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Le professeur Turley dénonce Obama pour ses viols répétés de la loi et de la Constitution : « Pire que W. Bush »

La rédaction
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3 septembre 2012 (Nouvelle Solidarité) – Nous reproduisons ici les extraits d’une entrevue conduite par le cinéaste américain John Cusack pour le site anti-guerre américain truth-out.org, avec le célèbre militant des libertés civiques et professeur de droit Jonathan Turley, concernant les violations répétées du droit et de la Constitution américains par l’administration Obama. Pour ce juriste d’expérience, un constat clair et lourd de conséquence pour la Paix mondiale s’impose : Barack Obama est bien pire que George W. Bush.


Cusack : Je ne sais pas comment on peut croire en la Constitution et la violer autant.

Turley : Il faut dire franchement que le Président Obama n’a jamais été motivé par un principe particulier.

Cusack : S’il accepte volontiers de prêter serment devant Dieu de respecter la Constitution, il n’en hésite pas moins à décider qu’il n’est pas pratique d’un point de vue politique de respecter les règles de droit, ou qu’il est plus pratique d’espionner les citoyens. Il n’hésite pas non plus à demander à son ministre de la Justice de justifier le meurtre de citoyens américains, pour ensuite ajouter, dans la déclaration accompagnant sa signature de la loi autorisant toutes ces dérives : « En fait, je ne vais pas utiliser toutes ces choses parce que je suis un chic type. » On penserait qu’il s’agit là d’une menace beaucoup plus grave qu’un simple choix, bon au mauvais, de politique, n’est-ce pas ?

Turley : Le Président Obama nous a menti. On ne peut pas le qualifier autrement. Il a promis plusieurs choses puis il a ensuite promptement abandonné les principes. Par conséquent, l’argument selon lequel [Mitt] Romney n’est pas meilleur ou pire ne dispense pas l’électeur de faire face à ses obligations. En Obama, ils ont un président qui est allé voir la CIA juste après son élection, pour promettre aux employés qu’ils ne feraient pas l’objet d’une enquête ou qu’ils ne seraient poursuivis pour torture, même s’il avait précédemment admis que le waterboarding ["supplice de la baignoire", une simulation de noyade] était une forme de torture.

Cusack : Avez-vous jamais entendu un argument aussi spécieux que celui qui consiste à dire « il faut qu’on aille de l’avant » ? A quel moment l’application de la loi aurait-elle été optionnelle pour le ministre de la Justice ou le Président ?

Turley : C’est la question clé que personne ne veut soulever. Nous avons un traité, en fait plusieurs traités, qui nous obligent à enquêter et à poursuivre les auteurs d’actes torture. Nous avons prôné ces traités parce que nous voulions insister sur le fait que peu importe qu’il soit opportun de le faire ou non, toutes les nations doivent enquêter et poursuivre en justice les auteurs d’actes torture et autres crimes de guerre.

La raison même pour laquelle ce genre de traités existe est de faire précisément le contraire de ce qu’a fait l’administration Obama. Ces traités disent que l’argument de l’opportunité politique ou de la popularité de poursuites judiciaires ne peut être accepté. C’est pourtant exactement ce qu’a dit le Président Obama, lorsqu’il a annoncé : « Je ne vais pas permettre que soient poursuivis les auteurs d’actes de torture car je désire que nous regardions vers l’avant et non vers le passé. » Ceci n’est qu’une ornementation pour cacher l’évidence : « Il ne serait pas très opportun ou populaire de remplir les obligations auxquelles nous avons souscrit en signant ce traité. »

De fait, le Président Obama a non seulement maintenu la position de George W. Bush dans le domaine de la sécurité nationale et des libertés civiques, il en a même étendu l’application. Il est en réalité pire que Bush sur certaines questions.

Cusack : Pouvez-vous nous dire de quelles questions vous parlez ?

Turley : Un bon exemple est celui de l’ordre qu’a donné Bush de tuer des citoyens américains, lorsqu’il a approuvé le recours à l’usage de drones contre une voiture au Yémen, alors qu’il savait qu’un citoyen américain s’y trouvait comme passager. Plusieurs parmi nous ont dit : « Vous venez en fait de donner l’ordre de tuer un citoyen américain pour pouvoir tuer quelqu’un d’autre. Qui vous a conféré cette autorité ? »

Ils ont alors expliqué ce geste en prétextant que ce citoyen n’était pas la cible prioritaire, que ce n’était qu’un dégât collatéral. Et plusieurs parmi nous ont alors pensé que c’était un argument plausible.

