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Michel Aoun et Bachar el-Assad : pardon des offenses et vision du futur

La rédaction
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Par Christine Bierre

La visite de Michel Aoun en Syrie (du 3 au 7 décembre) consacre la stature d’homme d’Etat de celui qui avait quitté son pays en 1990 sous les coups des raids aériens syriens, mais qui est capable aujourd’hui de tourner la page, la tête haute, au nom de la paix et de l’avenir.

Entre 1990 et 2005, l’histoire sera particulièrement mouvementée pour le Général Aoun qui a toujours montré cependant qu’il était capable de chevaucher le dragon tout en sauvegardant ses principes. Exfiltré en 1990 vers la France comme un vulgaire trublion, fauteur de guerre civile, le Général Aoun a dû passer près de 15 ans en résidence surveillée en France, puni pour avoir tenté de libérer son pays de l’occupation syrienne et israélienne.

En mai 2005, la résolution 1701 de l’ONU qui met fin à l’occupation syrienne, lui permet de rentrer au pays. Présent aux élections législatives, il réussit à se constituer un groupe de 22 députés (sur 128) grâce à une victoire écrasante dans les circonscriptions à majorité chrétienne.

La Syrie s’étant retirée du Liban, il appelle aussitôt à la normalisation des relations entre les deux pays, en tant qu’Etats souverains. Début 2006, il tourne le dos à la majorité pro-occidentale contrôlée par les Etats-Unis de Bush et de Cheney, et signe une alliance d’intérêt commun avec l’autre principale force politique du pays, le Hezbollah, un allié de la Syrie et de l’Iran, constituant à eux deux la majorité du pays.

En juillet 2006, face au rouleau compresseur de bombes israéliennes contre le Hezbollah au sud Liban, Michel Aoun maintient son alliance avec le parti chiite, tout comme il a soutenu son action contre la tentative de putsch de Saad Hariri appuyée par l’Arabie Saoudite et par Dick Cheney début 2008. Les accords de Doha en mai de cette année qui ont renforcé le rôle de l’opposition libanaise et celui de la Syrie, ont fini par créér les conditions d’une normalisation croissante entre les deux pays et de la visite du Général Aoun en Syrie.

Le tapis rouge

A Damas, c’est un accueil digne d’un chef d’Etat que le président syrien, Bachar el-Assad, a réservé à son ancien adversaire, l’opposant libanais. Dès le départ, le président syrien a multiplié les gestes symboliques à l’égard de son hôte, le faisant venir à Damas par son avion personnel, le faisant asseoir à son siège présidentiel au cours du premier tête à tête, alors qu’il prenait lui-même la place des invités, lui faisant l’honneur, enfin, de présenter tout seul la conférence de presse conjointe suite à leur rencontre, pendant que lui se glissait en observateur à la place des invités !

« Vos positions nationales vous ont acquis la sympathie non seulement des Libanais, mais aussi celle de tous les Arabes », déclare Bachar el-Assad à son encontre au cours d’une première réunion entre les deux délégations nationales. « Même lorsque vous étiez notre ennemi, vous étiez noble et digne. Notre problème est d’ailleurs avec les ennemis indignes. (…) Contrairement à beaucoup d’autres, vous ne tenez pas un double langage ».

Du côté de Michel Aoun, l’heure est aussi au pardon. « Ce qui s’est passé est comparable à la visite rendue par le Général de Gaulle au Chancelier allemand Konrad Adenauer en 1962 », dit l’un des responsables du CPL, le mouvement politique du général Aoun au Liban.

Le passé, déclare le Général Aoun, « nous ne l’oublierons pas, mais nous ne voulons pas non plus en rester prisonniers. Nous devons tout faire pour qu’il ne se répète pas. C’est là le plus beau cadeau que nous puissions faire à nos martyrs que nous n’oublierons jamais et avec le souvenir desquels nous vivons en permanence. Nous voulons les rassurer, leurs petits enfants ne vivront pas ce que nous avons vécu. »

Et, à la question de savoir si le président syrien avait adressé des excuses au peuple libanais pour l’occupation syrienne du Liban qui a duré quinze ans entre 1990 et 2005, Michel Aoun a répondu généreux : « Ils m’ont honoré. Mais avant de leur demander des excuses [aux syriens], il faudrait que les leaders libanais commencent eux-mêmes par présenter leurs excuses à leur peuple ».

