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Les leçons pour aujourd’hui du Wirtshaftswunder allemand de l’après-guerre

La rédaction
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Par Kasia Kruczkowski

La reconstruction allemande entreprise après-guerre est la preuve empirique qu’un système de crédit productif public permet à une nation ruinée de se relever rapidement, à l’opposé d’un système monétariste. Les principes sous-jacents sont aujourd’hui tout à fait applicables aux pays méditerranéens.

La prospérité et la solidité économique de l’Allemagne furent érigées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale dans des conditions très difficiles. Minimisant ce qui est aujourd’hui connu comme le « miracle économique allemand » (wirtshaftswunder), les élites du système actuel prétendent que c’est la conjoncture qui l’a voulu, qu’il fallait bien reconstruire. On avait touché le fond, on ne pouvait que remonter...

De tels arguments sont bien utiles pour éviter de réfléchir aux principes économiques appliqués à l’époque, et ils ont bien souvent été invoqués afin d’empêcher la mise en œuvre de changements systémiques nécessaires - pour le plus grand plaisir des principaux acteurs de la mondialisation financière.

A la fin de la Seconde Guerre mondiale, la situation de l’Allemagne était catastrophique : la plupart des infrastructures étaient détruites ; la fourniture d’électricité et de chauffage pour l’industrie et pour la population s’était effondrée ; les rationnements alimentaires étaient très bas et des millions de réfugiés venus de l’Est se trouvaient dans les villes bombardées, où près d’un quart des logements étaient inhabitables. La situation financière n’était pas meilleure.

L’Allemagne n’était pas considérée comme solvable, ce qui l’empêchait de s’appuyer sur l’émission d’obligations souveraines pour lever des fonds sur les marchés financiers internationaux. Soumettre la population à une politique d’austérité - comme on le fait stupidement aujourd’hui - était impossible, pour des raisons évidentes.

Dans un tel état, comment l’Allemagne était-elle supposée regagner la « confiance des marchés » ? Et, plus important encore, comment allait-elle redonner à la population l’espoir d’un futur meilleur pour son pays et pour l’Europe ?

Néanmoins, à la fin des années 1950, l’Allemagne est redevenue une grande puissance économique et un partenaire convoité sur le marché des exportations. A partir d’une situation de chômage de masse au sortir de la guerre, le pays réussit à rétablir le plein emploi au cours des années 1960 (sept millions d’emplois créés en 7 ans !). La dette extérieure est payée avant même les délais prévus, pendant qu’augmentent les investissements et le niveau de vie.

La survie n’était pas le seul moteur de la reconstruction, mais bien plutôt la passion déterminée de la population, couplée à une politique de reconstruction dirigiste et soutenue par les fonds du Plan Marshall.

Entre 1948 et 1952, près d’1,6 milliard de dollars (environ 4 milliards de Deutschemarks) sont octroyés à l’Allemagne. Ces aides étaient mises à la disposition des entreprises et des collectivités locales, principalement sous la forme de crédit des Etats-Unis pour l’achat de biens (alimentaires et matières premières).

La Reconstruction Finance Corporation de Franklin Roosevelt

Le succès du modèle américain eut une grande influence pour la reconstruction allemande, notamment la Reconstruction Finance Corporation (RFC), créée en 1932, et dont le président Franklin Roosevelt s’est servi pour sortir de la Grande Dépression en forçant les banques-casino à servir l’économie productive.

En 1948, le banquier allemand Hermann Josef Abs fut, parmi d’autres, à l’origine de la création d’une institution modelée sur la RFC : le Kreditanstalt für Wiederaufbau (KfW/Organisme de crédit pour la Reconstruction). [1]

Une valeur équivalente aux importations américaines était payée sous forme d’acomptes de contrepartie (dans le cadre du Programme de reprise européen/ERP). A partir de ces acomptes, les autorités américaines libéraient des fonds destinés à d’importants projets du Plan Marshall (ECA).
Le KfW recevait du capital à partir des acomptes de contrepartie de l’ERP et pouvait ainsi financer l’amorce des projets de reconstruction.

Pour cela, le KfW dressait une liste des investissements prioritaires, de l’ensemble des équipements et des machines nécessaires, et chargeait les entreprises adéquates de les produire. Les entreprises devaient soumettre au KfW une demande de prêt en présentant l’ensemble des investissements et leur correspondance avec le projet concerné.

