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Sécurité : mirage et hypocrisie du « couvre-feu »

La rédaction
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Le Conseil d’Etat a donc accepté en faveur d’Orléans ce qu’il avait refusé en 1997 aux villes de Dreux et de Gien : un « couvre-feu » pour les moins de treize ans. Après Orléans, Cannes, Antibes, Colombes et Nice ont suivi, suscitant un grand fracas médiatique. Beaucoup de bruit pour rien, serait-on tenté de dire, mais ce serait ne pas prendre en compte les dégâts que cause toujours l’application de fausses solutions à de vrais problèmes. Ici encore, les hommes politiques ont déserté leur rôle, en tentant de conjurer les peurs de leurs électeurs par un mirage, au lieu de prendre les mesures nécessaires pour relever un défi en s’en don-nant les moyens.

La première chose à dire est que, bien sûr, de jeunes mineurs ne doivent pas traîner seuls dans les rues la nuit. Cependant, sans qu’il soit besoin d’un arrêté municipal accompagné du mot blessant de « couvre-feu », la législation en vigueur permet aux autorités légitimes qui surprendraient à une heu-re tardive - ou pas tardive, d’ailleurs - un mineur en danger, « seul à la rue », de prendre toute décision de protection utile, dont le raccompagnement à domicile.

La vraie question est celle des moyens : comment s’y prendre, avec quoi le faire ? Tout d’abord, il y a la profonde souffrance de parents démunis et dé-passés par le comportement de leurs enfants. Il faut les soutenir, les aider à reprendre, si possible, leur place aup rès de leurs enfants. Au lieu de cela, on les disqualifie ou, plus encore, on cherche à les pénaliser. Car il s’agit, en principe, de faire payer des amendes (de 230 francs) à ceux qui, trop souvent, parviennent à peine à survivre. De même, la suppression des allocations familiales pour les parents dont les enfants traînent la nuit serait une absurdité : ce sont les parents dépassés par les événements et eux-mêmes en situation de détresse sociale qui seraient sanctionnés ! Ah ! mais, pour les aider, il faut des moyens : en personnels, dûment payés, en soutiens financiers et surtout humains. Ce n’est pas le bénévolat qui peut ici se substituer à l’Etat. Or on ne se donne pas les moyens. Derrière le mot « couvre-feu », il y a bien d’abord « sanctionnons les enfants puisqu’on ne veut pas se donner les moyens d’aider la famille ». Situation encore aggravée par le fait que le Conseil d’Etat autorise le « couvre-feu » sur une étendue limitée. Alors on l’applique, soit comme à Colombes ou à Orléans, dans les quartiers où l’on trouve le plus de difficultés à vivre, le plus de chômage et le moins d’enfants qui peu-vent partir en vacances, soit comme à Nice, pour protéger les « quartiers à touristes » (la Promenade des Anglais). L’aveu est là : il s’agit bien, non d’une mesure visant à changer fondamentalement une situation, à intervenir en faveur d’une détresse, mais d’esbroufe sociale, cherchant à impressionner l’électeur - à juste titre inquiet pour lui-même et ses propres enfants.

La deuxième réponse est que, logiquement, si les enfants ne sont pas occupés, il faut leur donner des occupations. Un meilleur encadre-ment scolaire et social est la réponse évidente. En période scolaire, il est ainsi inutile de demander à un gamin de rentrer chez soi si personne, ni chez lui ni à l’école, ne peut l’aider à faire ses devoirs. En période de vacances, la solution est de proposer des activités « pieds de cité » le soir : barbecue, contes, ciné-mas de plein air, discussions.

Si tout cela n’existe pas, le « couvre- feu » lui même, arrêté municipal ou pas, ne sera pas respecté et il faudrait hypothèse absurde - un policier pour dix enfants, s’occupant systématiquement de les raccompagner à un endroit dont, faute de discipline familiale, ils ressorti-raient sans doute immédiatement ! La France est déjà le troisième pays d’Europe quant au nombre de policiers par habitant ; ce n’est pas en multipliant ceux-ci qu’on arrivera à une « insécurité zéro ». En fait, on paye des années de carence en matière de prévention. On paye les moyens qu’on n’a pas voulu se donner. Les éducateurs de rue sont trop peu, trop peu formés et trop peu respectés.

Pire encore, si les enfants sont des cas « insolubles » sans recours à des procédures, il suffirait, en théorie, d’appliquer la loi qui prévoit un suivi éducatif du juge pour enfants ou du service social d’aide à l’enfance. Mais ici encore, il existe un tel man-que de moyens qu’il faut souvent au moins six mois après la décision du juge pour que les mesures éducatives se mettent en place !

Certes, il est clair que les enfants les plus portés aux délits ou même aux incivilités graves doivent être punis, conformément aux peines prévues par la loi ou par les règlements en vigueur, dès les premières fois où ils sont pris. Rien n’est pire qu’une norme affichée qui n’est pas respectée : c’est la société qui perd ainsi tout le respect qu’elle a d’elle- même. Cela commence par l’école : tout élève qui n’est pas suffisamment « bon » pour passer à une classe supérieure doit redoubler et être sérieusement assisté. Si on le pro-pulse dans une classe supérieure pour s’en défaire ou si on l’expulse en se le repassant de collège en col-lège, il deviendra de plus en plus agressif et perdra tout respect pour une institution scolaire ne se prenant pas elle-même au sérieux. Alors, les enfants en détresse, de-venant eux-mêmes très tôt délinquants, posent-ils un problème qui, de loin, les dépasse ? La réponse est évidemment oui. Trois exigences doivent être posées si l’on veut aller au fond des choses :

  • Veut-on se donner les moyens, sur le terrain, de traiter le problème ?
  • Veut-on réellement rétablir la dignité de notre société, en combat-tant sérieusement le trafic de drogue et en maintenant réellement la présence du service public là où il est le plus nécessaire ?
  • Veut-on créer une forme de société qui n’engendre plus le chômage, la précarité et l’exclusion ? Si les politiques continuent à s’adapter, à pratiquer une gestion au jour le jour et à se noyer dans une proximité suiviste, l’on devra répondre « non » et aller droit dans le mur. Si l’on veut répondre « oui », il faut un autre type de politique (une ville comme Vénissieux en offre un exemple), qui rejette la démagogie et tienne le cap. Nous présenterons ici, dans un prochain numéro, les éléments d’une politique d’ensemble cohérente pour tenter de gagner la bataille.
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