en le réorganisant, sous protection de la loi sur les faillites, c’est-à-dire par une véritable procédure de « banqueroute organisée ».

Lors d’un discours prononcé le 27 mars dans la ville de New York, l’ancien président de la Réserve fédérale Paul Volcker, qui dirige le Conseil présidentiel pour la reconstruction économique, se montra plus insistant encore, sur un point qu’il avait déjà énoncé auparavant : que le système actuel doit absolument être réorganisé, dans un cadre similaire à la loi Glass-Steagall (1).

Apparemment, cela suffit à déclencher chez le Secrétaire au trésor Larry Summers, un fanfaron égocentrique dont l’inaptitude à travailler avec d’autres lui a déjà coûté naguère plus d’un poste, a piqué une grosse colère, affirmant au Président qu’il ne voulait plus le voir dans les parages. Malheureusement, Obama s’est fait laver le cerveau et croit que pour résoudre le désastre dont il a hérité du gouvernement Bush-Cheney, il a besoin du soutien des escrocs de Wall Street, ceux-là mêmes qui sont amplement responsables de la débâcle actuelle, et que Larry Summers jouera un rôle essentiel pour obtenir leur appui.

Du coup, le 25 mars, le directeur du Bureau de la gestion et du budget (OMB), Peter Orszag, annonça que le Président Obama venait de confier à Volcker la mission de réformer le code américain des impôts afin de durcir la lutte contre la fraude, simplifier la loi et faire entrer des recettes.

Aucune erreur d’interprétation possible : suite au désaccord entre Volcker et Summers, à la fois sur le calendrier des réformes et la question essentielle d’un retour à la loi Glass-Steagall (que Larry Summers, à l’époque secrétaire au Trésor de Bill Clinton, s’était personnellement efforcé de faire abroger en 1999), l’ancien président de la Fed fut renvoyé plancher sur le code des impôts pour le reste de l’année. Ce choix personnel d’Obama est non seulement mauvais, mais pourrait lui coûter sa Présidence. Malgré tous ses problèmes, Paul Volcker reste l’un des rares penseurs économiques sérieux aux Etats-Unis, et la seule personnalité, au sein du gouvernement Obama, qui ait la stature pour s’opposer de façon crédible à la folie économique intimidante de Summers.

Afin de libérer le Président Obama et la nation de ce poison, regardons de plus près ce que représente Larry Summers.

Bien avant de devenir secrétaire au Trésor, durant les 18 derniers mois du second mandat de Bill Clinton, Summers s’était distingué comme un ardent opposant au « Système américain d’économie politique ». Après des études auprès de Martin Feldstein à Harvard, il rejoignit le Groupe des conseillers économiques de Ronald Reagan. A ce poste, il prônait des allègements fiscaux pour les entreprises et les plus-values, comme étant la meilleure incitation à la croissance économique. Pour lui, l’assurance-chômage et les allocations sociales constituaient l’une des principales causes du chômage et devaient à ce titre être réduites.

En décembre 1991, alors que Summers était économiste en chef à la Banque mondiale, un mémorandum interne portant sa signature fut révélé à la presse. Ce texte, qui n’avait nullement vocation à être publié, affirmait sans vergogne que si le libre-échange ne serait pas nécessairement bénéfique à l’environnement des pays en voie de développement, il y avait une logique économique évidente pour les pays riches à y déverser leurs déchets industriels. En annexe, également éventée par la presse, Summers suggérait cyniquement que « la logique économique derrière le déversement de déchets toxiques dans les pays à bas salaires est implacable et nous devrions y songer… J’ai toujours pensé que les pays sous-peuplés en Afrique étaient aussi sous-pollués. »

En 1993, Summers rejoignit le gouvernement Clinton en tant que sous-secrétaire aux Affaires internationales. A ce poste, il promut une « thérapie de choc » économique meurtrière pour la Russie, exigea l’extension du pouvoir du FMI et une dérégulation toujours plus forte au Japon (en 1997). Il se vante encore du rôle qu’il joua en contraignant le gouvernement coréen à élever ses taux d’intérêt et à équilibrer son budget en pleine crise économique, politique sévèrement critiquée à l’époque par les prix Nobel Paul Krugman et Joseph Stiglitz.

En même temps, selon un livre de Paul Blustein, Larry Summers essaya, de concert avec Paul Wolfowitz, de convaincre le gouvernement Clinton d’imposer un « changement de régime » en Indonésie. Tout cela paraît bien anodin en comparaison des dégâts infligés aux Etats-Unis une fois nommé au poste de secrétaire au Trésor.

En 2000, en pleine campagne de privatisation du secteur de l’énergie en Californie, Summers se joignit au président de la Réserve fédérale, Alan Greenspan, et au patron d’Enron, Kenneth Lay, pour harceler Gray Davis, le gouverneur de l’Etat, alléguant que la cause de la crise était la régulation trop stricte imposée par le gouvernement. Par ses manoeuvres d’intimidation, Summers poussa Davis à déréguler encore plus les services publics californiens et à assouplir les normes environnementales en vigueur, afin de « rassurer les marchés ».

Cependant, rien ne causa plus de dommages que son travail de sape contre toute régulation financière. En tant que secrétaire au Trésor, il joua un rôle décisif en convainquant le Congrès de faire ce qu’il avait rejeté plus de 12 fois en 25 ans : abroger la loi Glass-Steagall, mise en place en 1933, après que la « Commission Pecora » eut catalysé un soutien populaire en faveur d’une régulation accrue, en amenant les responsables des banques à comparaître devant la Commission bancaire et monétaire du Sénat pour répondre de leur rôle dans le krach du marché boursier.