Au cours de la conférence de presse, Michel Aoun a tenu un discours allant bien au-delà de petites considérations politiques, évoquant tout à la fois les questions stratégiques, spirituelles et morales. Il a comparé l’avenir à une « page blanche, à laquelle nous ajouterons chaque jour un peu de blanc » et a souligné combien la rencontre constitue « la promesse d’un avenir radieux ».

L’accueil réservé par le peuple syrien à Michel Aoun a été aussi très chaleureux. Dépassant les 1000 places de la salle à l’Université de Damas, des milliers de citoyens ont dû se contenter, faute de places, de suivre son intervention via des grands écrans installés dehors.

Scarlett Haddad rapporte pour l’Orient le Jour l’enthousiasme, l’émotion et le respect des jeunes syriens à son encontre, notamment les larmes du Général lorsqu’une jeune étudiante lui dit : « en tant que chrétienne, je suis fière de vous. Vous avez dit que vous venez en Syrie la tête haute et je peux vous assurer que les chrétiens de Syrie ont aussi la tête haute en vous voyant ».

Au cours des entretiens publics, le Général n’a pas esquivé les sujets délicats. Sur la question des fermes de Chebaa, dont une partie était réclamée par la Syrie, il a annoncé que désormais les Syriens avaient déclaré leur « libanité », la seule chose restant à définir étant si celle-ci sera officialisée avant ou après le retrait israélien de cette zone. La Syrie comme le Liban préfèrent que cela soit après leur retrait.

Evoquant la question des détenus libanais en Syrie, Michel Aoun a fait état de l’existence d’une commission qui enquête sur les noms présentés dont il a espéré que le travail « ne prendra pas trop de temps ». Des problèmes existent encore entre les deux pays, rapportent des proches du CPL, mais ils seront résolus dans la sérénité, entre alliés.

Enfin, au cours de son intervention à l’Université de Damas, il a épinglé Israël à plusieurs reprises, notant les différences d’approche qui existent entre Israël et le Liban. « Ils croient à la technique et la supériorité matérielle qu’ils utilisent pour violer les droits. Nous croyons en l’homme et en sa volonté de défendre ses droits. Nous avons la force du droit, a-t-il dit, et eux le droit de la force ».

La défense des Chrétiens d’Orient

Le voyage en Syrie donnera au Général Aoun l’occasion de poursuivre son offensive en faveur des Chrétiens d’Orient. 20 millions au début du XXème siècle, beaucoup ont été amenés à quitter leur terre d’origine ou ont changé d’identité comme c’est le cas, par exemple, de nombreux coptes en Egypte dont la communauté représente pourtant 4 à 5 millions de personnes. Les situations peuvent être très diverses. La communauté chrétienne est très bien traitée en Iran où il y a une liberté de culte, mais des chrétiens sont massacrés en Irak. Au Liban certains courants chrétiens se sont fait les courroies de transmission des extrémistes israéliens. C’est dans ce contexte que Michel Aoun se fait, depuis quelques temps, le porte-parole des Chrétiens d’Orient, le défenseur de leurs communautés, de leur développement, de leur unité, mais aussi d’un bon vouloir vivre en commun avec les Arabes.

En Syrie, après avoir visité la magnifique mosquée œcuménique des Omeyyades à Damas qui abrite le tombeau de Saint Jean-Baptiste, il se recueillera dimanche sur la tombe de Saint Maron, patron de sa communauté maronite, au nord d’Alep. Une messe en plein air y sera célébrée. Forte de 1,7 millions de fidèles, la communauté chrétienne de Syrie bénéficie d’une liberté totale de culte.

Fort de cette nouvelle influence régionale et de son nouveau rôle de défenseur des communautés chrétiennes d’Orient travaillant en paix avec la communauté arabe, et à condition qu’on laisse aux Libanais eux-mêmes le choix de leur président, Michel Aoun est en bonne position pour accéder aux plus hautes fonctions dans son pays, lors du scrutin qui doit avoir lieu en 2009.

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