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Russie-Ukraine : la géopolitique de l’énergie

La rédaction
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Au 1er janvier 2006, les négociateurs russes et ukrainiens n’ont pas réussi à conclure un accord sur les nouveaux prix de gaz naturel russe - qui devaient passer de 50 à 230 dollars les 1000 mètres cubes. Un compromis de dernière minute proposée par le président Poutine a été rejeté par la partie ukrainienne.

Le même jour, l’entreprise russe Gazprom a interrompu ses livraisons de gaz. La pression dans les gazoducs - qui transitent par l’Ukraine avant d’arriver à leurs pays de destination dans l’UE - a aussitôt baissé non seulement en Ukraine, mais en Pologne (-14 %), en Hongrie (-20 %) et en Autriche (-25 %). La Russie fournit un quart de l’approvisionnement en gaz naturel de l’Europe occidentale, mais grâce aux réserves et à un accroissement des livraisons en provenance de Norvège et des Pays Bas, la pénurie ne devrait pas se faire sentir avant plusieurs semaines.

Gazprom (et le gouvernement russe qui contrôle le géant du gaz) veulent obtenir une part majoritaire, sinon le contrôle total, du réseau de gazoducs ukrainiens qui est encore dans les mains de l’Etat. Il représente la principale route de transit vers l’Europe centrale et occidentale, en attendant l’achèvement du gazoduc sous la mer Baltique, prévu pour 2010. Gazprom contrôle déjà le réseau de gazoducs passant par la Biélorussie. En 2000, le chancelier Schröder et Vladimir Poutine avaient proposé que des sociétés de gaz naturel allemandes, françaises et italiennes se joignent à un consortium de gazoducs russo-ukrainien, mais les oligarques de l’énergie en Russie et en Ukraine s’y sont opposés. Fin 2004, la « révolution orange » en Ukraine a enterré le projet.

Il n’est pas à exclure que Poutine et son homologue ukrainien Iouchtchenko, qui participeront tous deux à l’entrée en fonctions du président Nursultan Nazarbaïev le 11 janvier au Kazakhstan, se mettent d’accord sur un compromis. Le fait qu’ils n’y soient pas parvenus jusqu’à présent est peut-être dû à l’obstruction d’une « tierce partie », représentée par le « Monsieur Energie » du gouvernement américain, Dick Cheney.

Signalons dans ce contexte la visite en Ukraine de directeur de la CIA, Porter Goss, à la mi-décembre. Lors d’auditions au Congrès en février 2005, il avait déclaré que la politique énergétique russe en Europe centrale et en Asie centrale, notamment les relations russo-ukrainiennes, était une préoccupation stratégique majeure de l’administration Bush. Le durcissement de la position de Kiev au cours de la deuxième quinzaine de décembre est à considérer à la lumière de la visite de Goss. En outre, d’importantes élections parlementaires sont prévues en Ukraine en mars et des porte-parole russes et ukrainiens s’accusent mutuellement de vouloir utiliser le problème du gaz naturel pour influencer les résultats électoraux.

En marge de ce conflit, le ministre allemand de l’Economie, Michael Glos, a proposé le 1er janvier que le débat soit relancé en Allemagne sur le retour au nucléaire. Par ailleurs, l’éclatement du conflit entre Moscou et Kiev a fait taire les critiques du gazoduc sous-marin de la Baltique, qui passe directement de Russie en Allemagne, et de là, en Europe occidentale.

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