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Les Gracques à l’assaut du socialisme ?

La rédaction
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Par Bertrand Buisson

Le système financier, après avoir ruiné les restes de l’économie agro-industrielle née des efforts de l’après-guerre, est en train de se désintégrer. Avant la fin de la Deuxième Guerre mondiale, sous l’occupation nazie, le Conseil national de la Résistance préparait déjà, dans son programme « Les jours heureux », l’avènement d’une économie de progrès en s’engageant à instaurer « une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie », et à réaliser « une organisation rationnelle de l’économie assurant la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général ».

Des courants à la dérive ?

Lors des universités d’été du courant socialiste d’Arnaud Montebourg, Rénover maintenant, qui avait adopté une analyse internationale, économique et financière de la situation politique, c’est le pragmatisme à la Tony Blair qui s’est invité.

Par quelle porte est-il entré ? Nul ne le sait. Cependant, la présence du Strauss-kahnien Pierre Moscovici fut remarquée puisque d’après certains militants, il est « à l’opposé » des montebourgeois sur de nombreux sujets, dont la question de l’adaptation à l’économie de marché. D’autre part, lors d’un atelier sur « comment rénover le PS », la « troisième voie » d’Anthony Giddens fut explicitement prise comme référence, sous prétexte que le pragmatisme du « New Labour » appliqué par Tony Blair avait permis aux socialistes britanniques de gagner par trois fois les élections. Giddens* fut également cité en exemple par Arnaud Montebourg lors de son grand discours de clôture, où le chef de file de Rénover maintenant a basé toute sa politique d’ »ultra-régulation » de la mondialisation financière sur l’alibi du réchauffement climatique, présentant Al Gore comme le nouveau Roosevelt de l’écologie.
Comme si le combat contre le système d’oligarchie et le libre-échange ne constituait pas une raison politique d’agir.

Heureusement, le fabiusien Henri Weber qui était annoncé à Fouras n’est pas venu. Il avait déclaré à Libération une semaine auparavant, lors de l’université d’été des Gracques, que la retraite à 60 ans, le Smic à 1500 euros et le maintien des effectifs de la fonction publique étaient un « archaïsme absolu ».

*Le baron Anthony Giddens est le gourou politique de Tony Blair. Professeur émérite au Centre pour l’étude de la gouvernance mondiale à la London School of Economics, il est considéré comme l’intermédiaire transatlantique entre le New labour de Blair et Brown et la faction anti-Roosevelt et malthusienne d’Al Gore et de Joe Lieberman au sein du Parti démocrate.

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Mais au moment où cette même audace est nécessaire au politique, le Parti socialiste est l’objet d’une campagne de pression de la part d’un groupe d’anciens hauts fonctionnaires, les Gracques, dont l’objectif est de renforcer l’influence des milieux financiers sur ce parti. En pleine campagne présidentielle, en mars dernier, mécontents du positionnement « trop à gauche » de la candidate, ils avaient appelé Ségolène Royal à s’allier avec François Bayrou : « Il est temps que le PS fasse sa mue idéologique et accepte l’économie de marché », déclarait alors Matthieu Pigasse, un Gracques se revendiquant socialiste. En ce temps, Ségolène Royal les avait renvoyés à leur propre comportement, soulignant leur libéralisme et faisant remarquer avec dédain qu’ils « sont pour la plupart passés dans le monde des affaires ». Aujourd’hui, Le Journal du dimanche prétend que Pigasse ferait partie d’une petite équipe d’économistes entourant Ségolène Royal.

Qui sont ces Gracques ?

Le plus connu des Gracques, même s’il n’en est plus un depuis qu’il a accepté le poste de secrétaire d’Etat aux Affaires européennes dans le gouvernement Fillon, est Jean-Pierre Jouyet. Ami du couple Hollande-Royal et ancien directeur de cabinet de Jacques Delors, président de la Commission européenne de 1991 à 1995, cet énarque était allé jusqu’à se faire embaucher quelques mois comme président en France de la banque britannique Barclays, avant d’accéder au plus haut poste dont un énarque peut rêver : chef de service à l’Inspection des Finances.

