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Nouvelle définition du patriotisme économique en France : donner aux riches pour sauver l’emploi

La rédaction
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Le ministre français de l’Economie et des Finances Thierry Breton estime que pour éviter les délocalisations et sauver l’emploi, les entreprises ont besoin de « capital stabilisé ». Les détenteurs d’actions, et en particulier les plus riches d’entre eux, vont donc, suivant cette logique, bénéficier de cadeaux fiscaux à l’américaine. Les classes populaires qui, elles, n’ont pas les mêmes moyens de manifester leur patriotisme, seront l’hiver venu fort dépourvues.

Cette politique, en raison d’une coïncidence révélatrice, s’est manifestée dans quatre domaines différents de la fiscalité.

Tout d’abord, Thierry Breton a annoncé le 20 octobre au Sénat qu’il inscrirait dans le prochain collectif budgétaire une exonération totale de l’impôt sur les plus-values mobilières après une période de détention des titres de huit ans. Jusqu’à cinq ans, ces plus-values resteront taxées à 15 %, mais à partir de six ans, elles bénéficieront d’une exonération progressive d’un tiers par année de détention. Ce que Breton ne semble pas prévoir : le pourcentage à payer sera le même pour le petit actionnaire que pour celui qui possède des millions, désormais sans plafond. Il semble que la raison d’être du projet soit effectivement de favoriser ce dernier !

Ensuite, il a été prouvé par l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE) que la récente réforme fiscale de Dominique de Villepin ne profitera pas en priorité aux classes moyennes, contrairement à ce qu’il a affirmé. En effet, auparavant l’abattement de 20 % sur les revenus était plafonné à 117 500 euros. Aujourd’hui son plafond a disparu pour tous ! « Pour les plus hauts revenus (...) : leur taux d’imposition passe pratiquement de 48 % du revenu annuel à 40 % », constate Henri Sterdyniak, économiste à l’OFCE.

Ensuite encore, les membres UMP et UDF de la Commission des finances de l’Assemblée nationale ont adopté un dispositif instituant un abattement de 75 % de l’impôt sur la fortune (ISF) sur la valeur des actions nominatives détenues par les salariés et les dirigeants actuels ou retraités d’une entreprise, dès lors qu’ils possèdent leurs actions depuis plus de six ans. L’objectif est de favoriser les grands patrons ou cadres dirigeants pour éviter leurs délocalisations fiscales, principalement en Belgique. Autrement dit, dans le cadre de la libération des mouvements de capitaux au sein de l’Union européenne, on cède au chantage des plus fortunés !

Enfin, comme l’a souligné Thierry Breton, « nous instituons la garantie pour les particuliers qu’ils ne pourront pas payer [en impôts] plus de 60 % de leurs revenus, et pour les entreprises qu’elles ne seront pas imposées au delà de 3,5 % de leur valeur ajoutée au titre de la taxe professionnelle. » Cela, une fois de plus, favorise les plus « gros », tandis que ce plafonnement des impôts directs et de la taxe professionnelle réduit à néant l’autonomie fiscale des communes, départements et régions.

Vous avez dit « patriotisme économique » ? La patrie, ainsi conçue, appartient à ceux qui la possèdent. A-t-on oublié que le général de Gaulle, en 1940, à qui on demandait pourquoi les élites françaises ne l’avaient pas rejoint à Londres, alors que les pêcheurs de l’île de Sein l’avaient fait, répondit : « Parce que les possédants sont toujours possédés par ce qu’ils possèdent. »

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