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Monsieur Hollande, cessez de renflouer ce système en faillite !

La rédaction
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Par Christine Bierre

La descente de la zone euro dans le maelström de la faillite financière s’est encore accélérée avec les révélations de l’ampleur de la faillite bancaire espagnole. A quelques jours des élections grecques, qui pourraient se traduire par la sortie du pays de la zone euro si Alexis Tsipras et les autres partis de l’opposition l’emportent et abrogent le « mémorandum » d’austérité signé avec l’Union européenne, le sort de la zone euro se joue dans les prochaines semaines.

Face à cette échéance décisive, existentielle même, les gouvernements européens continuent à se comporter comme les aveugles guidés par des aveugles du célèbre tableau de Bruegel, les marchés financiers leur imposant à tous le rythme vers leur autodestruction. Pour l’heure, personne ne songe à remettre en cause la politique de renflouement du système bancaire en faillite, quel qu’en soit le coût social et économique terrible pour le futur de nos nations.

Que fait M. Hollande ?

Que fait notre nouveau Président, l’homme qui avait osé défier la finance dans son discours du Bourget de campagne présidentielle ? Depuis son arrivée à la présidence, il évite soigneusement tout combat contre cette finance. Alors que le candidat Hollande avait promis d’exiger la renégociation du Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG, dit « pacte budgétaire ») pour qu’il inclue un volet croissance, face au refus de l’Allemagne, le président Hollande a rapidement accepté que cette question ne soit traitée que dans un mémorandum annexe au dit Traité qui, rappelons-le, inflige aux peuples des mesures d’austérité draconiennes et automatiques au nom de l’équilibre budgétaire.

Vint ensuite la crise bancaire espagnole qui lui a offert sur un plateau la situation rêvée pour ouvrir le grand chantier des réformes bancaires en Europe. Car quelles sont les raisons de cette faillite ? La quasi-totalité de l’économie d’un pays membre de l’UE a été bâtie sur une bulle immobilière géante qui a éclaté en 2009, laissant des centaines de milliards d’euros de mauvaises créances immobilières dues par des promoteurs, des particuliers et des institutions. Rien n’aurait été plus légitime pour M. Hollande que de saisir cette occasion pour annoncer que la France ne comptait pas renflouer toutes les banques européennes en faillite de façon inconditionnelle, sans enquête préalable ni contrepartie. Au lieu de cela, il s’est prononcé sans la moindre hésitation pour une « recapitalisation des banques espagnoles » par des « mécanismes de solidarité européenne ».

Depuis, l’Europe a annoncé sa volonté de débloquer jusqu’à 100 milliards d’euros à l’Espagne, via le Fonds européen de stabilité financière (FESF) ou le Mécanisme européen de stabilité (MES). Fait nouveau, contrairement aux renflouements précédents, cet argent sera accordé sans les conditions du FMI, avec le simple droit de regard de l’Europe.

François Hollande a aussi apporté sa caution au projet d’Union bancaire européenne présenté par la Commission européenne et adoubé par le FMI, la BCE, Angela Merkel et Mario Monti. Ce projet qui semble être un pas en avant dans la bonne direction car il impliquerait beaucoup plus qu’auparavant le secteur bancaire privé dans les sauvetages à venir, ne représente pas une réelle solution à nos problèmes.

Dans un premier temps, les banques seraient appelées à constituer un fonds de garantie qu’elles abonderaient à hauteur de 1 % de leurs dépôts sur une période de dix ans, et auquel on ferait appel en cas de difficultés. En cas de problèmes plus graves, les législateurs prévoient d’imposer des décotes aux créanciers obligataires de la banque et une vente partielle ou totale de certains actifs à d’autres banques privées. Mais en fin de compte, c’est bien des entités publiques de défaisance, des bad banks, qui finiraient tout de même par recueillir tous les actifs toxiques de ces banques.

D’autre part, cette « union bancaire », comme l’a bien souligné Mme Merkel, ne pourrait exister que dans le contexte d’abandons de souveraineté de plus en plus importants vers une union fiscale, budgétaire et politique supranationale. Or, outre le fait que ceci va totalement à l’encontre de la volonté des peuples, les énormes écarts qui se sont creusés entre les économies des Etats membres interdisent un tel approfondissement de l’Europe et plaident bien au contraire pour une remise à plat de l’ouvrage. Pour en sortir, il faudra revenir à la situation d’avant le Traité de Maastricht, redonner la souveraineté monétaire et financière à chaque Etat membre et reconstituer l’Europe des nations avec un système européen de banques nationales sous contrôle public.

Ajouter de la croissance à la souffrance ?

Revenons maintenant au cœur de la négociation avec l’Allemagne pour un plan de croissance. François Hollande avait proposé quatre pistes :

  1. l’utilisation du reliquat des fonds structurels européens,
  2. la recapitalisation de la Banque européenne d’investissement (BEI),
  3. l’émission par l’Europe de « project-bonds », des obligations européennes uniquement destinées à construire des infrastructures, et
  4. une taxe sur les transactions financières (TTF).

