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Les Britanniques et l’opium afghan

La rédaction
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par Ramtanu Maitra, EIR

Début février, l’Independent de Londres révélait que le Royaume Uni était en train d’utiliser ses 7700 soldats déployés dans la province de Helmand pour entraîner 2000 « militants » afghans, généralement connus en Occident sous le nom de « talibans ». Les Britanniques ont prétendu que le but de cette opération, menée dans cette région du sud de l’Afghanistan dominée par les Pachtounes, était « d’infiltrer » l’ennemi et de « chercher des renseignements » sur l’arsenal des extrémistes talibans.

Ce petit jeu colonial, mis en oeuvre dans cette province productrice d’opium, a été déjoué, au moins temporairement, lorsque des officiers du Directoire national de sécurité afghan, entraînés par le KGB, ont saisi une barrette de mémoire au cours d’une descente dans une fête de diplomates internationaux qui visitaient Helmand.

A la même époque, Kaboul s’en prit violemment aux Britanniques, les accusant de dialoguer avec les Talibans sans l’accord du président Hamid Karzaï, rappelant à cette occasion que dans un discours aux Communes le 12 décembre, le Premier ministre Gordon Brown avait assuré que le Royaume Uni ne négocierait pas avec les talibans. « Notre objectif est de vaincre la révolte en isolant et éliminant ses dirigeants. Nous n’ouvrirons pas de négociations avec ces gens-là ». Les Britanniques tentèrent alors de se couvrir en insistant sur le fait que le bureau de Karzaï était au courant de ces opérations.

Le plus surprenant, cependant, fut le silence de Washington et des autres capitales de l’OTAN en Europe. A Washington, où l’administration Bush considère Londres comme son complice le plus fiable dans le crime, la consigne est d’ignorer ces « perfidies » anglaises. Les partenaires européens de l’OTAN ont, quant à eux, décidé de fermer les yeux afin d’éviter le conflit avec leurs « alliés » anglo-américains et leur opération en Afghanistan, tout en refusant de déployer leurs soldats dans les zones les plus exposées.

Cette stratégie européenne revient à sauter dans l’eau, comme Gribouille, pour éviter d’être mouillé par la pluie. Sans vouloir l’admettre, ils savent bien que les Afghans les considèrent comme des occupants au même titre que les Anglo-Américains. En d’autres termes, bien que toutes les forces d’occupation jurent vouloir renforcer et stabiliser le président Karzaï, ils ont choisi d’ignorer cette tentative évidente de miner l’autorité de Kaboul, menée non pas par les talibans mais par les alliés de Kaboul.

Les agents du MI6 portaient des badges de l’ONU et de l’UE

En réalité, l’essentiel de cette histoire avait été éventé le 26 décembre dernier, lorsque deux agents du MI6 anglais, travaillant sous l’égide de l’Union européenne et de l’ONU, ont été expulsés d’Afghanistan. L’un d’eux, l’anglais Michael Semple, un proche de l’ambassadeur britannique, sir Sherard Cowper Coles, était responsable de la mission de l’UE en Afghanistan. Le second, Mervin Patterson, lui-même irlandais, était le numéro 3 de l’ONU sur place. Son secrétaire général, Ban Ki Moon, qui doit beaucoup de sa position présente aux Américains et aux Anglais, préféra donner l’impression que tout ceci n’était qu’un « vaste malentendu » et que lorsque l’ONU pourrait discuter avec Kaboul de toute cette affaire, ces deux « diplomates de haut niveau » pourraient reprendre leur travail.

Mais Karzaï a détecté le complot tramé par Londres. Fin décembre, l’Independent citait le brigadier Andrew Mackay, un officier britannique en poste dans la province de Helmand, qui, dans un briefing destiné à ses officiers le 30 octobre, leur déclara : « La longue coopération de la Grande-Bretagne avec l’Afghanistan a montré que c’est en contribuant à la formation d’alliances tribales que nous sommes entrés dans ce pays. De même, c’est en formant des alliances tribales qui apporteront leur soutien au gouvernement d’Afghanistan que nous pourrons le quitter. Tout ce que nous ferons devra se concentrer sur notre capacité à influencer la population de Helmand afin de pouvoir maintenir, emporter et même gagner leur soutien ».

La diplomatie de Karzaï

Ce que Karzaï a compris est très différent des rapports fournis par MacKay. Pour commencer, ces rapports lui ont appris que le camp d’entraînement faisait partie des projets britanniques pour utiliser des talibans modérés - les Community Defense Volunteers (Volontaires pour la défense de la communauté) - contre les rebelles toujours actifs. Selon ces rapports, « le camp devait fournir un entraînement militaire à 1800 talibans et à 200 commandants de faible niveau ».

