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Stefan Tolksdorf : l’Allemagne et la France doivent jouer la carte des PME industrielles

La rédaction
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Le Bürgerrechtsbewegung Solidarität (Mouvement des droits civiques – Solidarité), notre parti frère en Allemagne, vient de désigner son jeune candidat pour le poste de maire dans la capitale allemande. Nouvelle Solidarité s’est entretenu avec Stefan Tolksdorf. Extraits.


Stefan Tolksdorf, vous avez lancé votre candidature pour la mairie de Berlin à un moment de grande turbulence, révolutionnaire même. De l’autre côté de la Méditerranée, les peuples se soulèvent, les gouvernements tombent comme le mur de Berlin est tombé en 1989. Comment voyez-vous ces événements ?

Le motif de toutes ces révoltes n’est évidemment pas à chercher dans les évènements mêmes. En Afrique du Nord, nous avons affaire à l’expression régionale d’une crise d’effondrement générale. Si l’on repense par exemple aux émeutes de la faim qui ont secoué une quarantaine de pays en 2008, on se rappelle que les gens brandissaient des panneaux défiant les policiers, avec des « tirez donc ! Nous n’avons plus rien à perdre que notre vie ! » Ce sont là les signes d’un système dans sa phase finale absolue.

Depuis un an ou un an et demi, on constate une augmentation vertigineuse des prix des produits alimentaires de base, comme le riz et le blé… Cela passe peut-être inaperçu dans un premier temps, dans l’espace européen, parce que le rapport prix-salaire est d’un autre ordre. Nous dépensons beaucoup moins pour l’alimentation, proportionnellement à nos revenus, que les habitants d’Afrique du Nord, par exemple.

Le problème, c’est que tout cela risque de s’aggraver encore. Ce qui a été le détonateur de cette crise, c’est l’augmentation des prix de la nourriture, ainsi que l’absence totale de perspectives qu’offre actuellement la situation économique aux populations. Davantage de démocratie ne résoudra pas forcément tous les problèmes, car la démocratie ne se mange pas.

Les prix alimentaires ont augmenté parce qu’on a protégé les spéculateurs, leur permettant, grâce aux renflouements, de couvrir les paris qu’ils avaient faits sur le Monopoly de Wall Street. Cette couverture leur a donné l’assurance de pouvoir continuer à spéculer. Qu’est-ce qui s’est passé ? Ils se sont jetés sur les matières premières, et en particulier sur les produits alimentaires. Voilà l’explication.

Cela signifie que si nous voulons résoudre le problème de fond, il faut remplacer le système en banqueroute que nous avons aujourd’hui. Dans ce contexte, ce qui est très encourageant est le rapport de la commission d’enquête du Congrès américain (le rapport Angelides), qui est paru il y a une semaine et demie et qui reconnaît que la crise était prévisible, qu’elle était évitable et que les plans de renflouement n’étaient pas du tout nécessaires.

Ce rapport est un facteur extrêmement important car il s’agit d’une commission officielle du Congrès américain qui vient confirmer ce que notre mouvement politique affirme déjà depuis de longues années, et que Lyndon LaRouche a plus spécialement dénoncé aux Etats-Unis, lors de sa conférence internet du 25 juillet 2007.

En conséquence, si nous faisons le premier pas dès maintenant en dressant un pare-feu, en remettant en vigueur le Glass-Steagall – c’est-à-dire un système de séparation entre banques d’affaires et banques de dépôt, où les dettes fictives sont séparées des dettes réelles liées au travail et à la production – on aura alors la possibilité d’entamer un programme à marche forcée avec pour priorité, la production de nourriture. Car la FAO et les Nations unies mettent déjà en garde contre le danger de révolte dans plus de 80 pays. Et cela ne peut que nous entraîner dans le chaos.

C’est la reconstruction de l’économie mondiale qui doit occuper le devant de la scène. Et si un changement de cap s’opère, l’Égypte, la Tunisie, l’Algérie, le Maroc, la Libye et toutes les autres nations du monde pourront alors connaître un véritable futur.

