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Une action en justice intentée contre Rumsfeld pour torture

La rédaction
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Le 1er mars, deux organisations de droits de l’homme américaines, l’ACLU (American Civil Liberties Union) et Human Right First, ont déposé une plainte contre le secrétaire américain à la Défense, Donald Rumsfeld, au nom de huit personnes (quatre Afghans et quatre Irakiens), qui ont été torturées par des soldats américains agissant sous l’autorité de leur ministre de tutelle.

Un aspect crucial de cette action a cependant été passé sous silence par l’ensemble des journaux américains, en dehors de l’Executive Intelligence Review : le fait que deux officiers de haut rang se sont associés à la plainte déposée par les organisations de droits de l’homme. Il s’agit du vice-amiral (cr) John Hutson, ancien avocat général de la Marine, et du général (cr) James Cullen, ancien juge des Cours d’appel militaires. Leur décision constitue un signe de plus de la répugnance qu’inspire la politique de George W. Bush dans les rangs des forces armées. S’y est joint aussi Bill Lann LEE, ancien directeur de la division des droits civiques du Département de la Justice pendant l’administration Clinton.

Les sévices et autres traitements cruels (passages à tabac violents, lacérations au couteau, simulacres d’exécution, humiliations et agressions sexuelles, maintien forcé dans des positions extrêmement douloureuses, privation sensorielle sévère) ont été commis dans des lieux de détention en Afghanistan et en Irak entre juin 2003 et juin 2004. Ces dates sont donc postérieures aux premiers rapports et plaintes concernant les exactions à l’égard de prisonniers, ceux concernant Guantanamo remontant à décembre 2002.

Le dossier de l’accusation décrit la chaîne de commandement à travers laquelle Donald Rumsfeld a dirigé et contrôlé cette politique de sévices, relayé le plus souvent par son adjoint pour le renseignement, Stephen Cambone, et le général Geoffrey Miller, le commandant de Guantanamo qui fut envoyé en Irak en août-septembre 2003 afin d’y importer les méthodes d’interrogatoire appliquées à Guantanamo. Miller donnait des ordres et des directives au général Ricardo Sanchez, commandant en chef en Irak, et à deux commandants de la prison d’Abou Ghraib, la générale Janis Karpinski et le colonel Thomas Pappas.

Lors d’une conférence de presse présentant leur action, les porte-parole des organisations de droits de l’homme ont souligné que la plainte en question n’était pas dirigée contre l’Armée ou le Pentagone en tant que tels, mais contre les responsables situés au sommet de la chaîne de commandement.

Dans sa déclaration à la conférence de presse, l’amiral John D. Hutson a insisté sur l’importance de la responsabilité du commandement. En vertu de la Constitution des Etats-Unis, rappela-t-il, les forces armées sont soumises au contrôle de civils, et non pas seulement à un système d’état-major. Cependant, dit-il, confier la responsabilité à des civils n’est pas une garantie de succès. Donald Rumsfeld, par exemple, a manqué à son devoir en permettant à des soldats d’enfreindre les normes élevées que l’on est en droit d’attendre des forces armées américaines. Pour lui, ce ne sont pas seulement des ordres directs qui sont transmis le long de la chaîne de commandement, mais aussi des attitudes : « Concernant les détenus, l’attitude au sommet était qu’on n’avait affaire qu’à des terroristes, plus que méprisables et hors-la-loi, qui pouvaient donc être traités de manière inhumaine. Nos efforts pour obtenir des renseignements ont vicié deux cents ans d’histoire. Peu importaient les obligations internationales, ou la moralité ou l’humanité. Nous pouvions perdre notre âme pourvu que nous obtenions de l’information, quelle que soit sa fiabilité.

« Cette attitude est tombée comme une pierre du haut de la chaîne de commandement, et nous avons eu Abou Ghraib et ses suites. Le respect de soi de l’Armée et du pays en a été diminué. Notre réputation internationale sera ternie pendant des générations. Enfin, la non intervention et la mauvaise intervention du ministre Rumsfeld ont mis en péril l’effort de guerre ainsi que nos troupes . »

Hutson reconnut que, pour lui personnellement, la décision n’avait pas été facile. Mais il en va de la défense nationale, du rôle que les Etats-Unis ont traditionnellement joué dans le monde, du respect et de l’image de soi, et de la protection de nos troupes. Cette plainte « est une tentative de remettre ce pays sur la voie que nos pères fondateurs avaient tracée ».