Le document rendu public le 6 juin par Angela Merkel, intitulé « Plus de croissance en Europe : emplois, investissements, innovation », est plus qu’une douche froide sur les propositions de François Hollande. C’est un mur d’ultralibéralisme opposé aux propositions françaises. Angela Merkel ne rejette pas entièrement ces mesures, qui ne représentent somme toute qu’une goutte d’eau dans l’océan de la crise, mais au nom d’une philosophie économique qui n’a rien à voir avec celle de la France.

Si de nouvelles infrastructures sont nécessaires, « il est important de faire appel à plus de capitaux privés » et « les projets d’infrastructures doivent être strictement orientés vers des besoins effectifs », explique Mme Merkel, qui ne cache pas sa méfiance à l’égard de grands projets français dont le but serait de donner un coup de pouce aux groupes français de BTP et de services.

Tout le long de ce texte, la chancelière allemande défend le dernier credo des marchés financiers : la croissance sans dépenses, la croissance avec l’austérité ! Pas de croissance sans diminution des dettes publiques, sans précarisation du marché du travail. « Par le biais d’une consolidation favorable à la croissance, les déficits publics ont pu être réduits, une vigoureuse croissance économique a été dans le même temps rendue possible, des réformes sur le marché du travail ont provoqué une augmentation soutenue du nombre d’emplois », dit ce texte qui met en exergue les modèles canadien, finlandais et allemand. Parmi les priorités « pour libérer la croissance », la poursuite des privatisations et la « libération du trafic ferroviaire dans tous les Etats membres » !

Voici donc François Hollande toujours au milieu du dilemme posé par les marchés financiers avant son élection, celui de devoir choisir entre le marteau et l’enclume, entre la croissance et le contrat à durée indéterminé…

Quid de la séparation des banques ?

Qu’en est-il enfin de l’autre mesure phare de François Hollande, « la séparation des activités bancaires » ? Il semble bien que l’on s’achemine vers la mise en chantier de ce projet au cours de l’été, avant même que le groupe de travail européen présidé par le Finlandais Erkki Liikanen n’ait publié son rapport.

Alors que Michel Rocard, l’Association française des usagers des banques (Afub), l’ONG Finance Watch ainsi que d’autres analystes se sont ralliés au point de vue de Jacques Cheminade en faveur d’une séparation stricte des banques elles-mêmes (retour au Glass-Steagall Act), les grands banquiers français, férus de leur modèle de « banque universelle », défendent bec et ongles l’adoption d’une règle Volcker version « lite ». Cette règle, proposée par l’ancien secrétaire au Trésor Paul Volcker et adoptée aux Etats-Unis, interdit de spéculer sur fonds propres.

A en croire Les Echos du 8 juin, ce projet aurait les faveurs de certains au gouvernement. Le 10 juin dernier, nos banquiers ont envoyé une lettre à François Hollande lui signalant leur disponibilité pour une rencontre et se disant inquiets concernant ses propositions de séparation bancaire. Mais, selon les mêmes sources, les banquiers sont à la manœuvre et assez sûrs de pouvoir limiter la casse.

Problème de taille, que ce soit la règle Volcker ou la séparation préconisée par l’anglais John Vickers, qui cantonnerait les activités de dépôt au sein de la banque d’affaires (ring-fencing), activités spéculatives et non spéculatives continueraient à vivre au sein de la même institution, aujourd’hui menacée potentiellement de faillite.

Quand à la règle Volcker, si déjà l’ancien économiste en chef de la Banque mondiale, Joseph Stiglitz, un dissident des institutions de Bretton Woods, considère cette législation comme « un gruyère où les trous permettant de la contourner sont plus importants que la loi elle-même », que penser d’une règle Volcker allégée ?

Quelle que soit donc la façon dont on aborde le sujet, face à une crise systémique, on ne peut faire l’économie d’une réforme du système. Impossible de combattre à moitié la finance spéculative, comme l’a souvent répété Jacques Cheminade à François Hollande, au cours de l’élection présidentielle.

M. Hollande se dit un président « normal ». Pourtant, tout homme normal peut voir aujourd’hui, après les crises bancaires qui ont atteint l’Islande, l’Irlande, la Grèce, l’Espagne et prochainement, l’Italie, la France et l’Allemagne…, que sauf à accepter des sacrifices terribles et totalement injustes pour les populations qui n’y sont pour rien, il n’est pas possible de continuer à renflouer ce système en faillite.

Soyez un homme normal, Monsieur Hollande. Inspirez-vous de Franklin Roosevelt, de Jacques Cheminade ou de Lyndon LaRouche. Faites appel à l’homme de la rue pour soutenir une réforme permettant d’enterrer ce cadavre financier avant qu’il ne provoque davantage de dégâts.