Pensez-vous que cette onde de choc pourrait frapper aussi l’Europe ?

La situation en Grèce a beaucoup évolué en 2010, depuis l’éclatement brutal de la crise en avril et les mesures d’austérité mises en place par la suite. Il est certain que cette onde de choc se dirige vers nous.

Des sources grecques rapportent que la situation dans le pays est catastrophique. Le chômage augmente très rapidement, en particulier chez les jeunes, bien que personne ne soit épargné. Dans le même temps, la production recule et toute l’économie subit en fait un processus d’effondrement. Il est clair pour tous que de nouvelles mesures d’austérité censées permettre de rembourser le Fonds européen de stabilité financière ne pourront que conduire au chaos.

On voit d’ailleurs déjà des scènes en Grèce montrant que la classe politique est profondément haïe. Des hommes politiques se sont fait cracher dessus dans un restaurant. Leur vie est manifestement déjà menacée par la colère qui monte dans la population.

Une situation similaire se développe aussi en Albanie et je pense que l’Allemagne ne sera pas épargnée : si la politique de rigueur se maintient, c’est-à-dire la politique d’austérité qui supprime et « rationalise » des services vitaux, cela ne pourra aboutir qu’à un chaos grandissant, ou bien à une forme de gouvernement brutale qui soit alors la seule en mesure de faire passer les mesures d’austérité, par la force.

D’après moi, ce n’est qu’une question de temps avant que le processus ne gagne d’autres pays en Europe. Et cela montre à quel point il est urgent, vraiment urgent, de mener cette campagne pour le Glass-Steagall, au niveau international.

Craignant devoir payer pour la crise, l’Allemagne oscille entre la volonté de retrouver sa souveraineté économique en quittant l’euro, et une intégration économique plus forte mais accompagnée de mesures d’austérité draconiennes. Votre campagne peut-elle donner une orientation positive à l’Europe ?

Une campagne menée dans un cadre aussi étroit – celui du parlement du Land de Berlin en tant que tel – serait insuffisante et ne permettrait pas de résoudre à elle seule un problème aussi important. Mais le Büso, le parti que je représente, mène campagne au niveau international avec nos organisations amies comme Solidarité et Progrès, en particulier avec Jacques Cheminade en France, ainsi qu’avec le Movimento Solidarietà (MoviSol) en Italie, l’Institut Schiller au Danemark, l’EAP en Suède et bien sûr, avant tout, le LaRouche Political Action Committee (LPAC) aux Etats-Unis, pour la remise en vigueur du Glass-Steagall et le lancement de grands projets d’infrastructures, tels que le Pont terrestre eurasiatique, le Nawapa aux Etats-Unis et le Transaqua, le projet de réapprovisionnement en eau du lac Tchad en Afrique. Tous ces projets pourraient être entrepris immédiatement.

La France et l’Allemagne devront jouer un rôle important dans tout cela. Notre mouvement insiste depuis plus de deux décennies sur le potentiel industriel – c’est-à-dire la densité d’entreprises industrielles créatives – qui existe en France, en Allemagne, mais aussi en Suisse et dans une partie de l’Italie, qui est le plus élevé au monde. Reste, bien sûr, à libérer ce pouvoir productif. Ce qui signifie le libérer d’une part des blocages du système financier mondial moribond, ou déjà mort, et de l’assèchement du crédit d’autre part.

Une fois lancé tout cela, on pourra commencer à développer l’économie mondiale à l’aide, par exemple, d’un plan Marshall pour l’Afrique. C’est vraiment à cette échelle que nous pensons et c’est ce type de campagne que nous menons, tous ensemble, sur le plan international.

Quelle pourrait être, selon vous, la principale contribution de l’Allemagne au monde aujourd’hui ?