Le général James Cullen demande des comptes à Rumsfeld

En réponse à une question de l’EIR, le brigadier-général James Cullen (cr) a expliqué pourquoi il s’associe à la plainte contre le ministre de la Défense Rumsfeld et comment ses collègues dans les forces armées ont réagi à son engagement, ainsi qu’à son appel antérieur à la création d’une commission d’enquête indépendante et à son opposition à la nomination d’Alberto Gonzalez comme ministre de la Justice.

« La décision d’intenter cette action contre M. Rumsfeld a été motivée par un sens de frustration profonde. Les politiques de M. Rumsfeld ont miné les principes essentiels sur lesquels ont toujours reposé les valeurs et l’entraînement militaires. Ses politiques écartent l’expérience militaire accumulée au cours de plusieurs décennies en matière de techniques d’interrogatoire correctes. Ses politiques nous ont conduits à mépriser les dispositions prévues dans les Conventions de Genève pour la classification et le traitement des personnes détenues par nos forces. Les détenus sont traités comme s’ils étaient des criminels avant même que leur statut ait été déterminé de manière tant soit peu satisfaisante, en conformité avec les Conventions de Genève.

« M. Rumsfeld a autorisé l’utilisation de techniques ayant mené directement à des actes qui constituent de graves violations des Conventions de Genève. Celles-ci ont servi à protéger notre militaire au cours de guerres régulières et de guerres de guérilla. (...) La direction myope et arrogante de M. Rumsfeld a gravement compromis les mesures de protection sur lesquelles comptaient nos prisonniers de guerre et nos civils pris dans des zones de guerre.

« Nous avons demandé la mise sur pied d’une commission indépendante, en dehors du Département de la Défense, pour enquêter sur les actes de torture, de traitement inhumain et autres exactions à l’égard des détenus dans des établissements soumis au contrôle de M. Rumsfeld. Les genres d’exactions pratiquées comportent des similitudes si frappantes qu’il ne peut s’agir de coïncidences. Il n’y a eu aucun effort pour enquêter sur ces méfaits, de manière indépendante du contrôle de M. Rumsfeld. Suite à des litiges et des fuites organisés antérieurement par des personnes scandalisées par les directives de M. Rumsfeld, on a pris connaissance de mémos qu’il avait émis, autorisant des techniques d’interrogatoire auparavant bannies par le militaire. Il a refusé de reconnaître certains droits fondamentaux des détenus jusqu’à ce que la Cour suprême ait jugé que ses notions de pouvoir exécutif, c’est-à-dire son pouvoir de détenir indéfiniment, violait certains principes fondamentaux de la Constitution.

« Le commandement et la direction portent des responsabilités distinctes. Si des doutes subsistaient quant à la portée des responsabilités de la direction, ils furent écartés par des décisions prises par les cours de justice après la Deuxième Guerre mondiale. Il ne suffit plus que le dirigeant prétende : "Je n’ai pas commis d’acte criminel", ou "je n’en ai pas donné personnellement l’ordre". C’est M. Rumsfeld qui a mis en œuvre des politiques ayant facilité des actes ignobles (...). Un dirigeant a la responsabilité de prendre des mesures conséquentes pour mettre fin aux violations graves du droit international dans les établissements et les zones sous son contrôle, notamment les violations dues à ses propres politiques. Quelques propos prononcés en public, en vue de limiter les dégâts, ne suffisent pas.

« Après la Deuxième Guerre mondiale, nous avons demandé des comptes au général Yamashita pour les graves violations du droit international commises par ses forces, même si les circonstances laissaient des doutes sur son contrôle de ses troupes et ses communications avec elles. (...)

« Après le massacre de My Lai [Vietnam], les conclusions de la Commission Peers ont renforcé ces leçons. Parmi elles, l’approche culturelle créée par les mesures instaurées par le secrétaire à la Défense de l’époque, Robert McNamara, pour évaluer le succès de la guerre. Le "syndrome du décompte des cadavres", découlant de la fixation sur le "succès" quantitatif, joua un rôle significatif dans les circonstances ayant mené au massacre de My Lai. La déshumanisation de l’ennemi fut également mentionnée par le général Peers comme facteur contribuant à rendre prévisibles des crimes de guerre.

« La déshumanisation et l’humiliation de détenus dans le cadre des politiques de M. Rumsfeld auraient dû nous inciter à amplifier les mises en garde lancées il y a trois décennies par le général Peers. (...) Nous estimons que l’honneur des forces armées est en jeu. Nous devons à tous ceux qui portent encore l’uniforme et continuent à servir leur pays honorablement d’intenter cette action. Les politiques de M. Rumsfeld ont terni les états de service de nos forces en matière d’adhésion au droit et de respect des droits de l’homme. Nous voulons effacer cette souillure. »

Le général Cullen a précisé que de nombreux officers d’active et de réserve l’avaients remercié en privé pour son courage.

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