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Le nucléaire français pour développer le monde

La rédaction
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Par Christine Bierre

De la Chine à Abou Dhabi, de l’Angleterre à la Libye, la France poursuit son offensive tous azimuts pour promouvoir son savoir faire dans le domaine de l’énergie nucléaire civile, profitant de son leadership mondial dans ce domaine. La PDG d’Areva, Anne Lauvergeon, estime que d’ici 2030, cent à trois cents nouveaux réacteurs seront construits à travers le monde et ambitionne de pouvoir obtenir un tiers des contrats !

D’abord au Royaume uni. Dans un contexte où le pétrole de la mer du Nord s’épuise et où les dix-neuf centrales nucléaires britanniques n’ont plus qu’une quinzaine d’années de vie, le gouvernement britannique a annoncé, le 11 janvier dernier, sa décision de relancer son programme nucléaire. On apprenait du même coup qu’Areva et EDF seraient en bonne position pour remporter quelques contrats, mêmes si les Allemands E.ON et RWE et le Britannique Centrica se pressent aussi au portillon. EDF, déjà très présent dans ce pays, pense pouvoir construire quatre centrales nucléaires supplémentaires dont la première devrait entrer en service en 2017 alors qu’Areva se battra pour six centrales.

Le 13 janvier, Nicolas Sarkozy s’envolait pour le Golfe pour ses premières visites officielles en Arabie saoudite, au Qatar et dans les Emirats arabes unis, avec, là aussi, le nucléaire comme carburant à sa diplomatie. Bien qu’en Arabie saoudite et au Qatar on en soit, à ce stade, à préparer la voie à de futurs accords nucléaires, des contrats d’investissement sont en bonne voie aux Emirats arabes unis, grâce à une relation privilégiée avec la France qui existe de longue date.

En Arabie saoudite, où la France souhaite reprendre pied et rétablir une relation digne de ce nom, Nicolas Sarkozy a proposé les services du Commissariat français à l’énergie atomique « pour étudier les possibilités dans le domaine du nucléaire civil ». Au Qatar, un contrat pour l’électrification du pays a été signé, ainsi qu’un mémorandum d’entente sur le nucléaire avec EDF. Il ne s’agit cependant pas d’un contrat d’investissement, mais seulement d’un « accord d’assistance pour une étude de faisabilité et d’acceptabilité ». Un deuxième mémorandum portant sur une coopération à « l’international » entre GDF et le Qatar Petroleum International a également été signé.

Mais c’est avec les Emirats arabes unis que les choses s’annoncent les plus intéressantes. Un accord cadre pour le « développement et l’utilisation de l’énergie nucléaire civile » du même type que ceux qui ont été signés avec la Libye et l’Algérie a été paraphé avec ce pays. Il pourrait aboutir, selon l’Elysée, à la signature de près de 4 milliards d’euros de contrats. A la clé, la fourniture aux Emirats de deux réacteurs de troisième génération EPR pour la production d’électricité mais aussi pour le dessalement de l’eau de mer.

A cette occasion, les groupes Areva, Total et Suez ont formé une alliance d’un nouveau type : Areva fournirait deux « îlots nucléaires » ainsi que l’ensemble du combustible pour les faire fonctionner, comme dans le contrat signé récemment avec la Chine. Suez assure l’exploitation et Total apportera sa puissance financière et son expertise en matière de très grands projets de ce type dans les pays émergents. Pour le groupe pétrolier Total, il s’agit d’une première diversification vers l’énergie nucléaire. La collaboration entre les trois compagnies aux Emirats se fera sur le modèle de celle qui existe déjà entre l’Adwea (Autorité de l’eau et de l’électricité) d’Abou Dhabi et Suez et Total pour gérer la centrale Al Taweelah qui fourni le quart de la production électrique du pays et dessale 380 000 m3 d’eau de mer par jour. L’Adwea a déclaré au journal Les Echos qu’elle entend acheter deux nouvelles tranches pour répondre à une demande d’électricité en forte croissance et fournir l’énergie nécessaire au dessalement de l’eau de mer.

Gros bémol à apporter à ce satisfecit, cependant, cette ambitieuse politique nucléaire à la hauteur de la France n’est malheureusement pas cohérente avec une politique économique intérieure qui favorise les plus riches et, comme le souligne Jacques Cheminade (voir ici), démantèle le code de travail.

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