J’ai déjà fait remarquer que l’Allemagne et la France jouaient un rôle fondamental à cause de la densité de leurs entreprises industrielles. L’Allemagne a toutefois, encore aujourd’hui, un plus qui est presque unique au monde. Ce plus, c’est le Mittelstand , les petites et moyennes entreprises de très haute technologie. L’économie allemande repose en fait, lorsqu’elle fonctionne bien, sur un tissu de petites et moyennes entreprises qui, avec peu de personnel, ont une très grande productivité, et ce depuis deux ou trois siècles. Ce processus s’est beaucoup développé, notamment dans le Baden Württemberg et en Bavière, mais dans d’autres Länder, on constate déjà un recul.

Ce sont là des entreprises qui sont en mesure d’appliquer de hautes technologies à la production, contrairement à ceux qui ne pensent qu’à faire de l’argent avec des petits gadgets high-tech. Au contraire, le passage d’un système de train ferroviaire à un système de train à lévitation magnétique – voilà qui est d’un tout autre ordre.

Malheureusement, un des effets de la mondialisation, qui est devenu l’un des plus gros problèmes aujourd’hui, est la baisse de qualification qu’elle a entraînée dans la population. La capacité de faire un travail qualifié est en recul, elle est vraiment en train de disparaître.

C’est l’une des raisons pour lesquelles nous avons ouvert notre Assemblée générale à Berlin, il y a une semaine, avec la Fantaisie Chorale de Beethoven. Nous avons présenté cette œuvre magnifique de Ludwig von Beethoven, parce que cette forme d’art exprime quelque chose d’unique, qui est la véritable créativité. Il y a une expression courante en allemand, qui dit qu’il faut aller chercher les gens là où ils se trouvent. C’est évidemment faux ! Si Beethoven avait pensé ainsi, il aurait composé de la musique de danse pour la cour royale, au lieu d’œuvres qui défient le penseur créatif et qui élèvent l’homme à un niveau de pensée supérieur, le provoquant ainsi à réfléchir à comment se changer soi-même.

Cette tradition philosophique a une longue histoire en Allemagne. Elle remonte très loin, par exemple jusqu’à Nicolas de Cues, mais aussi à Kepler et à Leibniz, et puis, dans l’univers musical, jusqu’à Bach, Haydn, Mozart et Beethoven. C’est une tradition très dense que nous voulons consciemment ressusciter, car les individus qui n’ont jamais laissé étouffer le potentiel créatif de leur propre esprit, mais l’ont au contraire toujours cultivé, sont aussi ceux qui ont créé les plus grandes inventions. Einstein en est un exemple parfait, car il travaillait aussi le violon et la musique, pour mettre son esprit, en quelque sorte, dans l’humeur nécessaire pour comprendre un problème scientifique complexe et être à même de faire une découverte.

Voilà ce que nous cherchons à faire : raviver cette meilleure tradition allemande. J’ajouterai que l’Allemagne est peut-être unique dans l’histoire, mais dans tous les pays, il y a des poètes, des inventeurs et des compositeurs, qui n’ont peut-être pas le même degré de notoriété que les plus grands noms, mais qui sont des points de référence pour leur pays.

Et je pense que l’Allemagne jouera un rôle important, un rôle positif, mais pas toute seule. Un rôle consistant à apporter la joie, à provoquer et à inviter les gens à réfléchir à des choses essentielles, comme l’immortalité et le bonheur. Lorsque nous nous attaquons à ces concepts, lorsque nous nous posons des questions comme : « Qu’est-ce que l’homme réellement ? » « Quelle est notre mission dans l’univers ? » « Pourquoi existons-nous dans ce monde ? », tout ce qui paraît être aujourd’hui de gros problèmes, deviendra alors très simple à résoudre. Voilà le rôle que je vois pour l’Allemagne dans ce grand débat mondial. Et j’invite – nous invitons – dans cette campagne, tous les amis et alliés du Büso à y participer.

Propos recueillis par Christine Bierre

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