Cusack : Soit dit en passant, nous oublions que le fait de tuer même un citoyen étranger est contre la loi. Je déteste être aussi naïf...

Turley : Obama a surpassé Bush. Il a ordonné l’assassinat explicite de deux citoyens américains et est allé plus loin en mettant de l’avant une politique qui lui permet de tuer tout citoyen américain, lorsqu’il détermine lui-même, de manière unilatérale, qu’il constitue une menace terroriste. Alors que Bush tuait à titre de dégât collatéral, Obama a formalisé la chose. (…) La manière dont cela fonctionne est que vous avez ce panel invisible. Bien sûr, les délibérations sont secrètes. Les gens qui sont placés sur la liste des cibles n’en sont pas informés, évidemment.

Kusack : Ce n’est pas très poli, n’est-ce pas ?

Turley : Non, ce n’est pas très poli. La première fois que vous en êtes informé, c’est lorsque votre voiture explose. Cela ne laisse pas beaucoup de temps pour que les procédures soient respectées. Mais la chose importante avec l’administration Obama, est que c’est bien plus prémédité et sophistiqué comme manière de s’arroger certains pouvoirs. Bush tendait à agir dans la précipitation et à laisser quelques dégâts sur les côtés. Obama réclame au contraire ces pouvoirs et a fait en sorte de formaliser ces mesures pour en faire une procédure d’assassinat à part entière. Il a utilisé la terminologie du droit pour légitimer les assassinats extra-judiciaires.

Cusack : Oui, en abattant la barrière du droit pour faire passer son réalisme politique, son réalisme constitutionnel, selon lequel la Constitution n’est que le moyen d’une fin, une finalité politique qui lui est favorable. Donc, s’il n’est pas opportun pour lui de faire appliquer la loi, de s’occuper de la question de la torture, pourquoi alors s’encombrer de telles questions ? Le Président est un homme occupé. La Constitution n’est qu’un autre document pouvant être utilisé à des fins politiques, n’est-ce pas ?

Turley : Exactement. J’ai entendu des personnes dans l’administration discuter d’une chronique que j’ai écrite il y a quelques semaines à propos de cette politique d’assassinats. Essentiellement, elles disaient : « Attendez !, vous ne nous accordez pas le bénéfice du doute. Holder [Eric, le ministre de la Justice], a dit dans son discours que nous respectons une analyse constitutionnelle. Et il y a des normes que nous appliquons. » C’est argument est incroyablement séducteur, mais il y a là-dedans une faille intellectuelle incroyable. Peu importe ce qu’ils font, ont ne peut le qualifier de processus constitutionnel. (...)

Cusack : A partir de quand cela devient-il criminel ?

Turley : Les rédacteurs de la Constitution savaient ce que c’était que de voir des souverains tuer des citoyens sans respecter la procédure. Ils le faisaient tout le temps au 18ème siècle. Ils ont par conséquent écrit une constitution explicitement pour empêcher qu’émerge une autorité unilatérale.

On cite souvent James Madison disant que si tous les hommes étaient des anges, aucun gouvernement ne serait nécessaire. (…) Madison et les autres rédacteurs ne voulaient pas se fier à des promesses de bonne motivation ou de bonne intention de la part du gouvernement. Ils ont créé un système au sein duquel aucune branche n’a suffisamment d’autorité pour gouverner à elle seule, ils ont mis en place un système de partage et d’équilibre des pouvoirs.

Par conséquent ce qu’Obama est en train de faire est de réécrire le principe le plus fondamental de la Constitution américaine. Tout le discours de Holder était de dire que nous sommes vraiment des chics types qui prennent tout cela très au sérieux, et vous pouvez donc nous faire confiance. C’est exactement l’argument qu’ont rejeté les rédacteurs de la Constitution, le principe de gouvernement basé sur le « faîtes-moi confiance ».

Vous noterez que lorsqu’on a posé la question à Romney, il a répondu : « J’aurais signé la loi, car j’avais confiance en Obama, qu’il ferait la bonne chose. » Ils utilisent tous deux le même argument. Les rédacteurs de la Constitution avaient pourtant prévenu les citoyens : « Il ne faut jamais accepter cet argument de la part de votre gouvernement. »

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