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Verdi orchestre la grève de masse en Italie

La rédaction
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31 mars 2011 (Nouvelle Solidarité) - Le 17 mars dernier, l’Italie célébrait le 150e anniversaire de son unification avec une représentation du Nabucco de Verdi conduite à Rome par Riccardo Muti, qui dirige actuellement l’orchestre symphonique de Chicago. Cette représentation semble bien révéler le ferment de grève de masse généralisée que nous connaissons aujourd’hui. En effet, dans un geste très inhabituel, alors que toute l’audience demandait le bis du fameux chœur Va Pensiero, le chef d’orchestre s’est adressé à la salle pour y faire entrer l’histoire actuelle.

Il n’est pas inutile de faire un court rappel historique pour mieux apprécier ce qui s’est passé : Nabucco est l’histoire de Nabuchodonosor, roi de Babylone, et de la soumission du peuple juif à son empire. L’opéra de Verdi fut écrit dans les années 1840, dans une Italie occupée depuis le Congrès de Vienne de 1815 par l’empire habsbourgeois.

Nous savons de Verdi lui-même que cet opéra lui fut commandé peu de temps après la mort de sa femme et de ses enfants. Il était alors presque trop effondré pour écrire quoi que ce fut, et dans un accès de colère il jeta à terre le livret, qui s’ouvrit sur la prière désespérée du Va Pensiero. Il composera l’opéra peu de temps après, et la première représentation aura lieu à Milan le 9 mars 1842.

Lors de cette première, le public fut si ému par le chœur des juifs chantant pour leur liberté et pour le retour de leur belle patrie perdue qu’il finit par obtenir un « bis » du chœur, malgré l’interdiction explicite d’une telle pratique par la loi autrichienne. Dès lors, Verdi et sa musique seront exaltés par les révolutionnaires italiens jusqu’à l’unification italienne en 1861.

Lors de la première le 12 mars 2011, Gianni Alemanno, le maire de Rome, avait prononcé sur scène un discours dénonçant les coupes du gouvernement dans le budget de la culture. Et ce, alors qu’Alemanno est un membre du parti au pouvoir et un ancien ministre de Berlusconi.

Le jour anniversaire du 17 mars, dans un moment culturel des plus symboliques pour l’Italie, s’est alors produit l’inattendu, d’autant plus que Silvio Berlusconi en personne assistait à la représentation…

Repris par le Times, Riccardo Muti, le chef d’orchestre, raconte ce qui fut une véritable soirée de révolution : « Au tout début, il y a eu une grande ovation dans le public. Puis nous avons commencé l’opéra. Il se déroula très bien, mais lorsque nous en sommes arrivés au fameux chant Va Pensiero, j’ai immédiatement senti que l’atmosphère devenait tendue dans le public. Il y a des choses que vous ne pouvez pas décrire, mais que vous sentez. Auparavant, c’est le silence du public qui régnait. Mais au moment où les gens ont réalisé que le Va Pensiero allait démarrer, le silence s’est rempli d’une véritable ferveur. On pouvait sentir la réaction viscérale du public à la lamentation des esclaves qui chantent : « Oh ma patrie, si belle et perdue ! »

Alors que le Chœur arrivait à sa fin, dans le public certains s’écriaient déjà : « Bis ! » Le public commençait à crier « Vive l’Italie ! » et « Vive Verdi ! » Des gens du poulailler (places tout en haut de l’opéra) commencèrent à jeter des papiers remplis de messages patriotiques – certains demandant « Muti, sénateur à vie ».

Bien qu’il l’ait déjà fait une seule fois à La Scala de Milan en 1986, Muti hésita à accorder le « bis » pour le Va Pensiero. Pour lui, un opéra doit aller du début à la fin. « Je ne voulais pas faire simplement jouer un bis. Il fallait qu’il y ait une intention particulière. », raconte-t-il.

Mais le public avait déjà réveillé son sentiment patriotique. Dans un geste théâtral, le chef d’orchestre s’est alors retourné sur son podium, faisant face à la fois au public et à M. Berlusconi...

Voici la traduction de ce que dit Riccardo Muti (à 7min) :

« Oui, je suis d’accord avec ça, "Longue vie à l’Italie" mais...

[applaudissements]

« Je n’ai plus 30 ans et j’ai vécu ma vie, mais en tant qu’Italien qui a beaucoup parcouru le monde, j’ai honte de ce qui se passe dans mon pays. Donc j’acquiesce à votre demande de bis pour le "Va Pensiero" à nouveau. Ce n’est pas seulement pour la joie patriotique que je ressens, mais parce que ce soir, alors que je dirigeais le Chœur qui chantait " O mon pays, beau et perdu ", j’ai pensé que si nous continuons ainsi, nous allons tuer la culture sur laquelle l’histoire de l’Italie est bâtie. Auquel cas, nous, notre patrie, serait vraiment " belle et perdue ".

[Applaudissements à tout rompre, y compris des artistes sur scène]

« Depuis que règne par ici un "climat italien", moi, Muti, je me suis tu depuis de trop longues années. Je voudrais maintenant... nous devrions donner du sens à ce chant ; comme nous sommes dans notre Maison, le théatre de la capitale, et avec un Choeur qui a chanté magnifiquement, et qui est accompagné magnifiquement, si vous le voulez bien, je vous propose de vous joindre à nous pour chanter tous ensemble. »

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