Il devait être construit à l’extérieur de Musa Oala, à Helmand, sous couvert de reconstruction et en utilisant l’argent destiné à ce but. La barrette de mémoire a révélé un plan en trois phases, appelé « Programme de l’Union européenne pour bâtir la paix », dont la troisième phase incluait un entraînement militaire. L’Union européenne prétend que le programme n’existe pas et qu’il n’est pas financé par elle. Les responsables du gouvernement afghan affirment, eux, qu’il a été financé par les Britanniques. Les diplomates du Royaume Uni, de l’ONU, les représentants occidentaux et les responsables afghans ont tous confirmé les grandes lignes du plan et s’accordent à dire qu’il a été entièrement rédigé par les Britanniques. Mais, selon l’Independent, ils refusent tous de lui reconnaître une existence officielle.

Un responsable afghan a déclaré à l’Independent que « lorsqu’ils [les deux agents du MI6, ndlr] ont été arrêtés, les Britanniques ont prétendu que le ministère de l’Intérieur et le Conseil national de sécurité étaient au courant, alors qu’ il n’en était rien. C’est pourquoi le président était si furieux. » La colère de Karzaï a explosé en public au Forum économique de Davos où, selon le London Times, il déclara en coulisses qu’il n’aurait pas dû écouter les responsables britanniques et américains lorsqu’ils lui demandèrent d’éliminer les forces de sécurité qui étaient en place dans la province de Helmand à leur arrivée. « Les Américains aussi bien que les Britanniques m’avaient assuré qu’ils savaient ce qu’ils faisaient, et j’ai commis l’erreur de les écouter ».

Quelques jours auparavant, Karzaï avait repoussé un effort conjoint des Britanniques et des Américains, soutenu par Ban Ki Moon, pour l’amener à nommer Paddy Ashdown en tant qu’envoyé spécial en Afghanistan. Selon le Asia Times, Karzaï craignait qu’Ashdown, fidèle à la réputation qu’il s’est faite dans les Balkans, ne se comporte en vice-roi colonial aux ordres de Londres. Conscient que les agences et organisations occidentales opérant en Afghanistan ne sont pas assez coordonnées, Karzaï veut cependant éviter la création d’un « commandement unifié » qui, sous la direction d’Ashdown, pourrait constituer un contre-pouvoir à son autorité.

Que font les Britanniques à Helmand ?

La réponse n’est pas difficile à trouver pour ceux qui connaissent bien le modus operandi britannique. La vérité est bien plus vicieuse, plus sanguinaire même, que celle décrite par le brigadier Mackay. Après un effort mitigé qui dure depuis près de 74 mois, l’administration Bush en est venue à réaliser qu’il est impossible d’apprivoiser les Afghans. Washington se rend désormais compte, sans pour autant l’admettre, qu’il est impossible de rester ami avec le Pakistan tout en appuyant le gouvernement de Kaboul, soutenu par l’Alliance du Nord. Le pashtoune Hamid Karzaï n’a le soutien ni du Pakistan, ni de la majorité de cette communauté installée de part et d’autre de la frontière pakistano-afghane.

Pour Washington, la seule option est donc d’obtenir que Karzaï soit accepté par les Pashtounes. En d’autres termes, il s’agit d’ouvrir un dialogue entre Karzaï et les talibans. Des négociations de ce type étaient effectivement en cours, mais le processus est compliqué du fait que les militants pashtounes n’acceptent pas la présence de troupes étrangères dans leur pays, quel que soit le scénario proposé.

Pendant que se déroulait ce processus complexe, la Grande-Bretagne a voulu avoir ses « propres » talibans, différents de ceux contrôlés par Karzaï et Washington. L’objectif était de former ces militants et de les utiliser pour prendre le contrôle de Kaboul, quitte à capturer et, éventuellement, tuer Hamid Karzaï. Ces talibans pachtounes seraient sous contrôle britannique, tandis que Karzaï est sous contrôle américain. S’emparer de Kaboul alors que le Pakistan est poussé au bord de l’explosion par des Pachtounes manoeuvrés depuis l’étranger, donnerait à la Grande-Bretagne la direction des opérations.

Le deuxième objectif de Londres était de mettre la main sur une part importante du butin provenant de l’opium produit en Afghanistan et dans la province d’Helmand en particulier. Ainsi, à la fin du XVIIIème siècle, la Compagnie britannique des Indes orientales avait aidé le Royaume Uni à éponger son déficit commercial gigantesque avec la dynastie chinoise Qing, en imposant un monopole britannique sur le commerce d’opium dans la province indienne du Bengale. En 2007, Helmand a produit 53% des 8200 tonnes d’opium afghan. En 2008, la production devrait encore augmenter, faisant toujours plus de victimes mais constituant une manne pour les banques britanniques en grande difficulté depuis la crise de subprimes.

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