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Rony Brauman en 2008 : au Soudan, la CPI « risque de jeter de l’huile sur le feu »

La rédaction
1601 visites | 4 commentaires

6 mars 2009 (Nouvelle Solidarité) – Dans un article publié en juillet 2008, Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières (MSF), démasquait les affirmations pour le moins troubles de la Cour pénale internationale (CPI) et son procureur, l’argentin Luis Moreno-Ocampo.

Dans cet article, sous le titre Darfour : la Morale contre les peuples ; la Cour pénale internationale risque de jeter de l’huile sur le feu, Brauman réagissait face aux « preuves » présentées par le procureur de la CPI le 14 juillet 2008 et supposées démontrer que le régime soudanais d’Omar el-Béchir, prenant prétexte de la lutte contre l’insurrection, projetait en réalité à « mettre un point final à l’histoire des peuples four, masalit et zaghawa… En fait, il visait le génocide ».

Brauman y rappellait que le droit international désigne comme génocide « toute entreprise criminelle visant à détruire, en tout ou en partie, un type particulier de groupe humain, comme tel, par certains moyens. L’intention spéciale exigée pour le crime de génocide comporte un double élément : l’acte ou les actes doit (vent) viser un groupe national, ethnique, racial ou religieux ».

Le premier accusé ayant eu à répondre, en Europe, de crimes de génocide a été le général Radislav Krstic, l’homme qui commandait les forces serbes lors du massacre de huit mille musulmans bosniaques à Srebrenica, en juillet 1995. Il faut reconnaître, estime Brauman, bien que cela n’excuse nullement ce terrible massacre, que les « non-combattants » furent épargnées est que les blessés furent évacués. Strictement parlant, ce crime est donc plutôt qualifiable de crime de guerre plutôt que de génocide.

Cependant, notait Brauman, « la condamnation de Krstic avait été saluée par nombre d’observateurs et d’organisations de défense des droits de l’Homme comme une avancée de la justice et de la morale. En pratique, elle annonçait que toute guerre peut désormais être considérée comme un génocide… »

Ainsi, « si l’on suit la logique de la Cour pénale internationale, les guerres d’Espagne, d’Algérie, du Vietnam, d’Afghanistan entre autres, marquées elles aussi par des massacres de civils, l’usage de milices, la torture et les déplacements forcés de population relèvent du crime de génocide. »

« Outre l’inflation judiciaire qu’elle ouvre, le défaut majeur de cette perception des conflits comme “génocides” (ex-Yougoslavie, Soudan, en attendant les suivants) est qu’elle les soustrait à l’histoire et à la politique, pour les soumettre au seul jugement moral. Qualifier une guerre de génocide, c’est quitter le terrain du politique, de ses rapports de forces, de ses compromis et de ses contingences pour se situer dans un au-delà métaphysique où s’affrontent le Bien et le Mal : fanatiques contre modérés, hordes sanguinaires contre civils innocents. »

« Que des massacres aient été perpétrés par le régime soudanais dans le cadre d’une guerre de contre-insurrection, qu’une stratégie de terreur ait été mise en œuvre par l’armée et des milices, ce sont des faits avérés. Qu’il y ait eu intention d’exterminer les peuples du Darfour en tant que tels, voilà qui relève de la spéculation. Comment, si tel était le cas, comprendre le fait que plus de deux millions de Darfouriens se sont regroupés autour des principales villes de garnison de leur province, qu’un million d’entre eux vivent à Khartoum, où ils n’ont jamais été inquiétés tout au long de cette guerre, ou encore qu’un énorme dispositif humanitaire a été mis en place et qu’il a permis d’épargner des dizaines de milliers de vies humaines ? Imagine-t-on des Tutsis cherchant abri auprès des forces armées rwandaises en 1994, ou des juifs auprès de la Wehrmacht en 1943 ? »

« Il est vrai qu’au cours de son intervention au Conseil de sécurité le 5 juin dernier, le procureur est allé jusqu’à parler des camps de réfugiés comme de lieux où se perpétrait le génocide, ce qui est à proprement parler délirant. Ces manifestations d’incontinence intellectuelle ne sont pas les premières en ce qui concerne le Darfour, et celui-ci n’en a pas le monopole, bien qu’il les suscite en nombre. Reste qu’avec de tels arguments au service d’une telle incrimination, la qualification juridique et la compréhension politique se séparent radicalement au point que la première fait écran à la seconde. On peut se demander ce que signifie le droit dans de telles conditions. »

Pour conclure, Rony Brauman avertissait, dès l’été 2008, que l’action de la CPI risquait surtout de provoquer de nouveaux conflits : « Il y a fort à parier, de plus, que les protagonistes du conflit durcissent maintenant leurs positions. Les mouvements rebelles ont le sentiment justifié d’avoir emporté une bataille et n’ont aucune raison de s’arrêter là. Qui pourrait leur reprocher de ne pas vouloir négocier avec un régime génocidaire ? Qui pourrait les critiquer de lancer des attaques qui seront nécessairement considérées comme de la légitime défense ? Cet encouragement au combat enclencherait alors un nouveau cycle de violences et de représailles dont les conséquences seraient humainement et politiquement désastreuses. »

Bien que l’accusation retenue aujourd’hui par la CPI contre le président soudanais n’est pas celui de "génocide", mais celui de "crime de guerre" et de "crimes contre l’humanité", nombreux sont ceux qui pensent que les conséquences seront toutes aussi désastreuses.

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Voir les 4 commentaires

Vos commentaires

  • Le 8 mars 2009 à 00:26
    par simple anonyme

    Merci les amis , tout ce que je voulais savoir... en tous cas Cheminade, m’apparait comme qqn de bien , s’il se présente aux prochaines élections , il aura ma voix !

    Répondre à ce message

  • Le 7 mars 2009 à 20:59
    par Lounghes

    A quand un mandat d’arrêt de la Cour Pénale Internationale contre George Bush pour génocide en Irak, contre la France pour complicité de génocide au Rwanda et crimes de guerre en Côte-d’Ivoire ? Béchir doit être puni ! Ceux qui veulent le faire sont-ils légitimes ? Il faut en finir avec la loi du plus fort.

    Répondre à ce message

  • Le 7 mars 2009 à 00:06
    par picpus

    Il s’agit tout simplement d’un bandit arrêté par des gangsters...

    • Le 7 mars 2009 à 19:08
      par simple anonyme

      Simplement une vision générale d’un citoyen ordinaire.
      Pour moi El Bechir est un assassin et je ne vois pas pourquoi, à ce simple titre il ne serait pas puni comme l’homme de la rue.
      D’un autre côté j’espère simplement (pour l’avoir trop attendu...), la naissance d’un véritable humanisme .
      C’est tout.
      Merci pour tout ce que vous faites.

    Répondre à ce message

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