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Société Générale : bras de fer géostratégique ?

La rédaction
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Le 28 janvier 2008 (Nouvelle Solidarité) — Tandis que l’interrogatoire de Jérôme Kerviel, le « trader fou » accusé d’avoir fait perdre 4,9 milliards d’euros à la Société Générale, se poursuit, un ensemble d’hypothèses reste toujours sans réponse. A-t-il agi pour son propre compte, et sinon au bénéfice de qui ?

Une seule chose est certaine : il est hors de question qu’il ait pu agir en solitaire comme le prétend la banque. S’il est possible que le trader a pu déjouer les ordinateurs et les codes de sécurité de la société, comment a-t-il pu mener par le bout du nez les chambres de compensation et réaliser les transactions ? Comment cacher le fait que pour des sommes importantes, une avance est toujours exigée ? 1 % de 50 milliards, c’est tout de même 500 millions d’euros !

Puisque l’enrichissement personnel semble exclu, on se demande quel a pu être le mobile de son acte ?

Le premier élément de réponse, qui tourne désormais en boucle dans les médias et qui fut repris par la défense, est l’éventualité que la Société Générale ait voulu profiter d’un tel bouc émissaire pour faire oublier ses pertes massives encourues dans la crise du crédit hypothécaire à haut risque.

Les avocats de Kerviel dénoncent comme cause effective des pertes colossales encourues, les « conditions atroces » dans laquelle la banque a liquidé « à la hâte et d’une façon anormale » les positions prises par le trader indélicat. En effet, la banque, qui déclare avoir découvert la fraude entre le 18 et le 20 janvier, a dit avoir procédé immédiatement à la liquidation de ses positions en trois jours. « Malheureusement », a dit le PDG Daniel Bouton, ce furent les trois journées noires où un mini-krach a eu lieu.

Néanmoins, c’est justement la façon secrète de procéder de la banque dans cette affaire qui nous conduit à une autre hypothèse concernant le mobile de Kerviel. Les seules personnes qui furent mises au courant par la banque sont Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France et ami personnel du gouverneur de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, et Gérard Rameix, secrétaire général de l’Autorité des marchés financiers (AMF). Ni la police, ni les autorités judiciaires ne furent averties pas plus que les autorités politiques du pays, y compris le président Sarkozy ou le Premier ministre Fillon. Nicolas Sarkozy serait furieux car il aurait été inform&eacute seulement le mercredi 23 janvier... Christian Noyer affirme qu’il a avisé ses collègues à la BCE et à la FED, mais le Financial Times affirme que le président de la Fed, Bernanke, n’était pas au courant.

Lorsque la Société Générale a annoncé le 24 janvier qu’elle avait liquidé à la hâte 50 milliards des positions prises par le trader sur le marché des dérivés, la banque fut immédiatement mise en cause pour avoir provoqué le mini-krach du lundi 21 janvier et la décision de la Fed d’abaisser de 0,75 % son taux directeur le mardi 22 janvier.

En effet, rien n’obligeait la banque à vendre ainsi ses positions en bafouant les pratiques bancaires prudentes. Daniel Bouton, un banquier compétent, fut-il mis sous pression par la BCE pour procéder de cette façon ?

Lyndon LaRouche a souligné, dès les premiers soubresauts de la désintégration financière fin août, qu’une faction de la haute finance prédatrice siègeant à Londres était prête à tout pour « jouer la crise » contre les Etats-Unis et bétonner sa position dirigeante. A la lumière de cette réalité, LaRouche s’en est pris violemment à la FED pour sa décision d’abaisser les taux comme cause d’hyperinflation. Il souligne aussi le fait que la politique de taux d’intérêts élevé de la BCE participe à une situation où un dollar affaibli permettrait le rachat d’un grand nombre d’avoirs américains à prix cassés. A noter ici que si le centre de courtage de la Société Générale se trouve à Londres, son centre de contrôle se trouve en région parisienne, laissant un fossé pour des manipulations de toute sorte.

A part les Etats-Unis, qui perdra dans cette affaire ? La Société Générale, dont le cafouillage peut lui coûter son indépendance. Mais aussi la place financière de Paris qui, depuis que Nicolas Sarkozy est arrivé au pouvoir, a clairement affirmé son ambition de supplanter Londres en tant que première place financière du monde ! Lors d’une audition la semaine dernière devant le Sénat, Jacques Attali, aujourd’hui chargé d’une Commission sur les conditions pour libérer la croissance, a déclaré que la crise actuelle déterminera si Paris sera détruite ou sortira gagnante. Notons, en faveur de cette hypothèse, que Sarkozy a été en guerre contre la BCE freinant toute hausse des taux, tandis que la chancelière allemande Angela Merkel a apporté tout son appui au monétarisme de Jean-Claude Trichet.

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