Aussitôt après sa nomination au Trésor, alors que le gouvernement, et en particulier le Président, étaient distraits par d’autres problèmes, Summers exerça une pression sans relâche pour faire passer, au nom de la « modernisation bancaire », la loi Gramm-Leach-Bliley, révoquant des articles phares de la loi Glass-Steagall et autorisant les banques de dépôts à s’investir dans le casino financier que sont les titres adossés à des hypothèques (MBS) et les obligations adossées à des dettes (CDO). Par inadvertance, la mesure créa aussi un désastre en éparpillant la supervision des conglomérats bancaires parmi une foule d’agences gouvernementales – la plupart du temps incapables de communiquer entre elles les actions engagées et les renseignements collectés.

Un autre vilain petit secret illustrant la personnalité de Summers en tant que secrétaire au Trésor, est le rôle qu’il joua en torpillant tout effort de régulation du marché des produits financiers dérivés. Juste avant de se hisser dans la hiérarchie du Trésor, Summers se fit l’étrange et ardent défenseur, au sein du gouvernement Clinton, de ce qui n’était autre qu’une bombe à retardement, une mesure élaborée par le sénateur républicain texan Phil Gramm, laissant le champ libre à la création de conglomérats bancaires géants et à la vente des dérivés sans aucune régulation.

C’est ainsi que, lors d’une audition au Sénat en 1998, Summers témoigna avec véhémence contre toute régulation du marché des dérivés, prétendant que l’on devait croire Wall Street sur parole ! « Les parties prenantes dans ce genre de contrats, dit-il, sont essentiellement des institutions financières sophistiquées, s’avérant éminemment capables de se prémunir elles-mêmes de la fraude et de l’insolvabilité des contreparties, la plupart d’entre elles étant déjà sujettes aux régulations rudimentaires concernant la sécurité et la sagesse sous les lois bancaires et sécuritaires existantes. » Il continua à défendre la vente de gré à gré des dérivés et bloqua toute initiative visant à les réguler jusqu’en 2000, les qualifiant de « composante importante des marchés de capitaux américains et de symbole puissant du type d’innovation et de technologie qui ont fait du système financier américain ce qu’il est aujourd’hui ».

Il serait difficile de mentir avec autant d’aplomb. Larry Summers fut soit le secrétaire au Trésor le plus corrompu et le plus sinistre de l’histoire de la nation américaine, soit le plus incompétent. Cependant, ses hautes responsabilités auprès de D.E. Shaw, l’un des hedge funds les plus secrets, après avoir quitté son poste, font pencher notre jugement en faveur de la première hypothèse.

Plus affligeante encore est sa tribune libre "Le libérateur" publiée dans le New York Times du 19 novembre 2005. Dans cet article, écrit pour la mort de l’économiste libertarien radical Milton Friedman, père de l’école monétariste de Chicago et ancien conseiller du dictateur chilien Pinochet et de Margaret Thatcher, Summers révèle de façon surprenante que Friedman était « son héros ».

Intitulé « le grand libérateur », le texte conclut : « Tout démocrate honnête admettra que désormais nous sommes tous des friedmaniens. » Summers prétend que Friedman a non seulement apporté d’immenses contributions à la théorie monétaire, mais surtout « en convainquant les gens de l’importance de laisser le libre marché fonctionner sans histoires ».

Dès lors, on ne s’étonnera pas de voir un nombre croissant d’économistes et de démocrates honnêtes estimer que le Président Obama est, pour reprendre les termes du député démocrate de l’Oregon Peter DeFazio, « mal conseillé par Larry Summers ». En janvier 2009, alors que le gouvernement tentait de faire passer son plan de relance, DeFazio et d’autres économistes comme James Galbraith, Paul Krugman et Joseph Stiglitz, militaient pour qu’une plus grande part des fonds alloués à la relance aille financer des projets d’infrastructure.

DeFazio déclara qu’il n’était pas étonné que Summers privilégie plutôt les baisses d’impôts. « Larry Summers déteste les infrastructures, dit-il. [Il a] beaucoup contribué à créer le problème, et maintenant il prétend le résoudre ? [ces gens] n’aiment pas l’infrastructure. C’est pourquoi ils souhaitent une relance par la consommation. Nous avons besoin d’une relance par l’investissement et la productivité, pour ce pays – une relance à long terme. Au lieu d’emprunter sur les générations futures, nous devrions investir pour elles, et Larry est très connu comme étant anti-infrastructure... »

Hélas, à ce jour, c’est cet homme qui a l’oreille d’un Président ayant fait campagne en faveur d’une régulation du système financier et bancaire, soucieux d’adopter un programme social énergique, souhaitant être connu comme l’initiateur d’un réseau national de chemins de fer rapides, basé sur les technologies de lévitation magnétique (maglev), et comme le Président qui sortit les Etats-Unis de la plus grande crise économique de leur histoire.

S’il veut sauver les Etats-Unis et sa Présidence, Obama doit impérativement écouter le « message pressant au Président Obama et au peuple américain », que Lyndon LaRouche leur a adressé le 26 mars.

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Note

(1) Le Glass-Steagall Act (c’est-à-dire le Banking Act de 1933), suite aux années folles de 1929, instaurait une séparation rigoureuse entre banques de dépôts (banques commerciales), d’une part, et banques d’affaires et d’investissement, ainsi que compagnies d’assurance, de l’autre. La loi fondait également la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC) pour garantir les dépôts bancaires. Elle fut abrogée en 1999.

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Vos commentaires

  • Le 11 décembre 2010 à 22:43
    par Guy Parent

    Glass-Steagall : n’est-ce pas ce qui existe au Canada, qui s’en tire beaucoup mieux que les USA ?

    Répondre à ce message

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