Solidarité & progrès est un parti politique qui milite pour la paix par le développement économique mondial, contre le féodalisme financier et les idéologies du sol, du sang et de la race. Les informations que nous diffusons visent à vous faire joindre notre combat en le faisant devenir aussi le vôtre.

La campagne
présidentielle
Cheminade 2017
Flash : 8 décembre - Référendum en Italie : une nouvelle claque pour l’UE Lire Flash : 2 décembre - La République se rappelle qu’elle a besoin de savants ! Lire Flash : 2 décembre - Sur le renoncement de François Hollande Lire
Accueil Actualité

Quand humanisme rime avec impérialisme...

La rédaction
visites
931
commentaires
par Cédric Gougeon

Critique du livre Le néo-conservatisme est un humanisme, Yves Roucaute, Editions PUF, 2005, (150 pages, 15 €).

Dans son nouveau livre Le néo-conservatisme est un humanisme, paru en mai dernier, Yves Roucaute le dit et le répète : la pensée néo-conservatrice est née en proclamant « plus jamais Auschwitz » (Theodor Adorno). Qu’entend-il par là exactement ? Essaie-t-il tant bien que mal de cacher les liens plus que problématiques existant entre Léo Strauss, inspirateur du néo-conservatisme, et Carl Schmitt, juriste nazi ? Il est vrai que se savoir le disciple d’un philosophe dont la pensée fut limée par le célèbre avocat du diable, Carl Schmitt, n’est pas très confortable.

Véritable outil de propagande, Le néo-conservatisme est un humanisme est, avant tout, l’oeuvre d’un personnage dont le parcours ressemble à celui d’un caméléon traversant un damier. Adepte du marxisme de Gramsci dans sa jeunesse, il fut ensuite secrétaire à l’UNEF. Après avoir été le dirigeant des programmes culturels sur France 3 pendant quatre ans, il est maintenant professeur à l’université de Paris X-Nanterre. Membre de l’Atlantis Institute, un think-tank bruxellois, il côtoie bon nombre de néo-conservateurs francophones tous engagés à promouvoir l’idée que le libéralisme économique est source de paix et de progrès... tout en ayant fait campagne pour l’intervention armée contre l’Irak.

Quelle est donc cette pensée dont Roucaute prétend qu’elle a le pouvoir de « ranimer le principe d’espérance par une conception du monde qui lie moralité, liberté et prospérité, et pose pour finalité la cité de la compassion et la paix universelle » ?

S’opposant fermement au relativisme de la gauche, la pensée néo-conservatrice serait une redécouverte des « valeurs morales universelles », où libéralisme économique côtoie la préservation de certaines traditions. Derrière cette mauvaise poésie, on retrouve une réelle intention de destruction de l’Etat et de ce qu’il appelle la « réaction des archaïques adorateurs de l’Etat souverain », en faveur d’un Etat « minimal et variable », véritable passoire pour des intérêts financiers qui dépouillent les Etats et les populations de toutes leurs richesses. Et lorsque des figures anti-synarchistes telles Roosevelt ou de Gaulle sont assimilées à des conservateurs, c’est sans doute pour ratisser plus large dans la droite, mais surtout pour enterrer tout ce que ces personnages ont pu faire contre le courant néo-libéral avec la planification et le New Deal.

Partisan d’un Etat minimal à intervention variable, Yves Roucaute veut peut-être sousentendre que les cyclones ne font pas partie du répertoire d’intervention de l’Etat, comme l’ont estimé dernièrement les néo-conservateurs de la Maison Blanche. « Le froid gardien du bien public et de l’intérêt général » semble en effet lui donner des frissons dans le dos : il précise avec insistance que les processus de nationalisation des entreprises et des banques ont été poussés à bout par les Etats totalitaires ; le financement du parti nazi par les banques privées de l’establishment anglo-américain a dû lui échapper, excusons-le.

Tout cela vise à détruire ce qu’il y a de meilleur dans le concept de l’Etat, qui se trouve explicitement dans la Constitution américaine : l’idée que l’Etat doit protéger l’intérêt général du pays (General Welfare) et que la vie, la liberté et la recherche du bonheur sont des droits inaliénables dont ce même Etat se fait le garant. C’est aussi une attaque contre le préambule de la Constitution de 1946 et de la Cinquième République, qui affirment fortement ces mêmes valeurs. Cette idée de l’Etat providence s’oppose littéralement à la politique de John Locke qui, présenté à tort comme l’inspirateur des idées républicaines, défendait de son côté les droits de « la vie, la liberté et la propriété » sous l’oeil attentif de l’empire britannique. Une « propriété » bien chère à Yves Roucaute qui défend fermement le libéralisme classique de John Locke.

D’après Roucaute, comble de l’absurde, les néo-conservateurs seraient les nouveaux héritiers de Socrate. C’est sans doute la raison pour laquelle il est lui-même un redoutable sophiste...

Souvenez-vous de la raison officielle invoquée pour envahir l’Irak : Saddam Hussein détient des armes de destruction massive et ceci représente un danger pour le peuple américain. Et comme le disait si bien Richard Perle - néo-conservateur très influent sur Bush - déclarer la guerre à un pays qui pourrait représenter une menace dans un futur proche est tout à fait légitime. Seulement voilà, Colin Powell reconnaît aujourd’hui qu’il a été désinformé par les services de renseignement américains qui affirmaient l’existence de ces mêmes armes. Yves Roucaute ne fait bien sûr pas une seule allusion à cela, et détourne même le lecteur de cette pensée en répondant : « L’erreur est-elle d’être intervenu en Irak ou de n’être pas intervenu plus tôt [avant la guerre Iran-Irak], ce qui aurait évité deux millions de morts irakiens, un million de morts iraniens, sans même évoquer ces centaines d’assassinats organisés depuis Bagdad par les groupes terroristes qui y demeuraient ? »

La vérité est que l’Irak est aujourd’hui dans une situation bien pire qu’il y a deux ans et que le véritable plan des néo-conservateurs américains a fonctionné : plonger toute la région du Moyen-Orient dans le chaos à l’aide d’une guerre permanente, tout en gardant le contrôle des ressources de cette région à la façon dont un empire veille sur son patrimoine.

Alors, le néo-conservatisme : humanisme ou impérialisme ?

Contactez-nous !

Don rapide