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Vos commentaires

  • Le 14 juin 2012 à 14:48
    par Stol

    Les banques sont dépendantes aux injections de morphine des Etats. Et elles se comportent comme d’ingrates droguées vis-à-vis de ceux-ci ; l’heure du sevrage économique est arrivée !

    Répondre à ce message

  • Le 12 juin 2012 à 17:29
    par Pranakundalini

    HOLDUP SUR LES STOCKS D’OR DES BANQUES EUROPEENNES.

    Avec l’annonce de Mme Merckel de faire garantir par l’or des banques centrales les emprunts d’états pour abonder le MES (Mécanisme européen de stabilité).
    Le piège apparaît dans toute sa beauté.
    Ce n’est pas encore fait mais gageons que notre oligarchie s’y emplora de son mieux.
    Depuis 71 toutes les manipulations sur le système monétaire visent à cet objectif : »Faire main basse sur l’or des européens.
    Or qui a été déposé par les citoyens, plus ou moins volontairement dans les banques centrales en échange de papier monnaie et qui servait de contre-partie
    à cet émission de papier monétaire.
    Selon les nouveaux règlements européens :
    Les états doivent sous peine de poursuites abonder dans les 15 jours le MES.
    Les membres et fonctionnaires du MES ne sont soumis à aucune poursuite, leurs décisions sont inattaquables.
    Si l’on omet le caractère fasciste d’un tel fonctionnement.
    Nous savons que les dettes ne sont pas remboursables car elles comprennent une partie intérêts qui ne sont pas créés donc qui n’existent pas, donc introuvables.
    Cela permettra donc aux préteurs d’argent ex-nihilo virtuel de faire main basse sur les stocks d’or mis en garantie.
    Nous restons admiratifs devant une aussi belle escroquerie.
    Obligation d’emprunter, garantie des emprunts par de l’or, captation de l’or en garantie car impossibilité de rembourser.
    Immunité des intervenants, dés fois que les pigeons comprendraient avoir étés grugés et se révolteraient.
    Encore une fois chapeau pour le coup : magnifique hold-up sans armes ni violence.

    • Le 12 juin 2012 à 20:39
      par Eric

      Quand comprendrez-vous qu’une once d’or n’a en vérité pas plus de valeur qu’un silex ? La valeur que l’or possède depuis toujours est le résultat d’une décision arbitraire. L’humanité n’a besoin ni d’or ni de monnaies pour perdurer. Elle a seulement besoin d’individus ayant toutes sortes de compétences, de ressources naturelles et de ressources technologiques. Or, elle possède ces trois éléments.

      Je ne vous plains pas car vous raisonnez comme les hommes du XXème siècle. Réveillez-vous ! Nous sommes en 2012.

    • Le 14 juin 2012 à 08:20
      par Pranakundalini

      Je suis d’accord que l’or en soit n’a de valeur que celle que nous lui donnons.
      Le problème est que la crise va permettre à quelques richissimes banquiers de faire main basse sur les stocks d’or.
      Ce qui leur donnera ensuite la légitimité pour emmètre une monnaie fiable ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.
      Il sera alors difficile de remettre en cause leur droit à nous mettre en esclavage....
      Je trouve que Cheminade ne parle pas assez du problème de la création monétaire.

    Répondre à ce message

  • Le 12 juin 2012 à 23:23
    par petite souris

    Monsieur Hollande se décrit lui-même comme un homme normal.
    Il ne l’est bien évidemment pas.
    D’abord c’est un politicien de carrière.
    Ensuite, il a toujours éte accepté dans le cercle des politiciens ayant le droit d’exister parcequ’il adhère aux règles de ce club très fermé et très pauvres en idées nouvelles ou plutôt utiles pour le France et les français.
    Enfin, il est le P de la R aujourd’hui.

    Si un aveugle conduit un autre aveugle, ils tomberont tous les deux dans un trou. Evangile de Saint Matthieu

    Le monde est aveugle. Rares sont ceux qui voient. Bouddha

    Les hommes sont conduits plutôt par le désir aveugle que par la raison. Spinoza

    Répondre à ce message

  • Le 12 juin 2012 à 17:33
    par libertad

    d’autant plus que scandaleux que ma banque ( credit agricole centre france ) a osé me prendre 120 euros de frais bancaire pour un decouvert de 200 euros ( decouvert reel de 80 auquel s’ajoute bien evidement les 120 euros de frais bancaires ) alors que je paye tous les mois une cotisation pour avoit le droit d un decouvert de 200 euros

    par ailleurs , cette meme banque , le credit agricole centre france ( et ca va peut etre interresser jacques cheminade) , au moment des derniers stress test des banques l’année dernière , a ponctionné ( soit disant par erreur ) le compte de ma sci de 15 millions d’euros : oui vous avez bien lu .... et bien pendant 15 jours que j’ai laissé pour voir si on m’appelait : rien !! nada !! personne ne s’est occupé de m’appeler pour me signaler le problème .... alors que tous les voyants devaient être au rouge et clignoter de façon a éclairer la ville de clermont ferrand ... c’est un scandale !!!!!

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