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Seule la requisition des banques peut sauver l’automobile

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Par Christine Bierre

4 février 2009 (Nouvelle Solidarité) — Le 20 janvier dernier, les Etats généraux de l’automobile rassemblaient au ministère des Finances, des responsables de constructeurs automobiles, équipementiers, syndicats et membres du gouvernement, pour définir les graves problèmes que traverse actuellement le secteur. Cette réunion au sommet ne devait pas se contenter de constater la situation. Elle avait été convoquée par Nicolas Sarkozy afin de rassembler les éléments nécessaires permettant d’établir un plan de sauvetage d’urgence début février.

Gros consommateur de crédit, le secteur automobile est frappé de plein fouet par la pénurie de crédit, conséquence de la crise bancaire que nous traversons actuellement. Les frais fixes de l’industrie sont très importants, expliqua Carlos Ghosn, président de Renault-Nissan, au cours de la conférence. Le propre de l’automobile est la lourdeur des investissements tant dans la mécanique (moteurs, boîtes de vitesse…), que dans le lancement d’un nouveau modèle dont l’investissement peut atteindre un milliard d’euros. Côté consommateurs aussi, les deux tiers des voitures sont vendus à crédit.

Or, comme l’a souligné Carlos Ghosn, le crédit manque cruellement et quand il est là, il coûte beaucoup trop cher. Résultat : chute brutale des ventes de voitures, gonflement des stocks et arrêts de production décrétés par les constructeurs pour tenter d’y faire face. La production automobile aux Etats-Unis a été réduite de 36% en décembre, amenant GM, Ford et Chrysler à quasiment cesser leur production en janvier, une situation pouvant entraîner la faillite de dizaines de fournisseurs, employant près de 735000 personnes. Au Japon aussi, en décembre, la production avait chuté de 25,2% sur un an.

« Notre industrie doit faire face à une crise brutale, mondiale et d’une ampleur exceptionnelle », a déclaré Carlos Ghosn, soulignant même que « c’est la survie d’un certain nombre de constructeurs, fournisseurs et distributeurs qui est en jeu dans les mois à venir ».

A lui seul, le secteur représente 12 millions d’emplois en Europe, c’est-à-dire 6% de la population active, et 6,4% du produit de l’Union européenne. Selon l’Association des constructeurs européens d’automobiles, si rien n’est fait, les chutes de production en Europe pourraient atteindre 15 à 20% en 2009, c’est-à-dire de 150 à 200000 véhicules en moins, uniquement chez les constructeurs automobile. En Espagne, le secteur de la distribution connaîtrait déjà 5 banqueroutes quotidiennes. En France, les ventes de Renault sont en baisse de 29%, celles de Nissan de 36%.

Pour éviter la catastrophe, Nicolas Sarkozy a annoncé très rapidement un plan de soutien massif. Le Premier ministre, François Fillon, a évoqué la somme énorme de 5 à 6 milliards qui pourrait y être injectée. Bien que le plan doive encore être arrêté, lors des Etats Généraux, il était généralement dit que cette somme serait affectée dans sa quasi-totalité aux besoins en liquidité à court terme des constructeurs et aux crédits pour l’achat de voitures par les particuliers. On parla aussi d’autres sommes, moins importantes, qui seraient débloquées pour la modernisation de l’industrie, notamment une réorientation vers la construction des véhicules hybrides et électriques.

Cependant, tout en comprenant la gravité de la situation, nous ne pouvons que dénoncer la folie de ce plan. Quel sera l’impact de 5 à 6 milliards à court terme, dans une crise où l’édifice tout entier du système monétaire international est en train de s’effondrer ? Pourquoi injecter de telles sommes dans l’industrie automobile alors que la crise est bancaire et que rien ne sera résolu si l’on n’assainit pas les banques ? Idem pour les crédits aux particuliers. Bien que la prime à la casse de 1000 euros pour les voitures de plus de dix ans ait dopé les ventes de 30% en décembre, quel particulier voudra, vu la détérioration de la situation depuis janvier, s’engager dans un crédit qu’il devra rembourser sur sept ans ?

La priorité est donc de passer à la banqueroute contrôlée des instruments toxiques des banques, sans laquelle toute l’économie s’effondrera faute d’être irriguée en crédit par un système bancaire en faillite.

Notons cependant des changements de comportement intéressants déjà provoqués par le krach. Finis les discours sur la rentabilité financière à court terme ! Il faut privilégier l’industrie aux services, a déclaré en introduction Patrick Devedjian. François Fillon, de son côté, met en garde : l’industrie aura des « aides », mais à condition de relocaliser l’emploi en France.

Aussi, les responsables gouvernementaux ont souligné qu’il fallait, en résolvant cette crise, préparer les conditions de l’avenir. Projet phare : la voiture électrique et recyclable, destinée aux consommateurs écologiquement responsables. Vieux projet que celui-là, qui avait déjà mobilisé PSA pendant une trentaine d’années avant d’être abandonné. Aujourd’hui, c’est Renault, qui avait pourtant boudé l’électrique, qui s’y met et les chercheurs de PSA, récupérés en partie par Heulliez SA, viennent de construire, avec Eco Mobilité et Dièdre Design-Endeavour, trois prototypes d’un véhicule tout électrique (vitesse 80 à 115 km/h, autonomie 75 à 300 km), pour la région Poitou-Charente.

A lire : Au-delà du moteur à essence : pile à combustible et voiture du futur

Voir les 3 commentaires

  • fuzz94 • 11/02/2009 - 10:39

    citation de Jean-Jacques Salomon

    **************************************
    Diagonales : C’que c’est beau la photographie !
    10-02-2009

    Je me souviens d’une discussion, bien avant la crise, à l’issue de la remise d’un prix du manager de l’année, avec l’un de ces économistes en vue, moitié professeurs, moitié journalistes. Mon interlocteur soutenait que l’économie était la science (sic) la plus puissante pour comprendre le monde. "Réfléchissez, m’avait-il dit, vous verrez que ni le droit, ni la sociologie, pas même l’histoire et encore moins la psychanalyse, ne présentent une telle force d’explication." Pour le plaisir du débat, j’avais défendu l’idée que la photographie en disait plus sur l’état des choses que cette discipline molle qu’est l’économie. Aujourd’hui, les économistes avouent, pour la plupart, leur incapacité à formuler un pronostic conséquent. La photographie,en revanche, nous en dit long.

    Voyez par exemple cette séance solennelle de signature par les deux constructeurs automobiles français des prêts de 3 milliards d’euros que leur consent l’Etat. Les sourires sont forcés. Chacun sait que 3 milliards, c’est beaucoup et peu à la fois. 3 milliards à Renault ou Peugeot, c’est comme quelques milliers d’euros pour nous. Personne ne crache dessus, cela donne un peu d’aisance, mais ne change rien au problème. Tout reste à faire. Pas besoin de lire Keynes pour le comprendre. Il suffit de regarder les images.
    ****************************************

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  • matière invisible • 04/02/2009 - 22:02

    Je crains que le comportement de Sarkozy un peu trop amical avec les banques dans les faits soit dicté par sa vision d’un futur poste dans le secteur bancaire après sa présidence.
    Le lien entre le privé et le public par les hommes ou femmes de pouvoir ne peut se cacher.

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  • matière invisible • 04/02/2009 - 21:56

    J’ajoute qu’il existe la voiture à air comprimé (hybride ou pas) de Guy Nègre peu chère comparée aux voitures électriques pour des performances comparables et qui devrait être commercialisée d’ici 2 ans en France.

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