Mais le KfW ne devenait le prêteur que lorsque les institutions de crédit privées considéraient le prêt trop risqué ; ce qui était le cas en particulier pour les secteurs du charbon, du gaz, de l’eau, de l’électricité et des transports. Ces investissements publics ont suscité un nombre considérable d’investissements privés, que le gouvernement aidait par ailleurs.

Contrairement à d’autres pays européens ayant bénéficié des fonds du Plan Marshall, tous les crédits alloués à Allemagne ont été payés en retour à travers ces acomptes de contrepartie qui ont vu ainsi leur capital s’accroître, leur permettant de continuer à financer les grands projets, longtemps après l’expiration du Plan Marshall.

Ce principe de réinvestissement des crédits revenus dans le Fond originel correspond aux pratiques d’une entreprise moyenne réinvestissant ses bénéfices dans la société, de manière à la porter vers de plus hautes densité de flux énergétique, ce qui implique un progrès collatéral dans la qualité des produits et la qualification des employés.

En Angleterre et en Norvège, par exemple, les fonds furent utilisés pour payer la dette publique - ou, comme on le dit communément, pour équilibrer le budget - ce qui ne fit qu’empirer leur situation. Seule l’Allemagne et la France ont tenu à investir ces fonds de contrepartie exclusivement dans la production. Les dettes étrangères furent payées par la suite, grâce aux revenus fiscaux, de telle manière que ce « fond d’investissement » est resté disponible pour plusieurs prêts.

Posons-nous les bonnes questions

Ce type d’investissement peut et doit être réalisé grâce à l’émission de crédit public, en permettant au KfW de jouer à nouveau son rôle historique.
L’on ne devrait pas considérer une situation d’endettement comme un obstacle à l’émission raisonnable de nouvelles dettes, l’essentiel étant d’éviter la spirale infinie de l’endettement, conséquence de la politique de renflouements comme nous la menons depuis 2007 principalement, et de d’organiser la faillite contrôlée des titres toxiques. Pour cela, il est nécessaire que les fonds publics initiaux encouragent les investissements privés ; ceux-ci seront alors remboursés grâce à l’augmentation de la production.

Au lieu de tout ramener aux éternelles questions de coûts, qui ne mènent nulle part, posons-nous les bonnes questions : quels travailleurs, avec quelles qualifications, ont besoin de tels emplois, et de quelles capacités de production disposons-nous ? Quels projets d’infrastructures sont nécessaires, et quels investissements peuvent être réalisés en vue de créer des capacités supplémentaires ?

On en vient rapidement à la conclusion qu’un tel programme d’investissement requiert en parallèle un programme massif de formation, car la réalisation de ce type de projets implique la participation de nouveaux ingénieurs, techniciens et employés qualifiés, dans les secteurs du bâtiment et de l’industrie.

Nous devons bien sûr garder à l’esprit le fait que la crise actuelle n’est pas causée par le surendettement ou la destruction de l’économie réelle d’un seul pays, mais qu’il s’agit de l’effondrement de l’ensemble du système financier transatlantique. La faillite des politiques du FMI et de l’UE, en raison de leur persistance à suivre les théories monétaristes, est flagrante au regard de la situation de la Grèce.

Mais les conditions de nombreux pays dans le monde entier sont aussi graves, voire davantage, qu’en Allemagne à la fin de la guerre. L’ampleur des « aides » accordées par le FMI ou par des organisations similaires n’est pas le facteur décisif, comme le montrent le manque de développement en Afrique ainsi que dans la plupart des pays d’Asie.

L’approche politique sous-jacente au « miracle économique » - investissements publics dans les infrastructures, politique de crédit dirigiste et régulation - qui a longtemps été admirée et étudiée, en France, en Allemagne ou ailleurs, est absolument incompatible avec la dégénérescence de l’Union Européenne ces vingt dernières années qui violerait plusieurs des statuts et articles établis par le Traité de Maastricht, le Pacte de Stabilité, etc. Le problème est précisément là : le diktat libéral endémique des marchés, avec son lot d’axiomes et de traités, de Maastricht au Mécanisme Européen de Stabilité (MES), est un échec cuisant et sans appel et tous ces arrangements devraient immédiatement être annulés !

En réalité, le miracle économique ne fut pas miraculeux, mais résultat plutôt d’une vision de l’économie imprégnée d’humanisme, où le principal objectif était le développement du potentiel créateur d’une population, et le bien-être des générations futures.



[1En France il serait urgent de s’inspirer du Crédit National pour faciliter les réparations des dommages causés par la Guerre fondé le 10 octobre 1919.

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