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Où est notre Ferdinand Pecora ? s’interroge Vanity Fair

La rédaction
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16 mai 2010 (Nouvelle Solidarité) — La livraison de juin de Vanity Fair, un mensuel américain qui tire à 1,1 million d’exemplaires, publie deux articles parfaitement en phase avec l’offensive en cours contre la délinquance financière des banques américaines. Avec l’éditorial « The Big Steal » (le grand vol), écrit par le directeur de publication Graydon Carter, et le dossier « When Washington Took on Wall Street » (Quand Washington s’attaquait à Wall Street), signé par l’historien Alan Brinkley, la revue démontre l’actualité de la démarche du président Roosevelt en 1933. Ce dernier, après avoir nommé le procureur Ferdinand Pecora à la tête d’une commission d’enquête parlementaire sur les abus des banques, avait imposé la loi Glass-Steagall visant à mettre l’argent du citoyen à l’abri des opérations spéculatives à très haut risque.

Graydon Carter écrit : « Vous êtes-vous rendu compte que les banques ont abandonné leur métier de banquier ? J’entends par là l’activité consistant à récolter des dépôts et à les prêter à un tiers avec une petite marge. Si vous possédez une PME-PMI ou êtes propriétaire d’une maison et que vous cherchez à refinancer votre hypothèque afin de profiter de taux d’intérêts historiquement bas, vous me comprenez sans doute. Le dictionnaire Merriam-Webster donne deux définitions de banque : la première la décrit comme "une entreprise qui gère les dépôts et collecte l’ épargne des clients, accorde des prêts et offre des services financiers." Cela ressemble fort à l’idée que la plupart d’entre nous se font d’une banque, du moins jusqu’à récemment. La deuxième définition est un individu à la tête d’un tripot. Et cela ressemble assez à ce que la plupart des grands financiers considèrent actuellement comme une banque. Les grandes institutions financières telles que Goldman Sachs ou Morgan Stanley gagnent de plus en plus leurs profits gigantesques et leurs bonus énormes avec des paris financiers, et ceci grâce à toute une myriade d’instruments financiers d’une telle complexité que les banques elles-mêmes avouent avoir du mal à les comprendre.

« La bonne vingtaine de banques ayant bénéficié des mannes du Trésor en 2008 ont systématiquement réduit leurs prêts aux entreprises depuis avril 2009, moment où l’Etat exigea des rapports réguliers sur leurs activités. Et les banques de moindre taille, qui prêtaient presque n’importe quel montant à n’importe qui jusqu’à l’éclatement de la bulle des subprimes, ne prêtent désormais plus rien à personne… »

« Je reviens sur la commission sénatoriale sur les activités bancaires et la monnaie, créée pour enquêter sur les origines du krach de Wall Street de 1929, qui provoqua la Grande dépression. Elle a gagné sa notoriété en tant que "Commission Pecora", d’après le nom du procureur italo-américain Ferdinand Pecora, dont le courage avec lequel il interpella les banquiers de haut niveau fut universellement apprécié par l’homme de la rue. Lorsque le banquier John Pierpont Morgan parle devant la Commission, il déclare sans ambages qu’il "considère les banquiers privés comme un atout pour la nation, et non comme un danger". Pecora lui demande alors sa profession et quand Morgan répond "banquier privé", la salle éclate de rire. »

« Comme l’historien Alan Brinkley le documente page 156, dans son article "Quand Washington s’attaquait à Wall Street", l’humiliation de Morgan n’en était qu’à son début. Pecora exposa habilement les tours de passe-passe des banquiers. Dans ce processus, Pecora inventa l’idiome américain "bankster", une contraction des mots banquier et gangster qui devint très populaire à l’époque de la Dépression. La Commission Pecora créa également le climat et donna l’impulsion nécessaire à toute une série de réformes de Wall Street, y compris la création de la SEC et de la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC), ainsi que l’adoption de la loi Glass-Steagall qui visait à mettre hors la loi le type d’imprudence qui nous a conduit au chaos actuel. Ces mesures permirent pendant des années à l’industrie financière de rester sur le bon chemin (et de rester généralement solvables). »

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« Cependant, Pecora savait fort bien que les forces derrière la spéculation financière, en particulier la cupidité et la chicanerie, ne disparaissent jamais réellement. Au mieux, on peut les affaiblir pendant un moment. Il n’y a pas de doute, écrivait-il en 1939, qu’à la première opportunité qui se présente, ces forces reprendront leurs activités pernicieuses. Pecora avait, hélas, parfaitement raison. Au début des années 1980, bon nombre des réformes mises en place après les auditions de sa commission furent sans cesse affaiblies et éliminées. C’est peut-être difficile à croire, par rapport à nos références politiques actuelles, mais la Commission Pecora fut mise sur pied par des Républicains et non par des Démocrates. »

L’éditorial de Brinkley conclut qu’« en 1999, la loi Glass-Steagall fut abrogée, ouvrant la voie à une fusion des activités de banques commerciales et de banques d’affaires (avec les mêmes conséquences qu’auparavant). Au début des années 2000, le pouvoir de la SEC fut substantiellement amoindri. Sans surprise, la crise financière de 2008 a redonné de la visibilité à la Commission Pecora. Cependant, la réponse, en terme des enquêtes du Congrès, fut peu convaincante. L’enquête parlementaire sur l’industrie bancaire, présidée par l’ancien trésorier de l’Etat de Californie Phil Angelides, se fait appeler "Commission Angelides" dans un hommage évident à la Commission Pecora. Cependant, jusqu’ici, c’est une copie anémique à qui il manque la ténacité et l’impact de l’enquête de Pecora. A la place, quelques modestes membres du Congrès, peu au fait des réalités, font parler des témoins sans faire éclater la vérité ni obtenir d’aveux utiles, à part quelques excuses de leur part. "Où est notre Ferdinand Pecora ?" demandait un éditorial du New York Times en 2009. Il n’y a guère eu, jusqu’à ce jour, de réponse appropriée ».



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