Si Jouyet est désormais écarté, l’un des « jeunes » les plus en vue chez les Gracques est Matthieu Pigasse, associé gérant de la banque d’affaires Lazard. Il est, selon certains, le banquier que « l’on s’arrache aujourd’hui », « celui que les patrons du CAC 40 invitent à leur table avant de lancer une OPA. Le dépositaire des petits et des grands secrets d’affaires »... Son métier de banquier d’affaires (spécialisé dans les fusions-acquisitions), Matthieu Pigasse l’a appris dans les cabinets des deux ministres de l’Economie et des Finances qui ont le plus privatisé, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn. Ce dernier aurait dit de lui qu’il a « transformé un étage de Bercy en banque d’affaires... » !

Pour des raisons de place évidentes, nous ne pourrons pas évoquer ici les carrières de tous ces Gracques « pantouflards », mais en voici quand même quelques cas d’espèces : Guillaume Hannezo, ancien de l’Inspection des Finances et du cabinet de Bérégovoy, fut le bras droit de Jean-Marie Messier contribuant à la ruine de Vivendi-Universal. Hannezo fut directeur financier du groupe, avant de rebondir, malgré les ennuis judiciaires que cette aventure lui a valus, en devenant associé gérant à la banque Rothschild. Il siège actuellement, à ce titre, au conseil de surveillance de Libération.

Son collègue au cabinet de Bérégovoy, passé aussi par celui de Dominique Strauss-Kahn, François Villeroy de Galhau, pourtant connu pour sa fidélité au service de l’Etat, a rejoint en 2003 le groupe BNP-Paribas pour prendre la tête de sa filiale Cetelem, spécialisée dans le crédit à la consommation. Gilles de Margerie, énarque, ancien de l’Inspection des Finances, est passé par différentes banques d’affaires dont Lazard, avant de finir directeur financier du Crédit agricole.

Pour comprendre un peu mieux le mal qui ronge ces Gracques de l’intérieur, regardons un instant leurs modèles et leurs inspirateurs. Dimanche 26 août, les Gracques tenaient leur première université d’été, signe de leur engagement politique. Parmi les invités, hormis - et pour cause - Michel Rocard, social-démocrate convaincu, et le syndicaliste réformateur de la CFDT, Jean-François Chérèque, concentrons-nous sur deux intervenants particulièrement déloyaux envers les idées socialistes. Peter Mandelson tout d’abord, un de ceux qui ont porté Tony Blair et le « New Labour » au pouvoir dans les années 90 en Angleterre. A la tête du poste stratégique de commissaire européen au Commerce, il pousse à la dérégulation et à la libéralisation des marchés contre toute politique d’équipement et de production. Autre participant, Anthony Giddens, qui a théorisé la doctrine du New Labour avec son livre The Third Way (La troisième voie), édité par la Société fabienne. Giddens a montré aux « socialistes » la voie pour s’affranchir de l’idée que l’Etat doit assurer le bien commun pour s’adapter plutôt à l’économie de marché et à la mondialisation. La Société fabienne, née à la fin du XIXe siècle, a joué un rôle clé pour l’empire britannique jusqu’à aujourd’hui, en développant une version du socialisme qui combattrait la misère tout en laissant se perpétuer le système qui en est la cause.

La Société fabienne réussira-t-elle à faire de la gauche caviar française une gauche « jelly », ou préfère-t-elle la manger à la crème anglaise ? Pour ce qui nous concerne, nous devons garantir que le Parti socialiste français rejette ces modèles de « dame de charité » de l’oligarchie anglaise pour s’inspirer plutôt des figures du courant républicain français, tels Jean Jaurès ou Pierre Mendès-France.

A lire : Lettre ouverte sur Pierre Mendès-France à l’opposition de gauche

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